avril 2008


près le documentaire Jesus Camp sorti l’an dernier, qui plongeait au cœur de l’Amérique évangélique radicale, Délivrez-nous du mal est un nouveau brûlot à l’encontre du christianisme. Cependant, ce documentaire d’Amy Berg, journaliste pour CBS et CNN, traite d’un sujet d’autant plus délicat qu’il s’agit de la pédophilie des prêtres, ses conséquences et le silence de l’Eglise. Le film nous relate l’histoire du père Oliver O’Grady, qui depuis vingt ans, a abusé et violé des centaines d’enfants en usant de son statut de guide religieux. La première moitié du documentaire est donc un malaisé déroulement des évènements qui se sont passés dans les années 70 et 80 en Californie, dans les endroits où O’Grady officiait alors. Malaisé, car Amy Berg ne nous épargne pas. En effet, elle choisit de nous raconter les aspects les plus sordides de ces histoires d’abus, de la bouche même des protagonistes, et notamment en se plaçant non uniquement du côté des victimes, mais donnant également le point de vue dérangeant du coupable.

          Délivrez-nous du mal nous montre ainsi les discours de certaines victimes et leurs familles, mettant en exergue les dégâts moraux provoqués, et en parallèle montre Oliver O’Grady, témoignant librement, parfois crûment, de ses actes et de la mécanique de son esprit tortueux. Rappelant par moment les monologues d’Humbert Humbert, héros du Lolita de Vladimir Nabokov, sur les amoralités pédophiles de son propre être, le témoignage d’O’Grady demeure effroyable de détachement. On assiste donc à un sinistre jeu de miroir, avec d’un côté la détresse de ces familles détruites, et de l’autre côté, l’incarnation de tous leurs maux en parfaite liberté ; toutes, des facettes d’un même drame. Car, sous les traits d’un aimable quinquagénaire sont imputés des actes tragiques, rendant la nature de ceux-ci d’autant plus terrifiants, marquant une ambiguïté dérangeante.

          Cette histoire mise en avant comme étant révélatrice d’un mal sous-jacent, cpermet à Amy Berg d’extrapoler son propos dans la seconde moitié du documentaire en lui donnant des allures de pamphlet anti-clérical. Si O’Grady est libre aujourd’hui et se ballade tranquillement dans les rues d’une ville d’Irlande malgré ses nombreux crimes avérés, cela est dû à l’influence importante de l’Eglise chrétienne catholique qui aura couvert cette affaire à tous les échelons. Délivrez-nous du mal livre ainsi une vive critique de tout le système clérical catholique, et nous délivre diverses pistes de lecture comme les raisons ancestrales de cette déviance pédophile inhérent à la l’Eglise catholique, l’organisation de l’Eglise comme réseau mafieux ou encore le silence et les parjures du clergé concernant ces nombreux cas d’abus sexuels par des prêtres. Bien que parfois trop sensationnaliste (réalisation à l’américaine avec effets visuels surchargés, musique emphatique) le documentaire d’Amy Berg a le mérite de traiter sans retenues des derniers tabous de la société contemporaine : les enfants et la religion. Un rappel délicat mais nécessaire.

deliverus2_affiche.jpgDélivrez-nous du mal d’Amy Berg
Metropolitan Films
Sorti le 02 avril 2008
http://www.deliverusfromevilthemovie.com/

’émergence de la nouvelle génération du cinéma mexicain, suivant l’ère du Nuevo Cine Mexicano, s’est accrue ces dernières années, avec notamment l’émergence de figures désormais de premier plan de l’univers cinématographique international. Que ce soit dans l’univers fantastique ou dans des films réalistes, la touche mexicaine est poignante, parfois alambiquée mais toujours porteuse de messages sensibles. On retiendra notamment les exemples évidents d’Alfonso Cuarón (Y Tu Mamá También, le fabuleux Les Fils de l’Homme), le poussif mais talentueux Alejandro González Iñárittu (21 Grammes, Babel) ou encore Guillermo Del Toro (le chef d’œuvre Le Labyrinthe de Pan). Supplantant les allégories initiales par un humanisme latent, ce premier film de Rodrigo Plá, La Zona, est dans la droite lignée de ce cinéma mexicain réaliste.

