octobre 2011


e toute la famille Fischer, Claire était la seule à laquelle je pouvais réellement me transposer, m’identifier, m’imaginer surmonter les mêmes épreuves, vivre les mêmes crises existentialistes. Ruth, Nate et David étaient déjà des adultes, sujets à diverses responsabilités – qu’ils décident de les fuir ou non – piliers d’une famille équilibrée mais aux fondations frêles et chancelantes. Claire est la petite dernière de cette famille de croque-morts, et la seule apparaissant comme sans préjudices : comme si elle naquit devant nos yeux avec Six Feet Under, pour la voir vivre et grandir tout au long de ces six inoubliables saisons. Elle nous fut délivrée comme une apparition, son sourire évocateur et sa chevelure rousse foudroyante, rayonnant sur la morosité chronique de la maison Fischer, sorte de cousine lumineuse d’Angela Chase (My So-Called Life).

          Benjamine de la famille, elle est également la plus isolée. Beaucoup plus jeune que ses deux frères, elle ne se confiera que peu à eux, malgré l’amour qu’elle leur porte, et ne se retrouvera notamment avec Nate qu’au détour de ses propres crises immatures à lui. Les relations avec sa mère, seule autre femme de la maison, sont parfois difficiles, voulant se rapprocher d’elle, tout en refusant de lui ressembler en tout point. Elle se réfugie dans l’art, dans une quête d’expression personnelle, se jettant corps et âme dans cette recherche de sens et d’accomplissement. Contrairement à ses frères, elle refuse de fuir, mais veut tout voir : le monde, la vie, la mort, l’univers et ses recoins. Plus que la crainte de la mort que les Fischer côtoient chaque jour, Claire embrasse à bras le corps, à travers cette fureur et ses expérimentations, cette peur qui les tétanisent, cette peur qui les retiennent par un passé omniprésent (incarné par les apparitions du père), cette peur qui oblitère toutes leurs perspectives : la peur de vivre.

          Il n’est alors pas étonnant de voir qu’Alan Ball (désormais showrunner de True Blood) ait choisi pour l’ultime séquence de Six Feet Under – sans conteste l’un des plus beaux finals de série jamais réalisé – la figure de Claire, altérée et allant et venant dans le temps, tout en voguant vers une nouvelle vie, tandis que l’inéluctable et le prévisible se heurtent aux incertitudes et aléas de ces routes empruntées. Au-delà des tragédies communes de nos vies, inébranlables, ces yeux verts scrutent l’horizon comme si tout était encore pourtant à faire.

Six Feet Under (Six Pieds Sous Terre) 
Créée par Alan Ball
Diffusée sur HBO (2001 – 2005)

’est au début des années 2000, que l’ainé des frères Gallagher, Noel a commencé à évoquer l’idée d’un album solo. Les faces-B publiées sur les singles de Standing On The Shoulder Of Giants confirmaient ce sentiment de besoin liberté pour la tête pensante d’Oasis suite à la fin de six années de folie et d’excès. Finalement c’est un soir d’aout 2009, en plein festival parisien, que le sort du groupe anglais le plus populaire des années 90 se jouera et prendra fin. La suite logique amenait donc à la parution de cet album solo un temps attendu mais dont la carrière d’Oasis dans les années 2000 allait quelque peu refreiner l’attente. En comparaison de la période de créativité qui a accompagné le groupe à ses débuts et un nouveau millénaire plus ou moins laborieux, les espoirs placés dans les frangins de Manchester avaient été largement revus à la baisse. La sortie d’un nouvel album d’Oasis  tenait plus à avoir quelques bonnes surprises type « The Importance of Being Idle » qu’à la parution d’un chef d’œuvre du calibre de Definitely Maybe. On a fini par comprendre que c’était vain. Liam et les autres musiciens de feu Oasis ont donc dégainé en premier avec l’acceptable Beady Eye qui ne tient debout que par le charisme de son leader et non par des compositions fades ou pompeuses à outrance.

