mars 2008


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a.giflors qu’il nous avait laissé il y a 6 ans avec L’Imprudence, chaotique descente introspective, Alain Bashung revient avec son désarmant Bleu Pétrole. Plus pop, moins sombre, ce n’est pas pour autant que l’Alsacien a laissé ses démons derrière lui. Néanmoins, ce retour au classicisme d’un pop-rock et à une certaine idée de la variété est probablement ce qui pouvait arriver de mieux à la scène musicale française. Après Etienne Daho l’année passée, une autre icône vient démembrer sa propre continuité pour composer un album, semble-t-il, apaisé et où Bashung se remet à chanter. Cependant, sa patte se reconnaît immédiatement, dès le titre d’ouverture « Je T’ai Manqué« , avec sa voix profonde, son trompeur décalage rythmique, sa capacité à plaquer ses mots, les imprimer sur la mélodie comme un contre-poids à un air frivole et léger. La voix de Bashung, marquée, semblant chanceler à tout instant mais restant toujours dans la justesse intensive, est toujours aussi expressive, et n’a rien perdu de sa puissance d’incarnation.

          L’univers blues de Bashung se caractérise par son énigmatique mécanique, ses ritournelles lyriques et ses fixations. Il chante avec insistance, avec une foi gnostique, avec des textes splendides, à l’abstraction et au situationnisme saisissant. Ecouter Bleu Pétrole est une épopée de la vie quotidienne, une plongée dans la mansuétude d’un homme envers qui la vie n’aura pourtant pas toujours été tendre. Faussement nonchalant, Bashung installe pour mieux renverser, comme sur « Résidents de la République » ou « Le Secret Des Banquises », il dénonce sans l’air de rien, avec son ton résigné, mais avec ses textes et ses sous-entendus passifs-aggressifs. Néanmoins, cet album est l’occasion pour l’artiste de se réconcilier avec la simplicité des mélodies, l’harmonie de la musicalité et de son univers maniaque et inextricable. Cela donne ainsi naissance à de magnifiques chansons pop, sobres et loin d’être putassières, mais toujours avec cette retenue et cette sensation d’inatteignable comme sur « Tant De Nuits » ou la superbe « Sur Un Trapèze ».

          Bleu Pétrole est un superbe album en ce qu’il parvient à concentrer ce qui a toujours caractérisé Alain Bashung, avec virtuosité et sans concessions. On ne peut rester qu’admiratifs face aux épiques valses blues « Comme Un Lego » ou « Je Tuerai La Pianiste », chansons fiévreuses, séminales et obsessionnelles. Au contraire de Fantaisie Militaire et L’Imprudence, diamants bruts d’une noirceur éprouvante que l’on a du mal à rappeler à nos souvenirs, ce Bleu Pétrole est un disque aux facettes improbables, à la limpidité désarçonnante et à l’unité harmonieuse. Bleu Pétrole nous réclame, Alain Bashung nous attise.

bashung_album.jpgAlain Bashung – Bleu Pétrole
Barclay
mars 2008
http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/

Alain Bashung – Sur Un Trapèze en écoute

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s.gif’embarrassant peu d’une quelconque crédibilité en assénant comme titre de son premier album le faussement prétentieux I Created Disco, le jeune Calvin Harris fait preuve d’une auto-dérision qui révèle une bonne facette de ce qu’il peut produire. Grâce à lui en tout cas, l’Ecosse est devenue cette année le nouveau pays de la disco. Improbable, mais c’était sans compter sans ce mélomane de 23 ans, influencé par le kitsch des années 80 et le glamour daté du disco. Plus qu’un hommage ou lubie passéiste, Calvin Harris semble plutôt avoir suivi la voie de James Murphy de LCD Soundsystem. N’ayant pas inventé la disco, il aura en revanche réinvité à la fête les synthétiseurs et les voix sans fards, sans complexes. S’accommodant aisément des codes eighties, plus qu’un hommage, le jeune Ecossais rajoute une couche moderne, plus dansante, plus séquencée et liberée.

