novembre 2011


la fin des années 90, l’humour réaliste et de situation à la française fait profil bas. La sectorisation des genres et l’avènement de la génération Canal + pendant plus de dix ans ont ainsi vu l’hégémonie d’un comique créatif, fantasque et résolument absurde. L’humour estampillé des Nuls, de De Caunes et Garcia ou des Guignols, sera donc la nouvelle norme et référence d’une nouvelle vague de comiques, en opposition aux comiques dits classiques (la génération de La Classe avec Jean-Marie Bigard, Pierre Palmade, et Muriel Robin), et fait place à un humour alternatif : la « Dream Team » de H avec Jamel, Eric et Ramzy ; les Robins des Bois ; Kad et Olivier…

En 1999, sort la première saison d’Un Gars Une Fille, adaptée d’une création québécoise de Guy A. Lepage. Inventive, fondamentalement diverstissante, réaliste et absurde, Un Gars Une Fille est l’équilibre parfait entre l’humour déjanté de Canal et le comique traditionnel incarné à l’époque par le succès d’Ils s’aiment avec Pierre Palmade et Michèle Laroque. A sa tête : Jean (Dujardin), symbole du beauf, caricature du trentenaire contemporain, macho, lâche, égoïste et prétentieux, devient une des icônes du paysage audiovisuel français. Toutes proportions gardées, Un Gars Une Fille a probablement provoqué en France, le même effet que le The Office de Ricky Gervais et Stephen Merchant ont eu sur la série moderne ;  satires contemporaines et réalistes, puisant dans la transposition du quotidien, parfois grinçant, parfois désarmant, souvent furieusement drôle.

Jean Dujardin en Jean est la personnification de cet humour du milieu, genre populaire qui a le mérite de s’adresser à une frange (on rit parce que l’on comprend la situation) plus qu’à une division (on rit parce que l’on partage les mêmes références). Ce rôle permettra surtout à Dujardin de poser la brique de base de l’humour des années 2000, revenu à un situationnisme ancré dans le commun et l’ordinaire. Le personnage de Jean sera également le retour du bon beauf en France, tolérable et pas méchant, genre un peu laissé en friche depuis la troupe du Splendid – de Dubosc à Bref – pour aboutir au chef-d’œuvre comique d’OSS 117, immortalisé par le désormais incontournable, et très franchement irremplaçable, Jean Dujardin.

Un Gars, Une Fille 
Créée par Guy A. Lepage
Diffusée sur France 2 (1999-2003)

n une saison, la série de Joss Whedon, le nerd le plus influent d’Hollywood et actuellement à la tête du faramineux projet des Avengers, a rassemblé une horde de fans dévouée, et aura acquis le statut de série culte. Annulée au bout d’onze épisodes faute d’audience, Firefly aura été la seule série, avec Arrested Development, à se voir attribuer le droit de conclure son histoire avec un film, Serenity, sorti en 2005. Hybride de western / science-fiction, Firefly est un monde à apprivoiser, avec ses personnages hauts en couleur, ses backgrounds scénaristiques à la fois pléthoriques et simplifiés, son univers rétro-futuriste, dystopie grouillante et paradoxalement rétrograde, où après une guerre mondiale, le monde est désormais gouverné par une organisation mondiale nommée l’Alliance.

River est l’allégorie de cette dualité intrinsèque qui règne dans Firefly, présentée comme une figure torturée par ce monde aux deux visages. River, jeune fille au brillant esprit, rat de laboratoire de l’Alliance, est ainsi comme le monde dans lequel elle vit : insensée mais calme en surface, et inexorablement tourmentée et dangereuse, surtout pour elle-même. Soumise à des expérimentations lourdes pour faire d’elle un soldat ultime, aux aptitudes physiques et psychiques sans pareil, elle sera libérée par son frère Simon, et réfugiés tous deux dans le vaisseau Serenity, et son équipage de mercenaires décents.

Elle demeure surtout révélatrice de vérité profonde au sein de cet équipage, à la manière du prince Muichkine de Dostoïevski, personnage naïf et pur plaçant chacun des protagonistes face à leur propres natures : Mal et son sens des valeurs, Jayne et son manichéisme, Sheperd et sa foi, Kaylee et sa philanthropie. Frêle et mystérieuse, River Tam est également une muse, bien précieux à protéger d’autrui, de l’Alliance, du monde extérieur. Femme-enfant, elle incarne l’innocence perdue de ce monde sans âme.

Les personnages féminins de Whedon (River, Buffy, Echo de Dollhouse) sont ces êtres de l’entre-deux, aux allures messiaques et virginales, mais à l’être corrompu, et constamment soumis à cette noirceur de l’environnement dans lequel ils évoluent. La scène de combat finale du film Serenity est ainsi d’une beauté sombre inoubliable, River s’engageant dans une lutte aux mouvements fluides et forts, inspirée par la vague des Matrix et Kill Bill, où elle affronte une armée de créatures (nommés justement les Reavers), combattant ses propres démons, repoussant  l’obscurité avec grâce et candeur ; River est probablement l’un des êtres les plus poétiques de la science-fiction.