          La tête pensante c’était Noel. Deux années auront donc été nécessaires pour enfin franchir le pas. Le temps de laisser le petit frère s’amuser, de ne pas marcher sur ses plates bandes et de risquer la vexation ultime. Des démos, prises de soundchecks sont tombées au fur et à mesure. Des annonces de chorale et violons ont été faites. Cela suffisait en fait à définir les contours de l’album. Il fallait maintenant éviter de trop s’attacher au cliché « et si Liam avait chanté ça… » C’est l’album de Noel, point. Il n’a certes pas tant changé ses habitudes puisqu’ il a pioché entre des titres déjà amorcés depuis 10 ans (« Stop the Clocks »), ou bien écrits durant la dernière tournée d’Oasis (« If I Had a Gun »), a cherché une touche de nouveauté (« Aka…What a Life ! » premier titre « dansant » dans l’existence de Noel Gallagher) et qu’il a repris le même producteur que sur les derniers albums d’Oasis. Qu’est ce qui le différencie donc de ce qu’aurait pu être le 8ème l’album d’Oasis à part que Noel chante sur toutes les chansons ? A la fois tout et rien. Noel n’allait pas se mettre à faire du jazz comme il aime à le répéter. Ses références musicales comme les Kinks ou Neil Young n’ont pas changé. Quand à l’idée de reprendre tout à zéro et d’aboutir à un album 100% personnel, ca sera pour la prochaine fois ou jamais. Car il n’a plus la même façon de composer qu’à 25/30 ans, plus la même urgence d’aligner les tubes et il aime prendre son temps, exploiter une idée quand l’inspiration le gagne.

          Sorte de collectif ou les musiciens ne sont pas inchangeables,  les High Flying Birds accompagnent Noel Gallagher sur cet album éponyme. Ou comment à la fois tenir les reines et ne pas avoir à rendre de comptes. Les premieres écoutes de l’album confirment une production très riche et des défauts qui piquent aux oreilles : ces chœurs… ces trop nombreux effets de voix… ces nombreux « Wouhous »… et que fatalement aucun nouveau « Don’t Look Back In Anger » ne se dégage… On avait été prévenu donc. Et puis sans jouer la théorie du « nan mais à la 50ème écoute ca devient bien », les compositions  prennent le dessus. Là où  « If I Had a Gun »aurait  été plus touchante jouée en acoustique accompagné d’un unique tambourin,  Noel a choisi un son massif, puissant. Toujours ce côté sale gosse. L’effet marche cependant très bien sur le titre d’ouverture « Everybody’ On The Run », magistral, qui aspire à la liberté,  thème récurrent de ce Noel’s Gallagher High Flying Bird et dont l’orchestration finale retourne à chaque fois. (« (I Wanna Live In a Dream in My Record Machine »), dont une version était déjà connue depuis plusieurs années et prend tout sons sens avec ce nouveau lifting qui en accentue les envolées  pour rendre cette nouvelle version plus réussie.

          « Dream On » nous renvoie à la période Be Here Now et le spectre de Liam se fait sentir mais chut, il ne faut pas s’y attarder. « If I Had a Gun »se montre limpide et  constitue une véritable réussite pour une ballade plus proche d’un « Wonderwall »sans en atteindre le sommet que d’un  « Stop Crying Your Heart » sans subtilité.  « The Death Of You and me » flaire bon la légèreté et poursuit la question de désir d’évasion, d’espoir, structure narrative de l’album. « Aka …What A Life ! » rappelle la jeunesse de Noel et les soirées mancuniennes dans le célèbre club de l’Hacendia. Si l’air dansant est une tentative pas désagréable, la longueur d’une bonne minute de trop gâche l’ensemble et en montre les limites. « Aka Broken Arrow » a une intro qui pourra rappeler quelques tubes de variétés radio mais la suite s’en sort mieux grâce à une rythmique entrainante. « (Standed On) The Wrong Beach » et « Soldier Boys and Jesus Freaks » montrent que Noel a toujours des morceaux corrects sous le coude. Seul « Stop The Clocks », pourtant considérée comme une pépite et grande fierté de Noel restée sagement  cachée depuis des années se montre pénible tout du long et le final quasi copier/coller du  « Lookin’ Glass » des La’s ne rattrape pas l’ensemble.

          Absence quasi totale de solo et de guitare électrique, l’album s’éloigne clairement du rock de stade dont était friand Oasis. Moins tubesque, cet ensemble de ballades intimes prouve aisément que Noel Gallagher a conservé son talent de songwrtitter tout en étant devenu un bien meilleur chanteur qu’il y a quinze ans.  Le véritable reproche à lui faire restera cette impression de facilité et d’être resté en « pilotage automatique » dans son écriture sans pour autant se faire violence alors qu’il attendait lui même depuis fort longtemps de publier cet album.  A côté, les faces-B telles que « A Simple Game Of Genius » ou « Let the Lord Shine A Light On Me » sont les meilleures publiées depuis un certain…Standing On The Shoulder of Giants. Et des faces-B de qualité sont souvent signe d’un très bon album.

fuckbuttons_album.jpgNoel’s Gallagher High Flying Bird
Sour Mash
Octobre 2011
www.noelgallagher.com

Noel’s Gallagher High Flying Bird – The Death of You and Me en écoute

L

ontrairement à Tim Riggins, figure apollonienne et autre personnage phare de Friday Night Lights (qui s’est terminée au printemps), Matt Saracen n’aura connu cette gloire éphémère avec l’équipe des Dillon Panthers que grâce à un coup du sort – la blessure de la star de l’équipe Jason Street – sorte de thème récurrent dans une série qui observe ses personnages réagir et s’adapter aux hasards qui viennent joncher ses cinq admirables saisons.

