septembre 2011


asabian fait parti des groupes leaders du rock anglais des années 2000. En progression régulière à la fois en terme de popularité que de qualité d’album depuis leur premier paru en 2004 jusqu’à West Ryder Pauper Lunatic Asylum arrivé lui  en 2009. Le meilleur exemple aura été Fire arme tubesque quasi imparable qui aura touché un public plus large que les fans de base. Malgré un potentiel de groupe à stade avec leur panel de titres efficaces accumulés au fil des ans (Club Foot, Shoot the Runner, Vlad The Impaler…), on attendra pas de la part du groupe originaire de Leicester la publication d’un chef d’œuvre. Kasabian c’est une affaire de singles.

          Les pochètes d’album ont rarement été un point fort dans la carrière du groupe mais l’artwork noir et blanc avec un Sergio Pizzorno (guitariste/principal compositeur) dessiné tel un lion rugissant est cette fois-ci particulièrement moche. Passé ce détail, on apprend que Dan The Automator est à la production de ce nouvel opus.

           Ceci explique alors son penchant vers del’ électro caractérisée par des retrouvailles avec les synthétiseurs autrefois présents. Le début de l’album avec Days are forgotten relance la machine avec du Kasabian classique mais en moins bien.

          On s ennuie ferme. Velociraptor! est moins punchy que les précédents. Il repose énormément sur la voix de Tom Meighan qui n’hésite pas non plus à en faire des tonnes. Sergio s’incruste sur  « La fee verte » un des morceaux les plus pop de Kasabian, guitare acoustiques sorties et écrite pour le film London Boulevard. Purement électro, le titre éponyme Velociraptor, permet au groupe de retrouver son coté « direct » mais si le changement est louable, dans l’ensemble, le morceau est foireux. Les “ miaulements” qui démarrent  « Acide turkish Bath (Shelter from the storm) » maintiennent  l’ennui général en corrélation directe avec la longueur de la chanson. « I Hear Voices » est dans le même registre et laisse une impression pénible. Seul Re-wired se montre enthousiasment mais il est déjà trop tard. Les différentes ambiances présentes dans l’album et une tendance assez électro ne suffisent pas à sauver l’ensemble.Pas de raison de trop paniquer pour autant, vu la productivité du groupe, un nouvel album arrivera rapidement et fera passer Velociraptor! pour une simple erreur de parcours.

fuckbuttons_album.jpgKasabian Velociraptor!
Columbia
septembre 2011
http://www.kasabian.co.uk/fr/

Kasabian – Days Are Forgotten en écoute

’exercice de la comédie romantique est toujours assez casse-gueule : à la fois pour trouver une accroche originale et ne pas retomber trop vite dans le schéma classique des films du genre. Le topic de départ n’a rien d’extraordinaire : un quarantenaire dont la vie de couple n’a plus rien de très romantique se retrouve à quitter sa femme avec qui il est depuis le lycée. Le choc est d’autant plus rude car cette séparation fait suite à une infidélité de la mariée, jouée par Julianne Moore, pour le côté un peu sérieux du film.

          Steve Carell, le mari et mythique personnage de la série « The Office « ayant déjà placé sa carrière dans le rôle du type un peu paumé mais pas bien méchant « Quarante ans toujours puceau », prend sous ses airs de malheureux toutou, les traits du personnage principal qui décide donc de se relever de cette déception en profitant des avantages de sa nouvelle vie de célibataire en espérant multiplier les conquêtes. Sauf que, coup classique, la reprise de la séduction se fait plus difficile que prévue et la vie de famille n’est pas si simple à oublier. Donc pour l’aider, notre héros fait la connaissance du nouveau bogoss du moment : Ryan Gosling, déjà vu cette année dans « Blue Valentine » et séducteur au succès quasi infaillible. Mélange de Ken blond en version Steve McQueen à la plastique parfaite mais non photoshopé, il amène une vague de chaleur immédiate dans la salle de cinéma dès sa première apparition.

          Les bases sont dès lors posées et le duo fonctionnera à merveille jusqu’au bout pour le meilleur et surtout beaucoup de rire. Autour des situations plus que cocasses : collègues de travail qui entendent Steve Carell pleuré dans les toilettes, scènes de drague foireuses, il faut ajouter des seconds rôles au top : la prof ancienne alcoolique et hystérique, la baby-sitter de 16 ans prête à tout pour séduire Steve Carell dont le fils est lui-même amoureux de…la baby-sitter.

