Musique


 l’heure actuelle, le rock ne bénéficie d’aucun réel mouvement comme ont pu l’être le grunge ou la britpop dans les 90’s. Les groupes ne revendiquent plus grand-chose, les contrats avec les maisons de disque restreignent la créativité et la liberté artistique. Les thèmes qui prédominent caractérisent des albums essentiellement  larmoyants ou des albums qui tentent de se montrer un brin excitants.

          Les Blacks Keys se situent bien évidemment dans la deuxième catégorie et un an après Brothers, les deux acolytes (Dan Auerbach à la guitare et Patrick Carney à la batterie) du duo formé en 2002 sortent  un brûlot Rock qui réchaufferait la cheminée de n’importe quelle grand-mère pour les fêtes. Si les premiers efforts étaient caractérisés par un blues assez lourd, El Camino montre des  aspérités plus pop, une rythmique qui prend le dessus, des effets multiples… En témoignent le premier single imparable Lonely Boy et son clip dansant. Little Black Submarines tourne du côté des White Stripes sur la partie des grosses guitares et le côté où une nouvelle idée apparaît toute les 30 secondes et avec une batterie plus efficace (Meg White…). Dead and Gone bénéficie même de clap hand tandis que les synthés sur Gold On The Ceiling accentuent la dimension pop de l’album qui est aussi le plus rapide sorti par le groupe et changement flagrant avec par exemple la production de Danger Mouse sur l’album Attack & Release publié en 2008.

          Seule la fin perd en intensité : Stop Stop est certes un peu dansant mais Nova Baby et Mind Eraser concluent un peu plus mollement l’album. Sans révolutionner quoique ce soit,  cet album fourni un rock dense qui met en forme et permet de finir l’année sur un bon rythme.

elcamino_album.jpgThe Black Keys – El Camino
Nonesuch Variete
décembre 2011
http://www.theblackkeys.com/

‘aimes pas les basses ? passe ton chemin. Tyler the Creator devait être celui qui me donnerait une gifle niveau « fatesse ». Raté j’étais déçu. Un album pas mauvais avec quelques bons titres, mais un disque un peu chiant au final, et surtout très long. Mais Dope D.O.D. a pointé son nez et là j’ai pris ma claque. On peut pas dire que je sois familier du dubstep mais comme entrée en matière ça se pose bien. Alors ouvre tes oreilles et ferme tes sphincters on a du lourd : Branded.

Si Dope D.O.D. existe depuis quelques années maintenant, c’est surtout avec une vidéo sortie en février dernier que le groupe s’est vraiment fait connaître. Le clip du premier single issu de l’album, alors à venir, « What Happened » a fait parler de lui tant par le morceau lui-même, qui te fait remuer la tête comme un teubé tant il est lourd et entêtant, que par son identité visuelle. Grosse qualité d’image, surtout quand on sait que la vidéo a été filmée avec un Canon 5D (oui un appareil photo, aussi utilisé pour un épisode entier de Dr. House), personnages un peu glauques, atmosphère tendue, décor de zone industrielle désafectée… la joie de vivre en somme, reprise pour tout le visuel du site web du groupe.

L’album, sorti fin septembre après un EP qui annonçait la couleur au mois de juin, laisse transparaître cette ambiance « t’habites là ? t’as pas de bol ». Ça sent la guerre de rue tous les deux morceaux. Derrière les instrus plus lourdes les unes que les autres se posent les voix des trois MC anglais débarqués il y a quelques années à Groningen, Pays-Bas : Skitz Vicious, Dopey Rotten et Jay Reaper. Si ça c’est pas des blazes inspirés (ou pas)…

Après une intro très hip-hop, les choses sérieuses commencent, avec le single susdit, suivi de « The Island », qui n’est pas sans rappeler certains morceaux de Scorn, puis « Real Gods », à nouveau plutôt rap « classique » et « Combust: 4321-34-1234 », qui, comme plus tard « Gatekeepers », fait penser à du Deltron tout gras. Plus loin, on pense à Mr Oizo ou encore à Antipop Consortium avec « Redrum » et « Psychosis ». Puis arrive le rouleau compresseur « Cosmosis Jones » et là t’as mal et tu vas chercher ta megadrive. En tous cas c’est à elle que « Witness the Crispness » te fait songer, alors que survient « Candy Flipping », des plus jazzy (si si !). S’ensuit une fin d’album qui fait office de bilan de tout ce qu’on vient de dire et déjà c’est fini.