Il y a tout d’abord ce style réaliste, à l’esthétique simili-documentaire, très à la mode surtout dans les sitcoms (The Office, Parks & Recreation, Modern Family) mais qui ici donne le ton à Friday Night Lights. Cette caméra volatile, qui scrute ses protagonistes, qui les suit, qui les révèlent. Il y a parfois des situations où l’on se croit ainsi voyeur de l’intimité de ces joueurs de football (les sobres et lumineux discours de vestiaire du coach Taylor, impeccable Kyle Chandler), de ces familles solides, décomposées, ou de fortune, de ces adolescents et jeunes adultes, survivant dans la petite bourgade de Dillon, Texas, où la seule échappatoire demeure le football, et où le sport demeure l’une des seules écoles de la vie qu’ils aient à disposition.

De ces contrées arides du Texas se dégagent ainsi quelques lueurs d’âmes, probablement parmi les plus belles que l’ont ait pu voir à la télévision. Matt Saracen (joué par le méconnu Zach Gilford), quaterback de fortune qui deviendra héros de l’équipe, qui sortira avec la fille du coach, mais également fils unique au sein d’une famille dysfonctionnelle, qui l’oblige à mûrir prématurément. Oxymore essentiel et symptomatique de Friday Night Lights. Matt, sa candeur, ses yeux doux et sa diction frêle, subit la plupart des événements qui se déroulent dans sa vie, des pires aux meilleures. Grâce au football, et sous la figure paternelle absente qu’il trouve enfin en la personne du coach Taylor, Matt sera ainsi forcé à devenir adulte, bien qu’il n’en ait ni l’envie, ni le courage apparent.

C’est l’une des grandes constantes et qualités de cette grande série portée de Peter Berg (déjà réalisateur du film du même nom précédant la série). Allégorie classique de grandes valeurs fondamentales, le sport sera magnifié dans Friday Night Lights comme rarement, trouvant en Matt Saracen sa plus belle et sensible incarnation.

Friday Night Lights
Créée par Peter Berg
Diffusée sur NBC (2006 – 2011)

roisième apparition dans un film cette année pour Ryan Gosling après Blue Valentine et plus récemment Crazy Stupid Love. La nouvelle coqueluche américaine joue cette fois le rôle d’un pilote de voitures de sport participant à des vols mais en se contentant uniquement de la conduite. La règle est simple : pas plus de 5 minutes d’attente pour le crime et il s’occupe de ramener ses passagers à bon port. Durant son temps libre, il endosse la casquette de mécanicien, voire de cascadeur à Hollywood. Solitaire, peu bavard, le héros se rapprocherait du profil d’un cow-boy du XXIème siècle. Il suffit de remplacer le cheval par une Mustang gonflée à bloc et le désert par Los Angeles comme décor pour obtenir ce résultat.

          L’héroïne jouée par Carey Mulligan va aider à faire basculer le destin de notre héros : l’amour peut frapper sur le palier de votre porte. S’en suit une montée de violence pour protéger cette femme et sa famille tout en tentant en vain de maintenir une relation plus que fragilisée par l’accumulation des ennuis et plusieurs truands à éliminer les uns après les autres. En témoigne une scène d’ascenseur commençant par un baiser volé interrompu par un tabassage en règle brute de fonderie, voire de boîte crânienne fracassée. Le personnage principal se rapproche de celui d’History Of Violence par sa capacité à faire preuve d’une violence soudaine alors que calme et sérénité semblaient l’habiter.

          Même si l’histoire peut paraître simpliste, elle est parfaitement mise en scène dans un style qui rappelle immédiatement le Collateral de Michael Mann sorti en 2004, par ses plans de la ville de nuit et les nombreuses illuminations des gratte-ciels. La bande originale s’accommode bien à l’ambiance à la fois mélancolique et pesante. Le réalisateur danois réussit à faire honneur au genre avec ce polar dramatique et touchant.