Firefly 
Créée par Joss Whedon
Diffusée sur Fox (2002)


l y a parfois quelques moments décisifs qui, lorsqu’ils vous heurtent de plein fouet, ne peuvent être ignorés. Des images, des scènes, des dialogues qui frappent et changent probablement l’histoire de la télévision. Si la galerie de personnages peinte par Aaron Sorkin pour The West Wing (A la Maison Blanche), se veut pléthorique et inoubliable, le président Bartlet est la figure essentielle de cette Maison Blanche idéalisée. Sorkin a créé en Jed Bartlet, démocrate à l’esprit clair et à l’intelligence sans réserve, l’image d’une Amérique virtuose, censée et décente, mais aux travers certains : peu décisionnaire (C.J. Craig et son staff lui en tiendront d’ailleurs rigueur lors de son premier mandat), peu moderne, voire même rétrograde quant aux questions religieuses, et finissant même par mentir pour se protéger.

Lancée en pleine présidence de Clinton, puis en pleine administration Bush, The West Wing s’est fait écho d’une politique résolument idéologue, faisant de Bartlet une icône ennoblie de l’un, et antithétique de l’autre. Il y a ces scènes donc, qui définissent une époque, un style. Cela aurait pu être le fameux monologue de Jed Bartlet, partiellement en latin et vindicatif envers Dieu, lors du season finale de la deuxième saison ; mais celle qui restera dans les esprits sera la scène des citations bibliques, où le président prendra à partie une animatrice radio intégriste, la surclassant de ses connaissances théologiques et ses facultés de raisonnement. Révélatrice de la personnalité du président, mais aussi de l’âme de The West Wing et d’Aaron Sorkin, cette scène aura finie de convaincre les indécis de l’importance et l’unicité de cette série dans le panorama audiovisuel contemporain. Il y a cet hypnotique et fascinant sens du rythme et de la parole, marque de fabrique de Sorkin, comme on aura pu le voir par la suite dans Studio 60 on The Sunset Strip ou The Social Network. Mais surtout, il y a ces forces et ces contradictions intrinsèques de l’homme et de la fonction, révélant Jed Bartlet comme l’amalgame d’un homme de cœur, homme de foi et homme de conviction, qu’il incarne à la perfection.

The West Wing, figure de l’Amérique politique post-guerre du Golfe, est également une œuvre qui a voulu marquer par le symbole du changement. Le style tout d’abord, nivelant la série politique par le haut, avec des scénarios alambiqués et des intrigues aux détails fourmillants, mais à la ligne toujours claire. Sorkin, dont le style d’écriture très littéraire et abondant peut parfois dérouter, aura toujours refusé le compromis du plus petit dénominateur commun, Jed Bartlet en étant la plus flagrante manifestation : féru d’anecdotes et de faits, puits de connaissance, qualifié de nerd par Toby Ziegler, il n’en demeure pas moins empathique et accessible. Puis enfin, il y a l’image et la force de représentation. Martin Sheen, personnification d’une jeunesse perdue et révoltée (Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, La Ballade Sauvage de Terrence Mallick), se mue en allégorie d’une génération sans guerre –avant le 11 septembre- réaliste et ouverte sur le monde.

Le président Matt Santos, prédisant la future élection d’un président issu de minorité, succédera ensuite à Jed Bartlet, qui restera le président de fiction le plus idéalisé et le plus réaliste jamais créé.

The West Wing (A la Maison Blanche) 
Créée par Aaron Sorkin
Diffusée sur NBC (1999 – 2006)


es débuts de Walter White dans Breaking Bad – sur la chaîne AMC qui diffuse également Mad Men – ont tout eu de l’anti-héros tragique shakespearien : professeur de chimie et père de famille honorable, mais sans relief, il est diagnostiqué d’un cancer fatal, et décide alors de s’associer à un de ses anciens élèves, Jesse Pinkman (autre personnage fascinant de la série), minable dealer de drogue, pour se lancer dans le trafic de méthamphétamine, afin d’amasser rapidement assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille une fois qu’il aurait été terrassé par la maladie. Non seulement, Walter White parvient à mettre au point la meilleure dope du marché, mais sous le pseudonyme d’Heinsenberg, transgresse petit à petit tous les interdits et codes moraux, s’attirant les véhémences du cartel local et international, les projecteurs de la police et avec des étaux se refermant inévitablement sur lui.