Bref on pense à plein d’artistes en écoutant ce disque mais le tout est franchement cohérent et accroche aux oreilles. Parce que Branded c’est pas le genre de disque que t’écoutes une fois ou deux avant de le ranger avec les autres pour le ressortir dans deux ans quand le groupe sortira un nouveau truc. Non Branded tu l’écoutes cinq fois, puis tu le mets dans ton autoradio et tu l’uses, avant de te le repasser moult fois dans ton iPod. Enfin j’aime bien quoi.

fuckbuttons_album.jpgDope D.O.D. – Branded
Dope D.O.D.
septembre 2011
http://www.dopedod.com/

’est au début des années 2000, que l’ainé des frères Gallagher, Noel a commencé à évoquer l’idée d’un album solo. Les faces-B publiées sur les singles de Standing On The Shoulder Of Giants confirmaient ce sentiment de besoin liberté pour la tête pensante d’Oasis suite à la fin de six années de folie et d’excès. Finalement c’est un soir d’aout 2009, en plein festival parisien, que le sort du groupe anglais le plus populaire des années 90 se jouera et prendra fin. La suite logique amenait donc à la parution de cet album solo un temps attendu mais dont la carrière d’Oasis dans les années 2000 allait quelque peu refreiner l’attente. En comparaison de la période de créativité qui a accompagné le groupe à ses débuts et un nouveau millénaire plus ou moins laborieux, les espoirs placés dans les frangins de Manchester avaient été largement revus à la baisse. La sortie d’un nouvel album d’Oasis  tenait plus à avoir quelques bonnes surprises type « The Importance of Being Idle » qu’à la parution d’un chef d’œuvre du calibre de Definitely Maybe. On a fini par comprendre que c’était vain. Liam et les autres musiciens de feu Oasis ont donc dégainé en premier avec l’acceptable Beady Eye qui ne tient debout que par le charisme de son leader et non par des compositions fades ou pompeuses à outrance.

          La tête pensante c’était Noel. Deux années auront donc été nécessaires pour enfin franchir le pas. Le temps de laisser le petit frère s’amuser, de ne pas marcher sur ses plates bandes et de risquer la vexation ultime. Des démos, prises de soundchecks sont tombées au fur et à mesure. Des annonces de chorale et violons ont été faites. Cela suffisait en fait à définir les contours de l’album. Il fallait maintenant éviter de trop s’attacher au cliché « et si Liam avait chanté ça… » C’est l’album de Noel, point. Il n’a certes pas tant changé ses habitudes puisqu’ il a pioché entre des titres déjà amorcés depuis 10 ans (« Stop the Clocks »), ou bien écrits durant la dernière tournée d’Oasis (« If I Had a Gun »), a cherché une touche de nouveauté (« Aka…What a Life ! » premier titre « dansant » dans l’existence de Noel Gallagher) et qu’il a repris le même producteur que sur les derniers albums d’Oasis. Qu’est ce qui le différencie donc de ce qu’aurait pu être le 8ème l’album d’Oasis à part que Noel chante sur toutes les chansons ? A la fois tout et rien. Noel n’allait pas se mettre à faire du jazz comme il aime à le répéter. Ses références musicales comme les Kinks ou Neil Young n’ont pas changé. Quand à l’idée de reprendre tout à zéro et d’aboutir à un album 100% personnel, ca sera pour la prochaine fois ou jamais. Car il n’a plus la même façon de composer qu’à 25/30 ans, plus la même urgence d’aligner les tubes et il aime prendre son temps, exploiter une idée quand l’inspiration le gagne.