          Sorti il y a trois ans puis ré-arrangée, le premier single « Acceptable In The 80’s », puis le suivant « The Girls », laissaient entrevoir la disco désinhibée d’un producteur valsant allégrement entre la funk de Prince et séquences rythmiques de Grandmaster Flash. Sans jamais tomber dans le cliché ou l’obsolète, I Created Disco est un panorama capturant l’essence des années 80. Ses origines, son évolution, sa quintessence. Toutes les références passent ainsi, sans retenues, sous les doigts passionnés de Calvin Harris, que ce soit la basse libidineuse et entêtante de Chic (« Merrymaking At My Place »), le funk laid-back synthétisé de George Clinton (« Neon Rocks »), la new-wave crooner et balbutiante de Depeche Mode (« Electro Man »), ou encore l’électro progressive de Kraftwerk (« I Created Disco »). La grande réussite de Harris est sa non-retenue de la nomenclature disco, ne se refusant rien si cela lui permet d’atteindre ses volontés de faire gronder les dance-floors. Ce qui différencie grandement Calvin Harris de la scène électro dans laquelle il évolue, est son audace artistique et passionnelle à créer la musique dans laquelle il a grandi et qu’il aurait aimé entendre. Une musique magnifiée, sublimée. Et surtout dansée.

calvin_album2.jpgCalvin Harris – I Created Disco
EMI
février 2008
http://www.calvinharris.tv/

Calvin Harris – The Girls en écoute

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i.gifl y a quelque chose de pourri au royaume de Nouvelle-Zélande… Figurez-vous qu’un avide et perfide éleveur de moutons a décidé de modifier les gènes de ses chers ovins pour obtenir la race parfaite, mais contre toute attente – nan je déconne on s’y attend – ça chie. Voilà en gros le thème d’un excellent navet qui vient de sortir sur nos écrans, Black Sheep. Rien que le titre fait peur non ?

          En tout cas, pour son premier film en tant que réalisateur, Jonathan King n’a pas lésiné sur les moyens, avec un budget de pas moins de 200$ acteurs compris pour cette production Néo-Zélandaise de premier choix (pour mémoire, souvenons-nous des fameux Bad Taste et Brain Dead de Peter Jackson, qui à eux deux avaient bien du coûter 35 francs…). Parce que là attention, on a de l’explosion maison, des scènes de combat contre des moutons très très méchants, des décors dignes de L’Homme de Picardie et des répliques qui n’ont rien à envier à Santa barbara.

          Bon pour être plus précis sur l’histoire, le héros, Henry, un jeune blondinet qui souffre d’ovinophobie (oui oui vous avez bien lu, il est même suivi par un psy et tout !) décide de retourner dans son élevage ovin natal pour affronter sa peur et vendre ses parts de la ferme familiale à son frère resté au pays, qu’il n’a pas vu depuis la mort de leur père. Et bien devinez quoi, c’est justement son frère le méchant fermier qui trafique les petites bêtes frisées. Et lorsqu’un militant écologiste subtilise et libère par accident un agneau mutant à peine né d’un flacon de liquide radioactif, les ennuis commencent, puisque la mignonne petite peluche (car en fait c’en est une, rappelez vous, 200$…) va propager son mal, entre autres, à tous les moutons de coin, qui vont alors se transformer en féroces prédateurs en quête de chaire fraiche à se mettre sous la dent. Notre héros, aidé de son fidèle gérant maori et d’une amie de l’écolo gaffeur, va alors tout faire pour s’en sortir et neutraliser le troupeau meurtrier qui ravage les alentours.

           Je vous l’accorde, le scénario fait quatre lignes et demie et ne porte aucun message (non « Mangez du mouton bio » c’est pas un message…) mais on tient là un réel bon film, qui ne se prend vraiment pas au sérieux, aligne sans complexes tous les clichés du genre et parvient, sinon à nous tenir en haleine – faut pas déconner non plus – à nous faire passer un fort bon moment devant la panique mal jouée d’acteurs tout droit sortis d’un casting pour une pub Charal, aux répliques plus pourries les unes que les autres du genre « Me mange pas je suis végétarienne ! » ou « Ton père serait fier de toi » (celle là si on la trouve pas dans un navet sur deux…). On rit du début à la fin devant cette série B qui s’assume pleinement en tant que telle, à la limite de la parodie. En effet, scènes de poursuite et de combats entre humains et ovins ou encore moments de carnages sanglants hilarants foisonnent dans ce long-métrage paradoxalement des plus rafraichissants. Bref, un bon divertissement pour ceux qui aiment les gentils films d’horreur sans prétention dans la lignée des susdits films de Peter Jackson.

blacksheep.jpgBlack Sheep de Jonathan King
Colifilms Diffusion
19 mars 2008
http://www.blacksheep-themovie.com

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l.gifa démarche de Sandrine Bonnaire relève à la fois de l’impuissance et de la vertu souveraine de l’amour. En décidant de consacrer un film à sa sœur, Sabine Bonnaire, autiste, l’actrice se résigne à user de son dernier rempart, qui demeure à double tranchant, mais qui grâce à une approche impeccable permet à Elle S’appelle Sabine d’être une œuvre fascinante, poétique et bouleversante. Ce documentaire aurait pu être cru, et incroyablement voyeur en pénétrant la vie de cette femme malade, et dont cinq ans en hôpital psychiatrique aura eu un effet dévastateur sur sa personnalité et sur ses facultés intellectuelles. Mais elle n’aura eu raison de son humanité.

