
epuis quelques années, le cinéma indépendant américain relève la tête et s’emploie à trouver une place parmi le flot de blockbusters habituels, en alignant quelques jolis succès salués à la fois par la critique spécialisée et par un score honorable au box-office. Lost in Translation, Garden State ou l’année dernière Little Miss Sunshine symbolisent cette tendance et montrent que le cinéma de l’Oncle Sam ne se résume pas à du grand spectacle tout numérique. Juno surfe sur la vague et a déjà bien cartonné aux USA avant d’arriver chez nous. Tous les ingrédients y sont réunis : un style de réalisation propre qui met en valeur des acteurs tout simplement remarquables, une bande-son pop qui parfait l’ambiance du film et un scénario original qui permet de se rendre compte que les scénaristes américains en ont dans le ciboulot et sont capables d’écrire une histoire un peu plus étoffée que « Tiens, si on faisait venir des robots extraterrestres sur Terre et qu’on les faisait se taper dessus, les uns voulant défendre les humains, les autres les exterminer… Génial non ? ». Sans commentaire. Ce scénario justement… Tout est partie d’une certaine Diablo Cody, ancienne stripteaseuse au style légèrement goth et blogueuse à ses heures plus habillées. Ses chroniques relataient son quotidien dans un univers de sexe avec un cynisme qui lui a permit de se faire connaître d’un producteur hollywoodien… La machine à rêve était alors lancée. Le style de cette scénariste improbable apporterait une touche d’humour décapante à l’histoire. Les Oscars s’en sont mêlés en la récompensant comme scénariste de l’année. Et c’est là que le bât blesse.
Reprenons : Juno, 16 ans (la craquante Ellen Page) se sent monter une poussée d’hormones et est fâcheusement attirée par son petit copain geek mais tellement sexy en mini short jaune. Et là le drame arrive… ou pas. Juno tombe enceinte. Tout parent normalement constitué réagirait au mieux en hurlant à tout va… ou au pire irait couper les attributs de l’étalon qui s’est permis d’engrosser leur fille chérie et enverrait cette dernière au fin fond d’un convent chez les nones. Mais pas les parents de Juno. L’annonce fait autant d’effet au père qu’un discours de François Hollande à l’Assemblée Nationale, quant à la belle-mère, elle justifie sa joie en comparant cette naissance à un « cadeau de Jésus ». Sans prendre partie pour ou contre l’avortement, la vision concernant le sujet paraît bien simpliste. Et cela conditionne un peu le reste de l’histoire. Sachant tout d’abord que le droit à l’avortement a été un long combat pour les femmes et qu’il est loin d’être accepté par toutes les mœurs, en faire un don de Dieu pour justifier une naissance, ça fait un peu léger. Juno choisit donc d’offrir son enfant à un couple qui ne peut pas en avoir et qui le mériterait pourtant. Le film joue alors sur le côté grande gueule de l’adolescente qui prend cette décision comme on choisirait un menu BigMac au Macdo, c’est-à-dire avec pas mal de détachement traduit par des blagues gentiment sarcastiques balancées à tout va face aux difficultés rencontrées par la suite. Evidemment, on ne voit pas du tout venir que, mince alors ! le couple d’accueil qui paraissait super parfait ne l’est pas tout à fait, que les camarades de lycées regardent un peu de travers Juno, haute comme 3 pommes avec un ballon de basket à la place ventre et que c’est un peu fatiguant de porter un bébé. Mais heureusement l’accouchement se passe en 2 temps 3 mouvements, comme si de rien n’était. Comme si après 9 mois d’attente, et une séance de plusieurs heures de contractions intensives et réputées douloureuses, une mère ne marquera pas une seule seconde d’attachement à l’être qu’elle vient de mettre au monde et s’en séparera comme on se débarrasse de sa monnaie de centimes en allant acheter le pain. C’est ça le style Juno. Elle retrouve ensuite son amoureux comme si rien ne s’était passé. Merde, j’ai dévoilé le dénouement final totalement imprévisible… Bof. Ce qui était censé faire le charme du film et une comédie réussie, se foire par une trop grande facilité et un ton trop en décalage par rapport à ce qui est narré dans l’histoire. Dommage car tout le reste y était. Le film gagne sûrement à être revu pour ne tenir compte que du charme presque irrésistible de la petite Juno mais en attendant j’en garderai un certain goût de déception.
Juno de Jason Reitman
Twentieth Century Fox France
06 Février 2008
http://www.foxfrance.com
7 avril 2008 at 22:53
La grossesse N’EST PAS le point central du film. Ce serait faire un faux procès au film. Ce serait passer complètement à côté du message essentiel du film.