          Sorte de collectif ou les musiciens ne sont pas inchangeables,  les High Flying Birds accompagnent Noel Gallagher sur cet album éponyme. Ou comment à la fois tenir les reines et ne pas avoir à rendre de comptes. Les premieres écoutes de l’album confirment une production très riche et des défauts qui piquent aux oreilles : ces chœurs… ces trop nombreux effets de voix… ces nombreux « Wouhous »… et que fatalement aucun nouveau « Don’t Look Back In Anger » ne se dégage… On avait été prévenu donc. Et puis sans jouer la théorie du « nan mais à la 50ème écoute ca devient bien », les compositions  prennent le dessus. Là où  « If I Had a Gun »aurait  été plus touchante jouée en acoustique accompagné d’un unique tambourin,  Noel a choisi un son massif, puissant. Toujours ce côté sale gosse. L’effet marche cependant très bien sur le titre d’ouverture « Everybody’ On The Run », magistral, qui aspire à la liberté,  thème récurrent de ce Noel’s Gallagher High Flying Bird et dont l’orchestration finale retourne à chaque fois. (« (I Wanna Live In a Dream in My Record Machine »), dont une version était déjà connue depuis plusieurs années et prend tout sons sens avec ce nouveau lifting qui en accentue les envolées  pour rendre cette nouvelle version plus réussie.

          « Dream On » nous renvoie à la période Be Here Now et le spectre de Liam se fait sentir mais chut, il ne faut pas s’y attarder. « If I Had a Gun »se montre limpide et  constitue une véritable réussite pour une ballade plus proche d’un « Wonderwall »sans en atteindre le sommet que d’un  « Stop Crying Your Heart » sans subtilité.  « The Death Of You and me » flaire bon la légèreté et poursuit la question de désir d’évasion, d’espoir, structure narrative de l’album. « Aka …What A Life ! » rappelle la jeunesse de Noel et les soirées mancuniennes dans le célèbre club de l’Hacendia. Si l’air dansant est une tentative pas désagréable, la longueur d’une bonne minute de trop gâche l’ensemble et en montre les limites. « Aka Broken Arrow » a une intro qui pourra rappeler quelques tubes de variétés radio mais la suite s’en sort mieux grâce à une rythmique entrainante. « (Standed On) The Wrong Beach » et « Soldier Boys and Jesus Freaks » montrent que Noel a toujours des morceaux corrects sous le coude. Seul « Stop The Clocks », pourtant considérée comme une pépite et grande fierté de Noel restée sagement  cachée depuis des années se montre pénible tout du long et le final quasi copier/coller du  « Lookin’ Glass » des La’s ne rattrape pas l’ensemble.

          Absence quasi totale de solo et de guitare électrique, l’album s’éloigne clairement du rock de stade dont était friand Oasis. Moins tubesque, cet ensemble de ballades intimes prouve aisément que Noel Gallagher a conservé son talent de songwrtitter tout en étant devenu un bien meilleur chanteur qu’il y a quinze ans.  Le véritable reproche à lui faire restera cette impression de facilité et d’être resté en « pilotage automatique » dans son écriture sans pour autant se faire violence alors qu’il attendait lui même depuis fort longtemps de publier cet album.  A côté, les faces-B telles que « A Simple Game Of Genius » ou « Let the Lord Shine A Light On Me » sont les meilleures publiées depuis un certain…Standing On The Shoulder of Giants. Et des faces-B de qualité sont souvent signe d’un très bon album.

fuckbuttons_album.jpgNoel’s Gallagher High Flying Bird
Sour Mash
Octobre 2011
www.noelgallagher.com

Noel’s Gallagher High Flying Bird – The Death of You and Me en écoute

asabian fait parti des groupes leaders du rock anglais des années 2000. En progression régulière à la fois en terme de popularité que de qualité d’album depuis leur premier paru en 2004 jusqu’à West Ryder Pauper Lunatic Asylum arrivé lui  en 2009. Le meilleur exemple aura été Fire arme tubesque quasi imparable qui aura touché un public plus large que les fans de base. Malgré un potentiel de groupe à stade avec leur panel de titres efficaces accumulés au fil des ans (Club Foot, Shoot the Runner, Vlad The Impaler…), on attendra pas de la part du groupe originaire de Leicester la publication d’un chef d’œuvre. Kasabian c’est une affaire de singles.