Drive de Nicolas Winding Refn
Wild Side Films
Sortie le 5 octobre 2011
http://www.drive-movie.com/

e me méfie souvent des films plébiscités à Cannes. Ils ont quand même donné la palme d’or à The Tree of Life ces gens là je peux pas décemment leur faire confiance. Mais bon ne soyons pas catégoriques. Les quelques avis que j’avais reçus à propos de Polisse étaient vraiment bons et Maïwenn, si je ne suis pas le plus grand fan, a au moins le mérite de faire des films originaux dont on a tendance à se rappeler. Aussi me suis-je rendu au cinéma pour voir son petit dernier.

          Première surprise au vu du sujet du film : on rit. Car en effet bien que traitant de pédophilie, et je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de vraiment dur à regarder, beaucoup de scènes allègent le film de la noirceur de son thème à travers des moments vraiment comiques et c’est tant mieux. Le but de Polisse n’est pas nécessairement d’accabler mais de décrire. Décrire le quotidien de la brigade de protection des mineurs parisienne, et fort heureusement pour eux, ils ont une vraie vie et parviennent à se détacher des horreurs qu’ils répriment.

          Autre point notable : pas de fil rouge. Effectivement, contrairement à de nombreux films dits « policiers », il n’est pas question ici de suivre le déroulement d’une enquête principale qui occuperait les personnages tout au long du film. A l’inverse, on assiste à la succession d’une multitude d’affaires plus ou moins graves traitées plus ou moins rapidement. Ça rend le scénario original mais ça peut aussi être dommageable. On ne sait par exemple quasiment jamais ce qu’il advient des enfants ou de leurs bourreaux. Maïwenn passe sans transition à l’affaire suivante et c’est parfois frustrant. On aimerait savoir si les coupables sont punis, si les enfants sont soutenus. On s’en doute mais rien n’est sûr. Alors certes c’est le but du récit de ne raconter que le quotidien des policiers et non celui des victimes, mais cette froideur peut gêner.

          Sont également mises en avant les vies personnelles des membres de la brigade, eux même souvent parents, marqués qu’ils sont par leur lutte contre les pédophiles. A commencer par Joey Starr, qu’on ne s’attend pas forcément à voir jouer un flic mais qui s’en sort plutôt bien dans son rôle de gros dur un peu paumé qui prend ce qu’il fait trop à coeur et ne parvient pas à concilier vie professionnelle et vie personnelle.

          Bref malgré quelques longueurs et des scènes peu utiles ou traitées de manière un peu étrange, ou encore la présence discutable de Maïwenn dans le film, dont le rôle ne trouve jamais réellement sa justification dans le récit et n’apporte rien de bien concret, un avis  positif sur un film à voir – bien que primé à Cannes – qui traite sans images choc d’atrocités qu’on n’aurait à peine imaginées. C’est fait intelligemment, sans voyeurisme. Le film est du coup plutôt accessible et les deux heures passent assez rapidement. Du haut de mon avis indiscutable, je conseille.

Polisse de Maïwenn
Mars Distribution
Sortie le 19 octobre 2011
http://www.marsfilms.com/

uelle ne fut pas ma surprise lorsque, me promenant dans les rues de la capitale je me suis retrouvé face à une affiche promouvant la diffusion prochaine d’une nouvelle série sur Canal+ (encore), consacrée à la famille Borgia lors de son ascension vers le sommet de la hierarchie catho. « Quoi ! mais ça a déjà été fait, et pas y a vingt ans, y a six mois! » Et oui mais que voulez-vous ? deux remakes de la Guerre des boutons, plus la re-sortie de la version d’il y a cinquante ans, deux séries partageant le même sujet… 2010 était l’année du tigre, proclamons 2011 année de la panne d’inspiration.

Mais bon je dois avouer que les intrigues de cour et l’ambiance Renaissance ont le don d’attiser ma curiosité alors, bien qu’ayant vu quelques épisodes de la première série, un peu momolle, je me suis posé devant les quatre premiers épisodes de la nouvelle, et je dois dire que je suis partagé. C’est bien fait, mais forcément ça sent le déjà vu. On sent que les scénaristes ont essayé de se distinguer de leurs prédécesseurs mais c’est pas facile hein alors on fait comme on peut : « Hey les autres ont mis une ou deux bastons par épisode, on va en mettre une toutes les dix minutes, ils ont mis un peu de sexe, on va mettre du cul partout ». Bon bah ça ramène du monde mais ça fait pas tout…

Mais ne soyons pas ingrats, la série a des qualités. Certes Tom Fontana, la papa d’Oz, qui a créé Borgia mais ne réalise pas (il ne l’a jamais fait) fait dans la surenchère mais ça marche. On est plutôt pris par l’histoire. Les personnages sont tous plus fourbes les uns que les autres, ecclésiastiques ou pas. Les soi-disant tenants de la vertu s’avèrent être les plus pourris. On se demande quelle va être la prochaine mesquinerie à leur actif. Aussi les deux premiers épisodes sont-ils vraiment efficaces, tant visuellement (l’ambiance est là c’est indéniable) que sur le plan du scénario, qui fait osciller les protagonistes entre corruption, traîtrise et pêchés mortels. Je dois avouer que j’attendais les deux suivants avec une certaine impatience.