          Cependant, en se posant à une distance raisonnable afin d’avoir le recul nécessaire pour filmer les conditions de vie de sa sœur, Sandrine Bonnaire évite les crises emplies de pathos, et se fixe ainsi sur ce qui est, sans trop faisant. Elle suit donc le quotidien de Sabine au sein d’une structure d’accueil et de soins prenant en charge plusieurs patients qui nécessitent des aides particulières et individuelles. On y voit ainsi l’évolution au jour le jour de ces patients handicapés mentaux et leurs progrès infimes, mais significatifs, qui leur permet de suivre un semblant de vie. Bien que l’on s’attarde sur les conditions de divers patients, et montrent ainsi que ces centres médicaux spécialisés, bien trop rares, fonctionnent, le centre de la narration est bien Sabine. Sous couverts de film à charge contre l’insuffisance de la prise en charge de l’autisme et des troubles mentaux, cette œuvre-ci tourne spécifiquement autour du destin de Sabine.

          Surtout, Sabine Bonnaire hante littéralement ce film, qu’elle soit présente, ou hors champ. Sa présence est perpétuelle à chaque minute, et son histoire se déroule tout du long. Le documentaire est jonché de sauts dans le passé, où l’on voit des vidéos de Sabine, plus jeune de 25 ans, avant son internement. Déjà autiste, elle est pourtant pleine de vie, intelligente, innocente. Toutes ces images d’archives tranchent ainsi avec les images actuelles de Sabine, fortement handicapée, aux accès de violence parfois vigoureux et aux séquelles post-internement toujours aussi vives. En mettant finement en parallèle cet avant-après, Sandrine Bonnaire parvient à créer cette tension, ce mal-être profond qui en est poignante. De plus, la grande force d’Elle S’appelle Sabine est l’ellipse créée autour de l’internement psychiatrique. Ces cinq ans ayant provoqué une cruelle dégénérescence de la jeune Sabine, deviennent alors une torture psychologique, un danger invisible, tant le contraste est saisissant. Cette ellipse crée alors un trou noir, une inconnue qui inspire une peur irrationnelle qu’est la dépersonnalisation, soit la mort de soi.

          Film d’amour fraternel de Sandrine Bonnaire pour sa sœur, Elle S’appelle Sabine est ainsi une déchirante réussite. Bien plus qu’un simple documentaire, il s’agit d’une véritable œuvre cinématographique, à la manière du Tarnation de Jonathan Caouette. Le film parvient à montrer sobrement ce monde inconnu, et que l’on cache, des troubles mentaux. Incapables d’exprimer pleinement ou de refreiner leurs sentiments, Sabine et ses compagnons du centre spécialisé sont probablement plus humanistes que nous. Sans emprise et intérêt de la société voyeuriste qui les a rejeté, ils vivent, tant bien que mal, selon leur propre force d’âme.

sabine_affiche.jpgElle S’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire
Les Films Du Paradoxe
Sorti le 30 janvier 2008
http://www.filmsduparadoxe.com/sabinecat.html

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l.gifa candeur et l’amertume amènent aux plus belles et plus intègres plaintes. Car il s’agit de la première fois que son cœur se brise, que les sentiments nous submergent et nous hantent. A jamais. Ces premiers moments de solitude intense, de déprime inconsolable, sont effroyables de dépit et d’autodépréciation. Toutefois l’innocence mène à l’effritement de la douleur, à la relativisation de la tristesse. La première histoire d’amour en perdition est toujours la pire, et paradoxalement, alors que l’on tenterait de l’oublier, est celle dont on se souvient le mieux. Celle dont la déchirure est toujours aussi vive, toujours aussi acerbe. Elle nous guide, elle nous dévore et nous gouverne inconsciemment. La première a ce goût, cette empreinte, cette emprise. Les suivantes ne sont là que pour combler le vide laissé par la première.