La grossesse est un symbole du passage de l’âge adulte d’une ado perdue, mais déterminée. En gros, elle est en opposition avec le personnage de Jason Bateman (le mari de Jennifer Garner). Elle, c’est une femme forte, jeune, dynamique. Lui, c’est un homme, qui ne sait pas ce qu’il veut.
Tout est faits d’opposition dans ce film. Comme L’Aurore de Murnau (ouais je sais, je me la pète, c’est parce que je l’ai vu y’a pas longtemps), Juno met en place une narration qui juxtapose et illustre les clivages de la société actuelle : homme – femme ; ado – adulte ; famille modeste – famille riche ; caractériel – réservé ; enfant – parent etc. Juno nous fait distancier nos points de vue pour apprécier nos propres perspectives. Mais le point de vue le plus intéressant, c’est bien cet inversement des rôles entre l’adulte et l’ado dans la confrontation de Juno et du mari. Elle sait où elle va, elle porte un enfant, elle sait ce qu’elle veut. Elle a 16 ans. Lui, ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie, de son couple. Il a 30 ans.
Juno s’adresse surtout à notre génération, par l’érudition de ses personnages (Juno et le mari qui parlent musique et films) mais qui finalement en savent plus sur des vies passées que sur le sens de leur propre vie. C’est le dur passage entre l’adolescence et l’âge adulte que beaucoup n’ont pas franchi, période de désillusions, et qui est bien dur à définir aujourd’hui qui est mis en avant dans ce beau film.
Et quand à la fin, elle craque auprès de Michael Cera, elle montre que finalement, c’est toujours une adolescente, marquée par son éprouvante grossesse (quand même !), et que malgré sa force de caractère, son équilibre est le timide et réservé Michael Cera. Dans la lignée des comédies naturalistes de Judd Apatow (Knocked Up, Superbad), Juno est drôle et fragile etest juste une belle leçon de vie.
7 avril 2008 at 23:09
C’est ce que j’appelle être en désaccord l’un envers l’autre…
Faudrait que je le voie ce film quand même, histoire de me faire un avis.
Hmm, meeerde, on est les seuls à laisser des commentaires sur nos chroniques en dehors d’Alban. Merci Alban.
8 avril 2008 at 17:17
J’ai pas posté car je suis entièrement d’accord avec Kris. D’ailleurs faudrait mettre en gros celui qui fait la review pour montrer que c’est son seul avis et que vous ne le partagez peut être pas!
Ou sinon faire un système de votes! bon j’arrête la coke!
8 avril 2008 at 18:48
Au contraire c’est justement ce que je trouve intéressant, un article et des avis contraires via les commentaires. Je trouve donc ça cool ça veut dire que le site est lu au moins, même si c’est par nous…
8 avril 2008 at 23:52
Sinon on peut aussi se faire un bouffe et parler des trucs qu’on aime ou pas!
12 avril 2008 at 13:26
Je suis d’accord avec toi Etienne je regrette l’insignifiance du message lancé.
Pour résumer:
- juno devient aussi grosse qu’un bonbon observé à la loupe.
- Puis elle met au monde un bébé qu’elle refusera de garder et Jennifer Garner lui en sera éternellement reconnaissante. A n’en pas douter, bien entendu… = on se fout de nous merde!Juno semble donner l’impression qu’être enceinte, c’est rien qu’un mauvais moment de neuf mois à passer.
- Ensuite la jeune fille devenue femme reste toutefois un eternel garçon-manqué mais elle n’est plus allergique à la salive canine, du coup, génial!, sa belle-mère peut s’offrir le droit d’avoir des chiens à la maison. = haha mon dieu mais quelle connerie!
là où peut-être nous nous accorderons, c’est sur la BO !
Mais le hic, c’est ce final, qui est censé être superbe, mais sans puissance émotionnelle. La faute à Orange qui a vulgarisé la superbe chanson des Moldy Peaches…= ouai trop dommage…
12 avril 2008 at 18:59
En même temps quand tu vois Ellen Page, avec ses 30 kilos, un bébé, même de la taille d’un smarties la rendrait énorme! Sur ce point je dirais donc que c’est plus un souci de réalisme du réalisateur!
Secondo, pour une femme qui ne peut pas avoir d’enfant, je pense que la possibilité d’en adopter un est l’unique espoir auquel elle peut s’accrocher. Alors encore une fois, heureusement qu’elle lui en sera éternellement reconnaissante!
Moi ce qui me fait rire c’est comment on peut voir autre chose qu’une pointe d’humour dans le fait qu’elle ne soit plus allergique aux chiens!