          Les pochètes d’album ont rarement été un point fort dans la carrière du groupe mais l’artwork noir et blanc avec un Sergio Pizzorno (guitariste/principal compositeur) dessiné tel un lion rugissant est cette fois-ci particulièrement moche. Passé ce détail, on apprend que Dan The Automator est à la production de ce nouvel opus.

           Ceci explique alors son penchant vers del’ électro caractérisée par des retrouvailles avec les synthétiseurs autrefois présents. Le début de l’album avec Days are forgotten relance la machine avec du Kasabian classique mais en moins bien.

          On s ennuie ferme. Velociraptor! est moins punchy que les précédents. Il repose énormément sur la voix de Tom Meighan qui n’hésite pas non plus à en faire des tonnes. Sergio s’incruste sur  « La fee verte » un des morceaux les plus pop de Kasabian, guitare acoustiques sorties et écrite pour le film London Boulevard. Purement électro, le titre éponyme Velociraptor, permet au groupe de retrouver son coté « direct » mais si le changement est louable, dans l’ensemble, le morceau est foireux. Les “ miaulements” qui démarrent  « Acide turkish Bath (Shelter from the storm) » maintiennent  l’ennui général en corrélation directe avec la longueur de la chanson. « I Hear Voices » est dans le même registre et laisse une impression pénible. Seul Re-wired se montre enthousiasment mais il est déjà trop tard. Les différentes ambiances présentes dans l’album et une tendance assez électro ne suffisent pas à sauver l’ensemble.Pas de raison de trop paniquer pour autant, vu la productivité du groupe, un nouvel album arrivera rapidement et fera passer Velociraptor! pour une simple erreur de parcours.

fuckbuttons_album.jpgKasabian Velociraptor!
Columbia
septembre 2011
http://www.kasabian.co.uk/fr/

on c’est pas du récent récent, l’album dont nous allons parler ce soir étant sorti au mois de mai mais bon, passer à côté serait une erreur, et une belle. Car en effet le nouvel album des Beastie Boys est de ces disques qui font plaisir dès la première écoute et qui ne lassent pas, jamais, même après moult écoutes. Accueillez Hot Sauce Committe Part II.

          Le titre laisse songeur : « Part Two ? Mais quid de la première alors ? » Bah justement y en a pas. Disons qu’en gros le groupe avait pour projet de faire deux disques, puis le sieur MCA s’est trouvé pourvu d’un cancer de la gorge qui a quelque peu changé les plans du trio new-yorkais. Bref, un seul disque au final, pour l’instant en tous cas, rassemblant des morceaux prévu sur le deuxième, ou le premier ? bref un truc pas clair mais qui rappelle les meilleures heures des Beastie Boys.

          Les meilleures heures en effet, puisqu’à l’écoute de « Make Some Noise », premier single issu de la galette, balancé sur le Soundcloud du groupe quelques semaines plus tôt, il était difficile de ne pas penser à Ill Communication ou encore à Hello Nasty. Une histoire de flow sans doute, ou simplement d’ambiance. Bref du vieux tout bon ! mais qui serait passé à la sauce Mix Up, le dernier opus en date du groupe, uniquement instrumental, déjà chroniqué sur ce blog. Car à coups de claviers lourds et gras et de mélodie psychédélique, les Beastie Boys ont su montrer que la parenthèse instrumentale de leur carrière n’était pas qu’une expérience éphémère, mais bien un pas en avant dans la musique du trio.