           Zooey Deschanel chante comme si son cœur et son âme avaient été chamboulés pour la première fois. Profonde et suave, son timbre laisse transparaître cette douce âpreté, cet oxymore sentimental, nécessaire à la relativisation et la continuité de l’existence. Pour continuer à vivre, aimer et souffrir. Volume One est ainsi obsédé par un lui innommable, mais bien présent, dont l’essence luit par son absence. Elle, c’est Zooey Deschanel, belle actrice, le regard cristallin, et à la voix soul et exquise. Lui, c’est M. Ward, musicien à la notoriété désormais accomplie, dont les compositions et les accompagnements d’orfèvre viennent donner ce grain rétro et intemporel à la musique de She & Him. Mélange délicieux de folk et de pop, la musicalité de M. Ward vient ainsi à s’imprégner du lyrisme naturel et du glamour soul de la voix de Deschanel.

           L’album est un constant regard en arrière, un aperçu actuel empli de regrets relatif à un passé hypothétique. Chaque titre est une peinture au pastel, une plainte susurrée et fredonnée, sans violence, sans virulence. Tour porte pourtant à l’empathie, à la crise existentielle de la solitude. A fleur de peau, des chansons comme « Sentimental Heart », « This Is Not A Test » ou la poignante « Take It Back » marquent ce sempiternel mal-être inhérent à toute relation affective forte. Mais finalement, toute la force de She & Him réside, comme toujours, dans les silences et les non-dits, les mystères et l’absence. Lorsque Zooey chante « I’m alone on a bicycle for two » sur « Black Hole », la constatation de la dure réalité s’amalgame à l’acceptation résignée qu’il s’agit de la première fois, et que les prochaines fois feraient toujours aussi mal. Entre dépit et douleur, s’immiscent les premières notes de relativisme et de raison. Entre mélancolie et légèreté, She & Him est une belle et sobre leçon de vie.

sheandhim.jpgShe & Him – Volume One
Merge
mars 2008
http://www.myspace.com/sheandhim/

She & Him – Black Hole en écoute

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m.gifessieurs dames, un grand dilemme (eh oui ça s’écrit comme ça, vérifiez…) a du être surmonté aujourd’hui, un choix cornélien digne des plus grandes tragédies grecques ! Devais-je chroniquer un film ou un disque ? Grande question n’est-ce pas ? Et bien la solution m’est venue avec un certain éclat de satisfaction : je vais vous parlez d’un album qui doit tout au cinéma. Plutôt futé hein ? Un album qui doit tout au cinéma donc, puisque ce Director’s Cut auquel nous allons nous intéresser aujourd’hui n’est autre qu’une adaptation endiablée de certains des plus grands thèmes musicaux du cinéma des années 50 à 90 par le génial Mike Patton et sa clique de Fantômas. Du Parrain à Twin Peaks, rien n’a échappé à cette formation née de l’esprit tourmenté du dit Mike, dont la voix nous laisse toujours aussi pantois.

          Le disque commence ainsi très fort, puisque la première chose qui parvient à nos oreille est le thème si reconnaissable du Parrain de Francis Ford Coppola. Alors on se dit « ah c’est fidèle ». Mais au bout de quelques seconde, tout change, au calme des premiers instants succède une note de basse effrayante de Trevor Dunn qui annonce la couleur : l’album sera violent ou ne sera pas. S’ensuit une minute d’anthologie à cent à l’heure au cours de laquelle la guitare de Buzz Osborne n’a d’égal que le jeu de batterie hallucinant de Dave Lombardo, plus rapide qu’un AK47 en pleine action. Puis le calme revient, le déchainement du groupe laissant place à des morceaux plus reposants, à l’image d’« Experiment In Terror » (vous l’aurez compris, chaque titre porte le nom du film dont il est le thème), qui comme son nom ne l’indique pas, passe pour une ballade à côté de ce qu’on vient de se prendre en pleine tête. Puis arrive « Cape Fear », trop court hélas mais prouvant le génie rythmique de Fantômas. Lui succèdent un « Rosemary’s Baby » aussi terrifiant que le film de Roman Polansky dont il est tiré et plusieurs morceaux tout aussi oppressants, jusqu’à la reprise du thème d’un film italien, Indagine su un cittadino al di sopra di ogni sospetto, composé par le fantastique Ennio Morricone, dont Mike Patton est le plus grand fan. Et là, il faut le dire, c’est juste magistral.