Oui mais voilà, l’heure venue je me suis senti floué. Le rythme soutenu du début de saison m’avait conquis, il s’en est allé. Deux épisodes entiers consacrés à l’élection d’un nouveau pape, en milieu fermé, entrecoupés de scènes pas vraiment plus vives concernant les différents membres de la famille Borgia : c’est long. J’étais presque content que ça s’arrête. Alors une nouvelle chance s’impose dans l’espoir que l’enthousiasme suscité par les premiers épisodes n’ait pas été le simple fruit d’un effet d’annonce. Mais le syndrome des Tudors guette : pas mal certes, mais un peu chiant…

Borgia de Tom Fontana
Canal+
Depuis le 10 septembre 2011
http://borgia.canalplus.fr/

Nous inaugurons une nouvelle série d’articles consacrés aux séries TV, avec des portraits de personnages inoubliables, iconiques, et fondamentaux. Ces figures emblématiques concrétisent les idées, les concepts, les dialogues qui construisent au fil de chaque épisode l’identité et la singularité des séries qui les englobent. Chaque vendredi, un personnage d’une série fétiche sera décliné dans SurePost.

Le secret de la longévité et du succès de Friends aura été son évident talent comique, situationniste, souvent absurde, mais à la qualité constante. La cohésion du groupe, la balance parfaite entre les protagonistes, le charisme naturel de chaque Friends. Pourtant, ce qui fait l’unicité de cette série générationnelle est la qualité d’écriture des deux créateurs de la série, et amis de longue date, David Crane et Marta Kauffman. Car au centre des thématiques évoquées par Friends demeurent cette constante glorification et fascination du quotidien de six jeunes adultes aux vies très banales, calqué sur Seinfeld, et cet existentialisme sous-jacent quant aux différentes couches sociales concentrées autour de ce cercle immuable : questionnement sempiternel du couple, évolution humaine et sociale, place de l’individu dans la société et dans le monde du travail.

          En cela, Ross Geller est la figure emblématique de cette génération décrite par Crane et Kauffman. Génération non pas perdue, mais en quête de sens, insouciante, tâtonnant et expérimentant, prenant décisions irréversibles et se heurtant au hasard du quotidien ; pour finalement se laisser emporter par le cours naturel d’une vie. Dans Friends, chacun essaie tant bien que mal de se faire sa place dans la société : Rachel souhaite être indépendante, Monica veut être en haut de l’échelle, Joey veut être connu, Chandler souhaite devenir responsable, Phoebe veut vivre libérée. Seul Ross demeure tout du long de la série le Friends le plus largué de toute la bande. Se définissant comme un bon père de famille, il aura pourtant été divorcé trois fois ; cultivé et responsable, il n’en est pas moins le plus vulnérable d’entre tous. Son histoire avec Rachel invoque d’ailleurs l’empathie, de ses sentiments gardés secrets pendant des années, jusqu’au pas en arrière effectué pour laisser place à Joey.

          Ross incarne l’esprit de Friends, en étant celui qui subit le plus les aléas de son existence. En constante contradiction, à la fois terre-à-terre et absurde, romantique et vaniteux, érudit et irréaliste, il aura pendant dix ans été le personnage de Friends le plus réaliste de tous. Sans Ross Geller, pas de J.D. Dorian (Scrubs), pas de Ted Mosby (How I Met Your Mother), ni de Jim Alpert (The Office). Ce n’est pas pour rien que l’histoire Ross et Rachel aura été l’un des symboles majeurs d’une génération en quête de sens ; il s’agit de l’apogée d’une vision post-génération X représentée également par Seinfeld ou Dream On (précédente série de Crane et Kauffmann), où les perspectives floues du futur ne sont plus craintes. Ross, icône du common guy, finira finalement avec la fille qu’il a toujours aimé, comme une évidence certaine et inévitable, vision ésotérique et optimiste du cours d’une vie.

Friends 
Créée par David Crane et Marta Kauffman
Diffusée sur NBC (1994 – 2004)

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