          Dans Mexico City, trois adolescents pénètrent dans La Zona, cité résidentielle protégée par des murs et surveillée par une surabondance de caméras. Habitée par la haute société, ce microcosme sélectif vit en autarcie, vit selon ses propres règles, installant sa propre notion de démocratie rudimentaire (vote à main levé dans un gymnase), et évite de côtoyer la populace en se barricadant derrière ces murs. Sous les apparences d’une mécanique bien huilée, cette belle organisation va être mise en branle par l’intrusion de ces trois jeunes, qui après un cambriolage qui tourne au drame va provoquer des réminiscences misanthropes. Se passant des forces de police, les habitants vont alors se lancer dans une véritable chasse à l’homme, chacun se transformant en vigilante perdant tout sens de la morale au profit d’une vision biaisée de la justice.

          En opposant les riches et les pauvres, engoncés de leurs a priori, Rodrigo Plá met à l’écran une représentation scénique des inégalités sociales, métaphores du monde actuel. Bien que mettant un peu de temps à se mettre en place, malgré des tentatives de rythmer le film, le réalisateur mexicain parvient à nettement faire passer son message social et politique au travers de ce clivage axé autour de la peur. En démonisant l’inconnu qui évolue derrière ces murs, les évitant et les craignant comme la peste, ces habitants de La Zona demeurent finalement aussi ignorants que cette peur qui les animent. Plá décrit avec un certain réalisme cet instinct de survie inhérent à l’homme face à la peur irrationnelle, ce pas en arrière vers l’animalité qui fait la force des trente dernières minutes de ce film. Cependant, face à cette désévolution humaine et cette aliénation collective, se personnifie en le fils Alejandro (le jeune Daniel Tovar) un personnage troublant d’humanisme. Il est l’un des seuls à pouvoir réellement changer le cours de choses, de par son ingénuité lui permettant ce recul et cette remise en question face à des évènements qui le dépassent. Déconstruire ses acquis pour forger sa propre vision du monde. En cela, La Zona est un saisissant message anarchiste.

lazona_affiche.jpgLa Zona, propriété privée de Rodrigo Plá
Memento Films
Sorti le 26 mars 2008
http://www.lazona-lefilm.com/

ans les années 90, alors que la dance music battait son plein, fut créé le terme d’IDM, pour l’Intelligence Dance Music. En opposition à la dance music qualifié de stupide (non, Haddaway n’est pas un groupe cérébral) un mouvement d’artistes house, dance, new-wave furent génériquement flanqué de l’appellation « intelligents ». Ainsi des labels, aujourd’hui reconnus et fortement respectés, comme Warp (Aphex Twin, Plastikman, Autechre) ou Astralwerks (The Chemical Brothers, Röyksopp, Les Rythmes Digitales, Basement Jaxx) furent les figures de proue de ce mouvement naturel et transversal. En avance dans le rétro, les pays nordiques ont toujours eu cette culture de l’admiration de l’ancien, tout en le sublimant, alliant la pureté de la pop avec la fulgurance de l’électro, comme le font si bien le norvégien Erlend Oye ou les suédois de The Tough Alliance. Justement, les deux suédois de Pacific ! sortent leur premier album Reveries et sont les dignes successeurs de cette idéologie musicale scandinave.

          Aux fausses allures de groupe californien sur le premier titre « Disappear », cette déjà plaisante facette de Pacific ! s’étoffe avec le magnifique « Sunset Blvd ». New wave et délicieusement pop, ce titre s’inspire aussi bien des Beach Boys que des Pet Shop Boys en créant cette légèreté mélodique sur laquelle l’harmonie du duo vocal de est une merveille de gâterie musicale. Tout en retenue, mais sans se retenir, les digressions aux codes de la pop et de l’electronica semblent désormais se démocratiser et non plus revendiquer, et ainsi généraliser l’influence latente mais bien présente depuis quelques années des Talking Heads. Avec cette IDM retro, les sonorités surannées de Reveries révèlent tout leur charme comme sur la synthétique virée de « Runaway To Elsewhere », ou la discoïde « Hot Lips », s’inspirant directement des ambiances new wave des eighties. D’un autre côté, se trouvent les résurgences d’une culture débridée de la variété américaine, à la préciosité mélodique rappelant Burt Bacharach sur les titres « Hold Me » ou encore « Silent Running ». Bien qu’empli de boîtes à rythmes et de sons vintage, Reveries n’en a pas oublié de peaufiner ses compositions d’une subtilité à tomber et d’une modernité déconcertante. Après Calvin Harris ou encore Neon Neon, Pacific ! est dans la lignée de ces groupes retro-modernes, intégrant son passé à une musique équilibrée, délicate et ondulée. En 2008, jamais les eighties n’auront été aussi sexy.

pacific_album.jpgPacific ! – Reveries
Reset Jr
avril 2008
http://www.musicpacific.com/