          Puis un deuxième single, « Say It »,  a été lancé, plus lourd encore, mais jouissif surtout ! Les claviers saturés semblent être le nouveau joujou des B-Boys. Gros succès auprès des fans, il suffit d’aller lire les commentaires sur la page Soundcloud du groupe, sur laquelle a ensuite suivi le reste des morceaux de l’album. Et là encore, c’est du lourd. Car si certains morceaux ne sont pas à la hauteur des deux singles – comme « OK », un peu Toufou la gamelle ou encore « Tadlock’s Glasses » (qui a été une idée de titre pour l’album) et « Long Burn The Fire », qui aurait parfaitement trouvé sa place dans To The Five Boroughs, sorti en 2004 et qui, bien qu’agréable, ne fut pas vraiment le meilleur disque des Beastie – l’ensemble est vraiment bon et constitue à mon sens l’un des meilleurs albums du groupe.

          Quelques collaborations sont à mettre en lumière sur ce disque. Avec Nas pour commencer, avec un « Two Many Rappers » des plus efficaces, déjà sorti quelques mois plus tôt en vinyle. Avec Santigold ensuite, sur ce qui a été le troisième single du disque : « Don’t Play No Game That I Can’t Win ». Le titre se trouve être plutôt réussi, ainsi que la vidéo qui l’accompagne, tournée avec des figurines à l’effigie des artistes, rappelant le clip de « Body Movin' », et d’avantage réussie que celle de « Make Some Noise », qui malgré un impressionnant casting et un côté fun indéniable ne faisait pas réellement crier au génie.

          On se réjouit également de la présence d’un morceau punk, « Lee Majors Come Again », comme au bon vieux temps des années 90. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il envoie du bois. Mike D est en forme malgré ses quatre-vingt dix-huit kilos perdus ces dernières années et ça fait plaisir. Suit « Multilateral Nuclear Disarmament », un morceau instrumental de haute volée, funky à souhait et qui amorce une fin d’album qui, bien que pas des plus marquantes termine bien la performance du trio.

          Alors certes les Beastie Boys vieillissent, certes ils continuent de placer leurs blazes et qu’eux ils savent rapper contrairement aux petits nouveaux, certes ils utilisent quelques vieilles recettes, mais que ça marche bien ! Une nouvelle fois ils arrivent malgré tout à innover et à être là où on ne les attend pas, et on les en remercie, en pleurant devant l’absence de tournée due notamment aux problèmes de santé de Mister Yauch.

fuckbuttons_album.jpgBeastie Boys – Hot Sauce Committee Part Two
Capitol Records
mai 2011
http://www.beastieboys.com/

ans les années 90, alors que la dance music battait son plein, fut créé le terme d’IDM, pour l’Intelligence Dance Music. En opposition à la dance music qualifié de stupide (non, Haddaway n’est pas un groupe cérébral) un mouvement d’artistes house, dance, new-wave furent génériquement flanqué de l’appellation « intelligents ». Ainsi des labels, aujourd’hui reconnus et fortement respectés, comme Warp (Aphex Twin, Plastikman, Autechre) ou Astralwerks (The Chemical Brothers, Röyksopp, Les Rythmes Digitales, Basement Jaxx) furent les figures de proue de ce mouvement naturel et transversal. En avance dans le rétro, les pays nordiques ont toujours eu cette culture de l’admiration de l’ancien, tout en le sublimant, alliant la pureté de la pop avec la fulgurance de l’électro, comme le font si bien le norvégien Erlend Oye ou les suédois de The Tough Alliance. Justement, les deux suédois de Pacific ! sortent leur premier album Reveries et sont les dignes successeurs de cette idéologie musicale scandinave.