          De nombreuses rebondissements quoiqu’un peu trop prévisibles, dynamitent l’ambiance, et sont accompagnés d’un paquet de répliques quasi-cultes : « tu vaux mieux que GAP » lors d’une séance d’essayage à la Pretty Woman. Crazy Supid Love ne connait pas de période d’essoufflement et mérite sa différentiation avec les nombreuses comédies qui pourront sortir au même moment.

Crazy Stupid Love de John Requa et Glenn Ficarra
Warner Bros
Sorti le 14 septembre 2011
http://crazystupidlove.warnerbros.com/

apan Life vient de fêter ses 2 millions d’utilisateurs.  Apparu début août en téléchargement gratuit pour les Smartphones français, Japan life est un classé dans les genres de SimCity-like à la version nippone. Le jeu est certes plus simplifié que son illustre prédécesseur mais il fait preuve d’une certaine convivialité et d’un bon attrait du à sa touche japonaise plutôt que de s’essayer à créer un village chez les Schtroumpfs, jeu concurrent et qui parait tout de suite beaucoup plus enfantin et moins gracieuse.

          Quel plaisir donc de créer un jardin au mille couleurs, de faire croitre sa ville au fur et à mesure des arrivées de touriste ; d’améliorer son agencement, de faire fructifier les ventes des magasins et restaurants, d’aider ses amis à augmenter la popularité de leur ville. Simple d’accès, le jeu ne demandera pas des heures d’utilisation en continue mais simplement de revenir de temps à autres durant la journée pour vérifier si tout se déroule pour le mieux. Pratique pour égayer son trajet le matin pour aller au travail.

          On pourra lui reprocher ses limites (vente trop facile, nombre de thèmes de déploiements de la ville, pas grand-chose à gérer finalement à part l’organisation générale) et un niveau de croissance qui se stoppe aujourd’hui au level 33. A part cela, rien ne vous empêchera de réfléchir à la façon d’agencer au mieux votre temple Bouddha et votre nouvelle hôtel avec piscine tout en assurant un minimum de décoration autour. Vivement la mise à jour !

Japan Life
Nubee
août 2011
http://nubee.sg/

on je ne suis pas monomaniaque, non je n’ai pas d’actions chez Canal+. Mais ça crée bien et surtout ça recrute bien ces temps-ci sur la chaîne cryptée (bon là c’est en clair). Alors parlons en. Le Grand journal nous a livré quelques bonnes surprises au fil des années niveau chroniques et mini-séries : le Petit journal, le SAV des émissions (oui je sais la première saison c’était pendant 20h10 pétantes…), des miss météos qui donnent pas envie de zapper… Oui mais voilà le SAV on commence à connaître, le Petit Journal – qui bientôt va être plus long que le Grand – c’est devenu chiant et la nouvelle miss météo craint… Heureusement, la nouvelle recrue du père Denisot sauve la mise. Bref…

          On ne nous ment pas, les épisodes de la nouvelle mini-série sont courts, très courts même, moins de deux minutes. Mais c’est ce qui la rend bien. Tout repose sur le rythme et l’enchaînement des descriptions. C’est comme ça que ça fonctionne : Kyan Khojandi décrit un moment de son quotidien en énonçant étape par étape tout ce qui y est survenu. Une image, une phrase, et ça marche. Intonation plate, émotion zéro, développement absent et pourtant on s’identifie à chaque fois au personnage. Bien joué.

          La mode du stand up est passée par là (d’ailleurs le type en vient) et ça se sent : « eh vous vous êtes jamais demandé pourquoi machin… ? il vous arrive jamais de truc… ? vous avez jamais remarqué que bidule ? ». Le format change, l’idée reste, on fait appel au vécu de tout le monde et c’est ce qui fait rire. Les gens adhèrent (plus de 300 000 fans sur Facebook en moins de deux semaines le gars…) moi le premier. Pourvu que ça dure. Bref, ce sera tout.

Bref de Kyan Khojandi
Canal+
Depuis le 29 août 2011
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3848-c-bref.html

‘aime bien les personnages de connards. Le genre de rôle un peu ingrat mais qui doit être fun à jouer. Et là je crois qu’on en tient un beau. Eric et Ramzy nous avaient habitués aux types un peu idiots et pas très courageux, Eric sans Ramzy fait mieux : moins idiot mais plus fourbe. Le genre de type que t’aimes pas trop avoir en ami. Pas vraiment méchant, juste néfaste. Petit bilan des trois premiers épisodes de la nouvelle « création originale » de Canal : Platane.