Pacific ! – Sunset Blvd en écoute

énélope nous fait miroiter dès ces débuts, un film fantastique, Tim Burton style. Un prologue aux couleurs vives et aux effets spéciaux stylisés, et surtout l’histoire d’une fable charmante, nous laissent cette vive impression. Suite à une malédiction ancestrale, la prochaine fille qui naîtrait dans la famille noble des Wilhern serait pourvu d’un faciès de cochon, et ne serait libérée de ce maléfice que si un homme de son rang l’épousait. Ses parents décident alors de cacher la jeune Pénélope des yeux du monde et de tenter de lui trouver un mari par une agence matrimoniale. Outre cette histoire de malédiction, Pénélope profite ainsi pour verser dans la métaphore bien ancrée dans la vie réelle. Celle notamment de la société starificatrice voyeuriste actuelle, en faisant se faire harceler la malheureuse Pénélope par les paparazzi et la société bien-pensante. On assiste alors à une drôle et pertinente escalade de la notoriété de la bête de foire qu’est devenue Pénélope, traquée puis glorifiée pour sa différence, qu’elle assume à la place de la société.

          Mais Pénélope demeure surtout une (vaine) tentative à l’appel à l’acceptation. De soi, premièrement. Mais aussi du monde dans lequel on vit. Accepter ce que la vie nous a donné comme cartes entre les mains. La subtilité du film demeure également dans les beaux portraits dépeints tout au long de l’histoire, où les personnalités riches en couleurs se mélangent et se diluent dans le paysage de Pénélope. A l’inverse de toute fable, chaque personnage est à la fois le héros et le méchant, le gentil et le vilain, dualité personnifiée à merveille par le rôle de Catherine O’Hara (Maman, j’ai raté l’avion), à la fois mère aimante, couveuse et égoïste. Le couple Christina Ricci (La Famille Adams, Black Snake Moan) – James McAvoy (Le Dernier Roi d’Écosse, Reviens-moi) remplit également son contrat, notamment avec l’intelligence scénaristique de leur laisser trouver leurs chemins chacun de leur côté, se reconstruisant eux-mêmes et non pas grâce à l’acculé cliché de la force d’être ensemble.

          Une mise en condition de conte est donc de rigueur, entre La Belle et la Bête et Elephant Man. La mise en scène semble ainsi se caler dans le créneau fantastique infantile pour adultes, avec un rythme soutenu, une voix off, une fantaisie omniprésente et un nain (?!). Cependant, tout ceci va peu à peu s’estomper pour laisser place à une narration plus classique, dès lors que le film bascule dans une tournure réflexive et tragi-comique. Sorte de film dans le film, il s’agit là de la majeure déception de Pénélope de Mark Palansky, qui est son hésitation entre le récit verdoyant de la fable et la formalité du classicisme. Laissant ainsi ses pistes de réflexion dans des voies de garage, et à la fois ne laissant pas la chance à son récit fantastique de décoller, Mark Palansky s’enlise dans un entre-deux où il peine à prendre pied. Pénélope souffre ainsi d’être un film trop mignon et à la réalisation trop prude et fébrile pour un scénario qui laissait promettre un potentiel certain. Bien qu’inégal, Pénélope véhicule une intégrité touchante, qui en fait un film raté, mais que l’on saluera pour la beauté de l’effort.

penelope_affiche.jpgPénélope de Mark Palansky
ARP Sélection
Sorti le 09 avril 2008
http://www.arpselection.com/

e jazz-rap est quelque part le mouvement le plus pur de la culture urbaine. Le hip-hop rejoignant la musique de ses propres origines est en lui-même un cycle culturel et artistique d’une portée signifiante. Certains artistes ont opté pour cette optique du hip hop comme A Tribe Called Quest, les Roots ou encore les Beastie Boys, faisant de ce genre à part l’un des sous-mouvements les plus artistiquement accomplis. En France, gangréné par le modèle américain, le rap français tend à lorgner plus du côté du hardcore et du g-rap. Cependant, parmi les meilleurs lyricistes francophones, des gros calibres comme MC Solaar, ou les plus récents (et excellents soit dit en passant) Hocus Pocus et Oxmo Puccino et ses Jazzbastards, ont donné leurs plus beaux faits d’armes au jazz-rap à la française. Entre ces deux pôles continentaux naissent les Jazz Liberatorz. Trois DJ de Meaux aux beats et aux compositions alléchées, les Jazz Liberatorz sont bien français, bien que cela soit peu reconnaissable dû aux nombreux artistes américains venus poser leurs flows sur leur travail.