          Aux fausses allures de groupe californien sur le premier titre « Disappear », cette déjà plaisante facette de Pacific ! s’étoffe avec le magnifique « Sunset Blvd ». New wave et délicieusement pop, ce titre s’inspire aussi bien des Beach Boys que des Pet Shop Boys en créant cette légèreté mélodique sur laquelle l’harmonie du duo vocal de est une merveille de gâterie musicale. Tout en retenue, mais sans se retenir, les digressions aux codes de la pop et de l’electronica semblent désormais se démocratiser et non plus revendiquer, et ainsi généraliser l’influence latente mais bien présente depuis quelques années des Talking Heads. Avec cette IDM retro, les sonorités surannées de Reveries révèlent tout leur charme comme sur la synthétique virée de « Runaway To Elsewhere », ou la discoïde « Hot Lips », s’inspirant directement des ambiances new wave des eighties. D’un autre côté, se trouvent les résurgences d’une culture débridée de la variété américaine, à la préciosité mélodique rappelant Burt Bacharach sur les titres « Hold Me » ou encore « Silent Running ». Bien qu’empli de boîtes à rythmes et de sons vintage, Reveries n’en a pas oublié de peaufiner ses compositions d’une subtilité à tomber et d’une modernité déconcertante. Après Calvin Harris ou encore Neon Neon, Pacific ! est dans la lignée de ces groupes retro-modernes, intégrant son passé à une musique équilibrée, délicate et ondulée. En 2008, jamais les eighties n’auront été aussi sexy.

pacific_album.jpgPacific ! – Reveries
Reset Jr
avril 2008
http://www.musicpacific.com/

Pacific ! – Sunset Blvd en écoute

e jazz-rap est quelque part le mouvement le plus pur de la culture urbaine. Le hip-hop rejoignant la musique de ses propres origines est en lui-même un cycle culturel et artistique d’une portée signifiante. Certains artistes ont opté pour cette optique du hip hop comme A Tribe Called Quest, les Roots ou encore les Beastie Boys, faisant de ce genre à part l’un des sous-mouvements les plus artistiquement accomplis. En France, gangréné par le modèle américain, le rap français tend à lorgner plus du côté du hardcore et du g-rap. Cependant, parmi les meilleurs lyricistes francophones, des gros calibres comme MC Solaar, ou les plus récents (et excellents soit dit en passant) Hocus Pocus et Oxmo Puccino et ses Jazzbastards, ont donné leurs plus beaux faits d’armes au jazz-rap à la française. Entre ces deux pôles continentaux naissent les Jazz Liberatorz. Trois DJ de Meaux aux beats et aux compositions alléchées, les Jazz Liberatorz sont bien français, bien que cela soit peu reconnaissable dû aux nombreux artistes américains venus poser leurs flows sur leur travail.

          Entièrement anglophone, excepté l’ouverture de l’album présentant le groupe comme dans les émissions vieillotes, ce Clin d’Œil ne peut porter mieux son nom équivoque. Album hommage tout du long, DJ Damage, DJ Dusty et Madhi, par le biais de cette galette, décident de délivrer un sublime et vibrant baise-main au jazz, mère fondatrice de toute musique urbaine et émancipatrice de la culture noire avec le blues. Avec une liste de guests impressionnante (Fat Lip, T-Love, Raashan Ahmad, Buckshot, Stacy Epps, Sadat X etc.) les Jazzlib parviennent à un concentré lounge et palpitant d’un jazz hybride, entre samples et compositions des trois DJ, et un hip-hop old-school dépouillé. En sublimation par leurs idoles, allègrement name-droppés (Quincy Jones, Wes Montgomery, Miles Davis, John Coltrane etc.) ce Clin d’Œil est loin de n’être qu’une belle révérence, elle permet également à cette nouvelle génération de musiciens mélomanes de se poser en alternative. Inspiré, modeste et talentueux, ce premier album des Meldois, fascine par cette intégration délicate du hip hop vertueux et du jazz subjuguant. Dix ans plus tard, le trip hop cérébral et transcendant de DJ Shadow et de Tricky viennent de voir leurs travaux trouver un nouvel approfondissement, plus sensuel, plus lumineux entre les mains de ces fulgurants Jazzlib.

jazzlib_album.jpgJazz Liberatorz – Clin d’Œil
Kif
janvier 2008
http://www.myspace.com/jazzlib

Jazz Liberatorz – When The Clock Ticks (ft. J. Sand) en écoute

Page suivante »