Après une campagne d’annonce de taille sur la chaîne cryptée, entre fausses interviews, parodie d’une pub existante de Canal+ et passage au Grand Journal une demi-heure avant la diffusion, on peut dire que Platane était quelque peu attendue par les abonnés amateurs d’humour bébête. D’autant plus que les critiques de la série vues à droite à gauche se sont révélées plutôt bonnes. Méfiance malgré tout. Le duo comique a plus d’un bide à son actif : une fin de H un peu poussive, une étrange capacité à ne faire que des nanards durs à regarder plus de vingt minutes au cinéma, des passages télé souvent un peu lourds… Alors là, même si on parle d’un projet un peu différent, en solo, moins ouvertement comique, apparemment plus fin, autant vous dire que je me calé un peu sceptique devant ma télé.

Et bien j’avais tort. Enfin plus ou moins disons. Car le pitch est bon: en gros Eric et Ramzy préparent une suite à H, mais suite à une soirée arrosée, le premier se plante en voiture contre un platane et tombe dans le coma, ce qui permet au second de lui voler la vedette. Apprenant l’odieux forfait à son réveil, Eric décide de changer de voie et de se lancer dans la réalisation d’un film plus sérieux, idée qui augure un nombre de galères assez colossal. Mais si le premier épisode est réussi, de l’ambiance lèche-bottes du milieu de la télé à la louseurité (mais si ça se dit…) des personnages principaux (devinez qui : Eric et Ramzy), en passant par des vannes incorrectes qui font plaisir, le deuxième volet souffre d’une baisse de régime et les mésaventures du sieur Judor ne sont pas si bien rythmées que précédemment. Mais bon, un peu déçu que j’étais, je me suis quand même laissé tenter par le troisième épisode.

J’ai bien fait. De loin le meilleur des trois. Eric est bien mauvais (dans le bon sens, rappelez vous, un peu connard) et les personnages qu’il rencontre l’accompagnent bien dans sa médiocrité. Le beau-frère parasite, le prof de hip-hop teubé, le producteur africain véreux, bref du con à la pelle qui redonne du rythme à la série et donne envie d’aller plus loin. Il faut dire que le programme a de quoi appâter le chaland : chaque épisode fait visiblement la place à un acteur invité qui joue son propre rôle mais caricaturé. Ainsi le premier épisode accueillait Ramzy Bédia, en faux-ami opportuniste, le second un Pierre Richard has been prêt à tout pour revenir sur le devant de la scène, et le dernier (pour la soirée) Clothilde Courau, qui galère elle aussi quelque peu à trouver des rôles dignes de ce nom. A venir Monica Bellucci, Vincent Cassel, Guillaume Canet, Gilles Lelouche, Mathieu Amalric… tous passent à la moulinette de l’auto-dérision et c’est plutôt bien fait pour l’instant.

Du coup que penser de cette nouvelle série ? Je dirais à poursuivre. Le démarrage est certes irrégulier mais la vanne fait mouche et même si les longueurs du deuxième épisode font un peu d’ombre au tableau, on a envie d’aller plus loin. L’idée marche bien, Eric Judor est franchement bon dans son rôle de raté et les invités apportent une plus-value pas dégueulasse au tout. Avis plus que positif !

Platane de Eric Judor
Canal+
A partir du 5 septembre 2011
http://www.canalplus.fr/platane/

e festival fêtait ses 10 ans, apparition d’une nouvelle scène, nouvelle affiche, et c’est parti pour un compte rendu de Rock En Seine 2011:

Jour1 : The Kills+Foo Fighters+Yuksek+Death In Vegas

On commence avec The Kills pour démarrer le festival. Malgré un set correct et une complicité touchante entre les deux membres, la scène parait un peu grande pour capter l’attention du public en continue.

A peine le temps de changer le matériel, que les Foo Fighters débarquent sur scène en avance et ne la quitteront que le plus tard possible afin d’offrir aux fans les nombreuses « fucking good songs » que Dave Grohl et sa bande ont dans leur répertoire. Oscillant parfois vers du punk rock californien, la prestation du groupe aura sûrement comblée les fans mais pas forcément conquis de nouveaux. Au moins ils auront été à fond tout au long de ces 2 heures de grand spectacle.