          Entièrement anglophone, excepté l’ouverture de l’album présentant le groupe comme dans les émissions vieillotes, ce Clin d’Œil ne peut porter mieux son nom équivoque. Album hommage tout du long, DJ Damage, DJ Dusty et Madhi, par le biais de cette galette, décident de délivrer un sublime et vibrant baise-main au jazz, mère fondatrice de toute musique urbaine et émancipatrice de la culture noire avec le blues. Avec une liste de guests impressionnante (Fat Lip, T-Love, Raashan Ahmad, Buckshot, Stacy Epps, Sadat X etc.) les Jazzlib parviennent à un concentré lounge et palpitant d’un jazz hybride, entre samples et compositions des trois DJ, et un hip-hop old-school dépouillé. En sublimation par leurs idoles, allègrement name-droppés (Quincy Jones, Wes Montgomery, Miles Davis, John Coltrane etc.) ce Clin d’Œil est loin de n’être qu’une belle révérence, elle permet également à cette nouvelle génération de musiciens mélomanes de se poser en alternative. Inspiré, modeste et talentueux, ce premier album des Meldois, fascine par cette intégration délicate du hip hop vertueux et du jazz subjuguant. Dix ans plus tard, le trip hop cérébral et transcendant de DJ Shadow et de Tricky viennent de voir leurs travaux trouver un nouvel approfondissement, plus sensuel, plus lumineux entre les mains de ces fulgurants Jazzlib.

jazzlib_album.jpgJazz Liberatorz – Clin d’Œil
Kif
janvier 2008
http://www.myspace.com/jazzlib

Jazz Liberatorz – When The Clock Ticks (ft. J. Sand) en écoute

oici venu le temps de vous parler de BD comme on en fait peu, de BD comme on aimerait en voir plus, de BD qui vous plongent dans un univers unique et envoutant, de BD qui vous font dire « putain ça envoie du bois ! ». Je vous parle ici d’une des meilleures séries d’albums qu’il m’ait été donné de lire, et on la doit à deux individus très inspirés venus d’Espagne, Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido. J’ai nommé : Blacksad.

          Alors de quoi parle-t-on ? Je vous situe un peu le thème. Nous sommes aux Etats-Unis quelques années après la seconde guerre mondiale, disons en gros dans les années cinquante, car aucune date n’est jamais mentionnée dans l’histoire. En ce temps qui devrait être normalement marqué par la réjouissance de la paix s’ouvrent en réalité la Guerre Froide et des troubles économiques majeurs issus de la guerre, entraînant la pauvreté et la corruption dans maints quartier des grandes cités américaines.

          Dans ce contexte peu reluisant, John Blacksad, notre héros, est un détective qui oeuvre tantôt pour la police, tantôt à son propre compte pour faire régner un semblant de justice dans ce monde immoral qu’est devenue la société du pseudo-rêve américain, pour secourir les faibles opprimés par les forts, pour faire triompher la vérité et faire éclater les scandales politiques.

          Mais sur ces bonnes paroles, j’oublie de vous dire l’essentiel : John Blacksad est un chat… Et il n’est pas le seul d’ailleurs, car ne cherchez pas d’humains dans cette bande-dessinée, vous n’en trouverez pas. Ici, chaque personnage prend les traits d’un animal, sans réel symbole du genre les herbivores sont gentils, les carnivores méchants ou des choses du genre, bien que des allusions ou des jeux de mots se rapportent à l’espèce des individus représentés. Des animaux certes, mais ayant forme humaine. En effet, tout est fait pour que l’histoire soit la même que si nous avions des humains comme personnages principaux, si bien que l’on en oublie parfois que nous avons affaire à des animaux. Et cela n’est pas sans rapport avec le talent de Guarnido, dessinateur de génie de cette série, qui parvient à rendre crédible cet état de fait a priori saugrenu. Tout y est, la finesse des traits, les expressions du visage, les scènes d’actions plus efficaces et réalistes les unes que les autres, et cela se comprend, car Juanjo Guarnido, nous l’apprenons dans la préface du premier tome, est animateur chez Disney, donc, pour reprendre les termes de cette préface : « le mouvement, il connaît ! »