          En bref, soyons honnêtes, ce disque ne plaira pas à tout le monde, notamment en raison de son aspect indiscutablement « métal », mais attention, ne nous y trompons pas, on est à cent lieues des clichés bourrins qui caractérisent cette musique pour bon nombre de gens. Bien au contraire, tout est ici soigneusement écrit et interprété, avec la précision d’un horloger suisse maniaco-dépressif. Alors si on accepte de passer outre ses a priori et d’écouter réellement cet opus, alors je vous le garantis, The Director’s Cut est une expérience à ne pas rater.

fantomas1.jpgFantômas – The Director’s Cut
Ipecac Recordings
2001
http://www.ipecac.com/

Fantômas – Cape Fear

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q.gifuatrième article, troisième chronique rap, je dois reconnaître que je suis dans une semaine résolument hip-hop. Il faut dire que ces derniers temps je suis tombé – ou retombé – sur de ces trucs ! à vous convertir Mozart à la boîte à rythme ! D’A Tribe Called Quest à Ugly Duckling en passant par MF Doom (oui je connais mon alphabet dans l’ordre…). Je me suis mis à réécouter un tas de vieux disques enfouis sous le canapé depuis des années. Et parmi ces quelques albums, un de ceux qui m’ont le plus scotché à ma platine dans ma courte vie musicale : Deltron 3030, l’un des projets les plus ambitieux de Dan The Automator. Quelle claque la première fois que j’ai écouté ça ! J’ai du me le repasser en boucle une bonne de quinzaine de fois si je me rappelle bien. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vais vous donner une petite liste de gens qui ont participé à ce projet, juste histoire de vous mettre l’eau à la bouche : Dan The Automator bien sûr, Del Tha Funkee Homosapien, Prince Paul, Damon Albarn (eh oui), Kid Koala, Sean Lennon, et j’en passe… Autant vous dire qu’avec tout ce petit monde, ça ne pouvait être que du bon ce petit album.

          Mais attention ! on n’est pas là pour rigoler. Sorti en 2000, l’album s’impose comme la bande originale d’un roman SF inexistant dans le genre aventure post-nucleaire voyeeez (non je ne suis pas M. MacKey…). Bon, comme dans tout scenario post-apocalyptique qui se respecte, l’avenir des hommes n’est pas gai, mais là… c’est carrément la merde ! Pour faire vite, l’album raconte l’histoire des derniers hommes libres après une catastrophe qui a détruit la Terre, réfugiés sur une planète hostile dirigée par une dictature fasciste à la 1984 et régulièrement attaquée par des extraterrestres. L’ambiance n’est pas rose mais à l’écoute de ce disque, elle est tellement bien transmise que même si on ne comprend pas toutes les paroles (tout le monde n’est pas bilingue, moi le premier), on se sent dès les premières secondes absorbé dans cet univers futuriste peu enviable, comme si on écoutait réellement la bande son d’un film d’anticipation, dont on imagine inconsciemment les images.

          Il faut dire qu’après une courte introduction présentant le contexte, dès « 3030 », le premier morceau, le décor est planté. Après un démarrage instrumental magistral, Del Tha Funkee Homosapien, alias Deltron Zero pour l’occasion (car chaque participant incarne un personnage ; pour l’exemple, Damon Albarn répond ici au doux nom de Sir Damien Thorn VII Of The Cockfosters Clan, ça s’invente pas…), intervient et nous en met plein les oreilles grâce à un flow très dur mais très bien posé sur la musique, en parfaite harmonie avec l’instru de Dan « The Automator » Nakamura. Et que dire de titres comme « Things You Can Do », comme « Positive Contact », assorti des plus beaux scratchs de Kid Koala ou encore de « Virus », qui traite d’un savant fou voulant propager un virus destiné à semer la terreur sur le monde. Puis s’enchainent des titres totalement immersifs comme « Madness », « Time Keeps On Slipping » et « Turbulence », nous menant droit au dernier morceau de l’album, sûrement l’un des meilleurs, « Memory Loss », porté par un Del en pleine forme et une instru en béton, sans oublier un Sean Lennon tout en justesse sur les refrains, concluant ce disque en grande pompe. Ajoutons à cela des interludes récurrents des plus intéressants et l’on obtient l’un des albums raps les plus aboutis des années 2000, et ce dès… 2000, très fort non ?

          Pour en finir avec cette perle qu’est Deltron 3030 ( « Putain Matthieu à chaque article tu dis que c’est une perle ! » me direz-vous, mais bon c’est un peu pour ça que j’en parle…), courez vous la procurer les yeux fermés si vous appréciez le hip-hop bien construit et les récits d’avenirs pas très radieux – je l’ai dit, il ferait une parfaite BO pour le roman 1984 de George Orwell en changeant simplement la date. Si vous aimé Dr Octagon, le précédent projet de Dan The Automator, vous adorerez Deltron 3030.

deltron.jpgDeltron – Deltron 3030
75 Ark
2000
http://www.myspace.com/dantheautomator

Deltron – 3030 en écoute

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