Deuxième album à peine sorti pour les frenchis de Yuksek, sorte de membre de la nouvelle génération électro française, affublé d’une rythmique solide, leur morceaux rallongés pour la plupart fonctionnent à merveille et provoquent quelques mouvements de danse dans l’assemblée. Bonne surprise et réchauffement quasi assuré avant de filer voir les revenants de Death In Vegas. Malgré un début attrayant avec  leur célèbre « Girls » pour commencer, les anglais n’ont pas tenu compte du fait que la 4ème scène apparue cette année, était la plus petite du festival. D’où un besoin pas vraiment nécessaire de jouer toutes guitares saturées, gâchant d’emblée l’intérêt du concert. Dommage car ce retour faisait plaisir à passer par RES.

Jour2: BB brunes+The Streets+Interpol+Arctic monkeys

Ce deuxième jour démarre par une arrivée sur le site accompagnée par saucée tandis que les BB Brunes entonnent leur plus célèbre tube « Lola Love You »…faut il y voir un signe de cause à effet ?

La pluie se calme en arrivant vers The Streets. Mike Skinner et sa bande se sont raccrochés à la programmation suite à un désistement de dernière minute.  Tant mieux car il s’agissait du dernier concert  français du groupe avant séparation. Le set se déroule donc sous forme de best of des 10 ans d’existence du groupe. Tout en espérant que la gouaille de Mike Skinner quoiqu’un peu trop tchatcheur par moment, se pointera à nouveau rapidement dans le paysage du rap anglais.

Dans un style bien différent, Interpol prend ensuite possession de la scène pour un set impeccable. Bonne surprise puisque le groupe semblait sur la pente descendante suite à deux derniers albums assez inégaux et des changements de personnel au sein du groupe (bassiste, clavier). Beaucoup plus sobre et moins bavard que son prédécesseur au chant, Paul Banks capte l’attention des spectateurs par des titres fort en intensité.

Mais l’assemblée relativement jeune et présente au plus proche de la scène, attend surtout avec une grande impatience les Arctic Monkeys qui semblent bien être considérés comme les leaders de la scène rock actuel pour les moins de 20 ans. Soit, Alex Turner chanteur et tête pensante  du groupe a troqué son look d’ado pour  ressembler un à clone d’Elvis. Certes le son assourdissant à l’image d’une batterie lourde et matraquée autant que possible. Certes le groupe ne rechignera pas à jouer ses meilleures chansons et comblera un public sautillant à chaque élévation sonique caractérisée par des riffs de guitare balancés à tout va. Mais des paroles insignifiances : «Kung-fu fighting / On your roller skates / Do the Macarena in the devil’s land » (tirées de « Don’t sit down cause I’ve moved your chair) et un sentiment de formule usée en boucle entraînent un rapprochement inévitable vers le fond de la scène voir vers les stands de « nourriture du monde ». L’énergie dégagée par le groupe n’atteindra donc pas 100% du public. Peut-être est-ce une question de génération ?

Jour3: Lilly Wood & the Prick+The La’s+Miles Kane+Anna Calvi+Deftones

Journée enfin  ensoleillée pour finir le festival . Lilly Wood & The Prick semblent tout contents d’être de retour à RES 2 ans après et il faut avouer que ces retrouvailles ne sont pas désagréables, bien au contraire. Mais l’attente voir la curiosité du jour vient du nord de l’Angleterre avec le retour inattendu sur scène des La’s, 20 ans après la sortie de leur unique album et seulement une poignée de concerts effectués durant cette même période.  Seulement, on aurait du se méfier du retour d’un groupe réputé pour n’en faire qu’à sa tête et incapable de publier un second album malgré le succès et la reconnaissance du premier. C’est donc, deux anglais semblant encore subir les effets de leur murge de la veille qui apparaissent sur scène. Les absences d’une seconde guitare et d’un batteur surprennent dans un premier temps mais l’attention se focalise vite sur un réglage sonore calamiteux où le soundcheck sera effectué durant le premier quart d’heure avant de globalement garder un son crade jusqu’à la fin du set. Dommage, on s’en tiendra à avoir assister à une bonne grosse blague plutôt que de s’arrêter sur l’aspect pathétique de cette « reformation ». Du coup, Miles Kane et son enthousiasme débordant arrivent à point nommé. Si son album n’a pas cassé la baraque, sa prestation scénique tourne à son avantage après le passage des La’s. Mais c’est surtout Anna Calvi et ses yeux bleus hypnotiques qui embelliront cette 3ème journée à  RES. Groupe classe, chanteuse de charme à la voix puissante mais mélodieuse,  compositions lorgnant du côté de PJ Harvey en moins déprimant, le tout avec une petite touche de timidité au moment des remerciements adressés au public. Aucun soucis la dessus : l’assemblée est conquise et ce fut un réel plaisir !