          Parlons un peu de l’intrigue. Si le premier volume, Quelque part entre les ombres, est avant tout une « simple » enquête policière, quoique des plus accrocheuses, les deux albums suivants sont presque des « fictions historiques », se plaçant au coeur des années cinquante américaines et des problèmes politiques et sociaux qui les caractérisent. Le second tome, Arctic-Nation aborde ainsi le militantisme raciste de groupuscules comme le Ku Klux Klan, en mettant en scène des animaux au pelage blanc (ours polaire, tigre du Bengale, renard argenté, hermine, etc) membres d’un parti raciste prônant le retour de la suprématie blanche. Face à eux, les animaux noirs (cheval, ours brun, taureau,…) membres des « Black Claws », en référence bien sûr au mouvement des Black Panthers. Et au milieu, les pauvres gens, sans parti, sans attaches, sans ressources, qui souffrent de ces luttes de pouvoir dans les quartiers populaires. Le troisième volume enfin, Ame rouge, traite quant à lui de la « chasse aux sorcières » menée aux Etats-unis dans les années cinquante contre les sympathisants communistes, ce que l’on a appelé le maccarthisme, du nom du sénateur ayant organisé cette persécution « au nom des valeurs et de la sécurité américaines ».

          De fait, à travers les aventures du détective John Blacksad, brute épaisse au coeur tendre (oui ça fait très Bioman je sais…), Diaz Canales et Guarnido nous plongent dans un voyage au coeur de la malhonnêteté des individus haut placés qui spolient et maltraitent les petites gens, auxquelles le héros vient au secours tel un Robin des Bois des temps modernes, afin de préserver un semblant d’idéal humaniste dans un monde devenu celui des puissants. Une BD à dévorer d’une traite donc, en attendant avec impatience le tome 4, prévu pour les prochains mois.

Blacksad de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido
Dargaud
2000-2005
http://www.blacksadmania.com

ason Schwartzman commence à être un acteur « tendance ». A la fois parce qu’il est le cousin de Sofia Coppola (ce qui est toujours « tendance » de côtoyer la réalisatrice de Lost In Translation) mais aussi en ayant pris les traits de Louis XVI dans Marie-Antoinette de… Sofia Coppola et tout récemment dans The Darjeeling Limited de Wes Anderson, jouant l’un des trois frères (celui avec la splendide moustache) partis retrouver leur mère en Inde. Il a donc ajouté une corde à son arc en tant que musicien d’abord comme batteur chez Phantom Planet et là, en publiant son premier album sous le partonyme de Coconut Records, pas moins le nom de groupe le plus original de l’année. Pourtant quand vient à l’esprit les références connus d’acteurs/actrices ayant tentés leur chance dans la chanson, on pense hmmmm à Sandrine Kiberlain ? mouaif, Agnès Jaoui ? Bof, pas terrible du coté français. Et en franchissant l’Atlantique, on a qui ? Will Smith ? Ah oui c’était rigolo Men In Black mais … quand j’étais au collège. Bilan peu flatteur.

          Le quasiment déjà mythe dira que Jason Schwartzman a composé son album tout seul, en un temps record (15 jours ?), sans label et comme s’il s’agissait d’un loisir comme un autre. On se dit que tous les autres acteurs cités précédemment devraient en prendre de la graine et surtout qu’il est extrêmement rare de concilier les talents de chanteur et d’acteur (faut il encore en avoir au moins l’un des deux et pour de vrai). L’album est d’abord teinté de références au rock californien toute époque confondue que ce soit avec Randy Newman sur la ballade « West Coast » ou Weezer sur le plus électrique « Back to You ». On a aussi droit à une petite touche de funk à la sauce Phoenix sur « Nighttimming » ou à de la pop minimaliste sur « It’s not you it’s me ». Les plus que mignonnes Kristen Dunst, rencontrée sur le tournage de… Marie-Antoinette ! et Zooey Deschanel actrice et également… chanteuse du groupe en vogue She & Him, viennent chantonner sur plusieurs titres et apportent ainsi encore un peu plus de classe à un CD déjà bien réussi. C’est simple, chaque morceau a son petit quelque chose qui fait qu’on se laisse entraîner, séduire par la voix détachée de l’acteur/auteur/compositeur/interprète américain. Passé inaperçu l’année dernière, Nighttiming peut profiter du buzz engendré par le Schwartzman version acteur. Et autant dire qu’on aimerait en voir beaucoup plus souvent des garçons aux talents multiples aussi remarquables. Remarquez, la sensuelle Scarlett Johansson s’apprête à sortir un album de reprise de Tom Waits et la rumeur court comme quoi le résultat serait très réussi… Vous dites Sandrine Kiberlain pour la France ?

coconut2.jpgCoconut Records – Nighttiming
Young Baby
Mars 2007
http://www.youngbabyrecords.com

Coconut Records – West Coast en écoute

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