Quant à la BO, perso, j’adore, et comme je regarde pas la télé, je n’ai pas la chance d’avoir cette référence publicitaire!
Ce que je trouve dommage par contre, c’est que personne ne soit revenu sur les arguments de Kris… qui me paraissent un peu plus complets que “ho la honte elle est trop grosse” ou “ho la honte, le message est nuuul” (message que certains interprètent différemment).
Sinon dans le même genre, on peut aussi copier la critique de Libé!
12 avril 2008 at 19:46
“La grossesse N’EST PAS le point central du film.”
La grossesse est une image. C’est fantaisiste et frivole (non, Juno ne s’est pas vraiment amusée à foutre 3709 tic-tac dans une boîte aux lettres) et les idées sont représentés comme situations réalistes.
Comique ne signifie pas toujours léger. Juno et sa grossesse sont un portrait féministe de la femme moderne, son émancipation, la désacralisation du rôle de la femme-mère dans la société (par extension du statut de la femme au foyer à la femme indépendante).
Si on se focalise vraiment sur la grossesse, puisque ça semble obséder, le film n’est pas un documentaire “9 mois de grossesse en 1h30″. De plus, il se peut qu’il y ait (et il y a sûrement) des femmes qui vivent leur grossesse ainsi, sans pression. Ce qui mène à une autre problématique : la marginalité. Juno est un garçon manqué (ça arrive), elle tombe enceinte au lycée, elle est complètement détachée de cet évènement qui pourtant populairement sacré. Et ? Alors qu’elle souhaite garder l’enfant et le donner, elle va tout de même tenter l’avortement “à cause de la société”. Société ambivalente, représentée par sa camarade de classe anti-IVG qui la juge etc.
La jeune Juno souhaite vivre sa grossesse sans pression, et cela semble choquer. En cela, Juno est progressiste (à défaut d’être révolutionnaire) et critiquer ce film sur l’aspect seul de sa grossesse serait réactionnaire.
Concernant la fin, personnellement et en toute subjectivité, c’est la plus belle fin romantique que j’ai pu voir. Quand j’écoutais les Moldy Peaches en boucle il y a quelques années, cette scène dans Juno était exactement ce que je pouvais visualiser, ressentir. Après, si une scène de cinéma a été gâché par une réminiscence publicitaire, c’est que le souci doit être autre part que dans le film
(et que le DA d’Orange a fait du bon boulot).
13 avril 2008 at 17:28
Alban faut se calmer un peu : Et tiens que je t’agresse gratuitement !!! C’est juste un avis teinté de second degré, je n’ai rien cherché à justifier car lorsque l’on n’accroche pas à un film il n’y a pas toujours de réel justification. Si il faut qu’il y ai toujours consensus et donc que l’on ne puisse plus critiquer les films que tout le monde est sensé aimer a ce train là, on en sort plus. Si on se contentait simplement de donner son avis sur le film au lieu de chercher des poux.
Par ailleurs Je conçois parfaitement ce que ressent Kris par rapport à ce film et lui à su l’exprimer beaucoup mieux que nous tous. Mais je n’en reste pas moins sur mes positions.
“La grossesse N’EST PAS le point central du film.”
Soit. Oui c’est vrai.
Derrière donc ce prétexte, il y a un tout autre exercice.
Il consiste au final à mettre dans la bouche d’une ado (ici enceinte, mais ça marche aussi si elle est orpheline, sans abri ou qu’elle a le SIDA, peu importe vu que le problème n’est pas là…) un maximum de références qui ne sont pas de son âge en un minimum de temps.
En réalité, et c’est un avis personnel (ne m’envoyez pas vos foudres au mon dieu je ne m’en remettrai jamais), tout ce qui concerne Juno, interprète principale, est surchargé voire totalement sur écrit pour avoir toujours l’air malin et rester affilié à tout prix au club du cinéma indépendant.
Du reste j’ai bien aimé la critique de libé même si l’auteur cherche peut être un peu trop à tout prix à casser le film.
13 avril 2008 at 17:31
merde “réelles justifications” et d’une bonne grosse faut d’orthographe!
13 avril 2008 at 18:58
Je suis tout à fait d’accord avec toi! On peut donner son avis tout en respectant celui des autres!
Et je trouve qu’en ponctuant tes commentaires de “ha ha mais quelle connerie” ou encore de “on se fout de nous”, c’est aussi un manque de tolérance envers les pauvres spectateurs qui ont aimé ce film et qui y ont vu un autre message, peut être plus signifiant que celui que tu a trouvé!