Changement radical avec les ricains de Deftones. Groupe bien en place, chanteur en forme…les fans apprécient mais on ne dépassera pas les 15 min faute de fatigue et une motivation amoindrie malgré ce flux d’énergie.

A l’image d’une affiche moins attrayante que l’édition précédente, ce RES 2011 ne restera pas comme l’un des  meilleurs mais on y retournera sans aucun doute l’année prochaine, l’ambiance étant loin d’être désagréable.

res2.jpgRock En Seine
26/27/28 août 2011
http:// www.rockenseine.com /

‘affaire d’Outreau… Je dois avouer que je m’y étais peu intéressé à l’époque et les circonstances de cet épisode tragique de la justice française m’étaient pour le moins méconnues. Une sombre affaire de pédophilie dans laquelle bon nombre de personnes avaient été accusées à tort et enfermées par un juge d’instruction peu lucide. En gros.

          Aussi lorsque l’on m’a proposé de me rendre à l’avant première, en présence de l’équipe de tournage, de Présumé coupable, le film de Vincent Garenq qui raconte le calvaire d’Alain Marécaux, l’un des accusés (auteur de Chronique de mon erreur judiciaire : une victime de l’affaire d’Outreau, dont le film est l’adaptation), j’étais partant mais ne m’attendais pas à un excellent film, craignant sans doute que la froideur du thème ne me fasse trouver le temps long et que le film baigne dans l’apitoiement forcé.

          Quelle ne fut pas ma surprise lorsque dès les premières minutes je me suis retrouvé complètement pris par la projection ! Car il faut le dire, le long métrage du sieur Garenq a moult qualités. Le moins que l’on puisse dire tout d’abord est qu’il est fort bien réalisé. L’ambiance est là c’est rien de le dire. Le climat est toujours tendu, la lumière des plus sobres, montrant des personnages fatigués, accablés, rabaissés, mais avec finesse. Le ton est donné rien que par l’image, par les plans serrés lors des scènes d’enfermement, par la grisaille ambiante lors des scènes d’extérieur. On est mal rien qu’à regarder l’environnement.

          C’est sur ce fond que se déroule le film. Nous ne dévoilerons pas grand chose en le résumant brièvement, l’issue de l’affaire étant connue de tous : Alain Marécaux, huissier de justice dans le nord de la France, et sa femme sont une nuit arrêtés à leur domicile et accusés du viol de plusieurs enfants. Des interrogatoires musclés aux dégâts collatéraux de cette situation sur le couple et leur famille, le film raconte les quatre ans de supplice d’un accusés parmi treize autres qui ont plus ou moins subi le même sort.

          Dans le rôle principal, Philippe Torreton est saisissant, totalement investi par le rôle, allant jusqu’à perdre vingt-sept kilos pour coller au plus près à son personnage. Le juge Burgaud, en charge de l’instruction du dossier, est glaçant d’obstination, les accusateurs choquants par leur bassesse. Tout cela aide à rester accroché à l’écran tout au long de la séance. On a du mal à croire que cette affaire est réelle. Certes le film va dans ce sens mais devant l’imprécision de l’accusation et l’absence totale de preuves à l’encontre des quatorze d’Outreau, on se demande à chaque minute comment tant de gens ont pu être enfermés des mois, voire des années avant d’être finalement acquittés.

          Alors oui le film souffre de quelques faiblesses : un procès final un peu rapide dans lequel certains éléments, comme la confirmation temporaire des peines de certains accusés sont peu expliqués, si ce n’est pas le refus de l’institution judiciaire de se regarder en face et d’assumer ses erreurs, ou encore des policiers et un juge si campés dans leurs certitudes qu’ils en sont un peu caricaturaux. Mais l’essentiel n’est pas là, et encore moins le sujet du film : le supplice, la dégradation, la perte de tout, l’indignation… Et pour ça le film récolte ce  qu’il a semé, on est un peu choqué, hagard, compatissant. Bref touché, on prend conscience que ça peut tomber sur n’importe qui, comme ça, sans raison particulière, et ça laisse pensif.

          Au final standing ovation pour l’équipe du film, et surtout pour Alain Marécaux, lui-même présent, applaudi de longues minutes. Je dois avouer que ça fait drôle de voir ce type qui a l’air aussi normal que vous et moi juste après avoir vu ce qu’on lui a fait vivre. Et pour ça, ça valait le coup de se déplacer.

Présumé coupable de Vincent Garenq
Mars Distribution
Sorti le 7 septembre 2011
http://www.marsfilms.com/