          Il n’y aura pas encore eu de réels anti-héros aussi sombres à la télévision. On pense bien évidemment à Jim Profit (Profit), Vic Mackey (The Shield), Tony Soprano (The Sopranos) ou encore Dexter (Dexter) ; mais à la différence de ses illustres prédécesseurs, Walter White n’est pas fondamentalement un vilain au début de Breaking Bad, ni même tout au cours de la série. Alors que ces autres anti-héros de séries sont des vilains assumés, dévoilant au fur et à mesure des côtés humains, faisant preuve de compassion et d’empathie, Walter White suit le schéma résolument opposé. Homme décent, subissant la vie, il fera preuve de cruauté froide et dévastatrice, usant d’une intelligence amorale. White, chef de famille aimant et attentionné, incarne pourtant l’Homme dans ses plus lugubres travers : calculateur, menteur, égotiste, féroce et noir.

          Vince Gilligan, créateur de Breaking Bad, a ainsi créé avec Walter White une figure inédite à la télévision, en mettant en scène la création d’un vilain, à la manière de la mode des genèses de héros au cinéma ces dernières années. Plus anti-vilain qu’anti-héros, Walter White connaît une évolution de superhéros/supervilain de comics : homme comme les autres, il se découvre un point de rupture, s’adapte à sa nouvelle condition en gardant sa morale comme seule juge ; jusqu’à assumer son rôle ultime de vilain, non plus par force des choses, mais par adéquation pure avec sa nature propre, courbant sa morale pour convenir à des prédications profondes, exorcisant par là ses propres craintes existentialistes.

          Avec ses scènes fortes, aux libertés visuelles et scénaristiques souvent époustouflantes, Breaking Bad, ses déserts d’Albuquerque et ses petites gens sans histoire, est devenu le terreau idéal à la naissance d’un des plus terrifiants protagonistes de l’histoire de la télévision.

Breaking Bad 
Créée par Vince Gilligan
Diffusée sur AMC (2008 – 2012)

‘aimes pas les basses ? passe ton chemin. Tyler the Creator devait être celui qui me donnerait une gifle niveau « fatesse ». Raté j’étais déçu. Un album pas mauvais avec quelques bons titres, mais un disque un peu chiant au final, et surtout très long. Mais Dope D.O.D. a pointé son nez et là j’ai pris ma claque. On peut pas dire que je sois familier du dubstep mais comme entrée en matière ça se pose bien. Alors ouvre tes oreilles et ferme tes sphincters on a du lourd : Branded.

Si Dope D.O.D. existe depuis quelques années maintenant, c’est surtout avec une vidéo sortie en février dernier que le groupe s’est vraiment fait connaître. Le clip du premier single issu de l’album, alors à venir, « What Happened » a fait parler de lui tant par le morceau lui-même, qui te fait remuer la tête comme un teubé tant il est lourd et entêtant, que par son identité visuelle. Grosse qualité d’image, surtout quand on sait que la vidéo a été filmée avec un Canon 5D (oui un appareil photo, aussi utilisé pour un épisode entier de Dr. House), personnages un peu glauques, atmosphère tendue, décor de zone industrielle désafectée… la joie de vivre en somme, reprise pour tout le visuel du site web du groupe.

L’album, sorti fin septembre après un EP qui annonçait la couleur au mois de juin, laisse transparaître cette ambiance « t’habites là ? t’as pas de bol ». Ça sent la guerre de rue tous les deux morceaux. Derrière les instrus plus lourdes les unes que les autres se posent les voix des trois MC anglais débarqués il y a quelques années à Groningen, Pays-Bas : Skitz Vicious, Dopey Rotten et Jay Reaper. Si ça c’est pas des blazes inspirés (ou pas)…

Après une intro très hip-hop, les choses sérieuses commencent, avec le single susdit, suivi de « The Island », qui n’est pas sans rappeler certains morceaux de Scorn, puis « Real Gods », à nouveau plutôt rap « classique » et « Combust: 4321-34-1234 », qui, comme plus tard « Gatekeepers », fait penser à du Deltron tout gras. Plus loin, on pense à Mr Oizo ou encore à Antipop Consortium avec « Redrum » et « Psychosis ». Puis arrive le rouleau compresseur « Cosmosis Jones » et là t’as mal et tu vas chercher ta megadrive. En tous cas c’est à elle que « Witness the Crispness » te fait songer, alors que survient « Candy Flipping », des plus jazzy (si si !). S’ensuit une fin d’album qui fait office de bilan de tout ce qu’on vient de dire et déjà c’est fini.

Bref on pense à plein d’artistes en écoutant ce disque mais le tout est franchement cohérent et accroche aux oreilles. Parce que Branded c’est pas le genre de disque que t’écoutes une fois ou deux avant de le ranger avec les autres pour le ressortir dans deux ans quand le groupe sortira un nouveau truc. Non Branded tu l’écoutes cinq fois, puis tu le mets dans ton autoradio et tu l’uses, avant de te le repasser moult fois dans ton iPod. Enfin j’aime bien quoi.

fuckbuttons_album.jpgDope D.O.D. – Branded
Dope D.O.D.
septembre 2011
http://www.dopedod.com/

Dope D.O.D. – What Happened en écoute