n une saison, la série de Joss Whedon, le nerd le plus influent d’Hollywood et actuellement à la tête du faramineux projet des Avengers, a rassemblé une horde de fans dévouée, et aura acquis le statut de série culte. Annulée au bout d’onze épisodes faute d’audience, Firefly aura été la seule série, avec Arrested Development, à se voir attribuer le droit de conclure son histoire avec un film, Serenity, sorti en 2005. Hybride de western / science-fiction, Firefly est un monde à apprivoiser, avec ses personnages hauts en couleur, ses backgrounds scénaristiques à la fois pléthoriques et simplifiés, son univers rétro-futuriste, dystopie grouillante et paradoxalement rétrograde, où après une guerre mondiale, le monde est désormais gouverné par une organisation mondiale nommée l’Alliance.

River est l’allégorie de cette dualité intrinsèque qui règne dans Firefly, présentée comme une figure torturée par ce monde aux deux visages. River, jeune fille au brillant esprit, rat de laboratoire de l’Alliance, est ainsi comme le monde dans lequel elle vit : insensée mais calme en surface, et inexorablement tourmentée et dangereuse, surtout pour elle-même. Soumise à des expérimentations lourdes pour faire d’elle un soldat ultime, aux aptitudes physiques et psychiques sans pareil, elle sera libérée par son frère Simon, et réfugiés tous deux dans le vaisseau Serenity, et son équipage de mercenaires décents.

Elle demeure surtout révélatrice de vérité profonde au sein de cet équipage, à la manière du prince Muichkine de Dostoïevski, personnage naïf et pur plaçant chacun des protagonistes face à leur propres natures : Mal et son sens des valeurs, Jayne et son manichéisme, Sheperd et sa foi, Kaylee et sa philanthropie. Frêle et mystérieuse, River Tam est également une muse, bien précieux à protéger d’autrui, de l’Alliance, du monde extérieur. Femme-enfant, elle incarne l’innocence perdue de ce monde sans âme.

Les personnages féminins de Whedon (River, Buffy, Echo de Dollhouse) sont ces êtres de l’entre-deux, aux allures messiaques et virginales, mais à l’être corrompu, et constamment soumis à cette noirceur de l’environnement dans lequel ils évoluent. La scène de combat finale du film Serenity est ainsi d’une beauté sombre inoubliable, River s’engageant dans une lutte aux mouvements fluides et forts, inspirée par la vague des Matrix et Kill Bill, où elle affronte une armée de créatures (nommés justement les Reavers), combattant ses propres démons, repoussant  l’obscurité avec grâce et candeur ; River est probablement l’un des êtres les plus poétiques de la science-fiction.

Firefly 
Créée par Joss Whedon
Diffusée sur Fox (2002)


l y a parfois quelques moments décisifs qui, lorsqu’ils vous heurtent de plein fouet, ne peuvent être ignorés. Des images, des scènes, des dialogues qui frappent et changent probablement l’histoire de la télévision. Si la galerie de personnages peinte par Aaron Sorkin pour The West Wing (A la Maison Blanche), se veut pléthorique et inoubliable, le président Bartlet est la figure essentielle de cette Maison Blanche idéalisée. Sorkin a créé en Jed Bartlet, démocrate à l’esprit clair et à l’intelligence sans réserve, l’image d’une Amérique virtuose, censée et décente, mais aux travers certains : peu décisionnaire (C.J. Craig et son staff lui en tiendront d’ailleurs rigueur lors de son premier mandat), peu moderne, voire même rétrograde quant aux questions religieuses, et finissant même par mentir pour se protéger.

Lancée en pleine présidence de Clinton, puis en pleine administration Bush, The West Wing s’est fait écho d’une politique résolument idéologue, faisant de Bartlet une icône ennoblie de l’un, et antithétique de l’autre. Il y a ces scènes donc, qui définissent une époque, un style. Cela aurait pu être le fameux monologue de Jed Bartlet, partiellement en latin et vindicatif envers Dieu, lors du season finale de la deuxième saison ; mais celle qui restera dans les esprits sera la scène des citations bibliques, où le président prendra à partie une animatrice radio intégriste, la surclassant de ses connaissances théologiques et ses facultés de raisonnement. Révélatrice de la personnalité du président, mais aussi de l’âme de The West Wing et d’Aaron Sorkin, cette scène aura finie de convaincre les indécis de l’importance et l’unicité de cette série dans le panorama audiovisuel contemporain. Il y a cet hypnotique et fascinant sens du rythme et de la parole, marque de fabrique de Sorkin, comme on aura pu le voir par la suite dans Studio 60 on The Sunset Strip ou The Social Network. Mais surtout, il y a ces forces et ces contradictions intrinsèques de l’homme et de la fonction, révélant Jed Bartlet comme l’amalgame d’un homme de cœur, homme de foi et homme de conviction, qu’il incarne à la perfection.

The West Wing, figure de l’Amérique politique post-guerre du Golfe, est également une œuvre qui a voulu marquer par le symbole du changement. Le style tout d’abord, nivelant la série politique par le haut, avec des scénarios alambiqués et des intrigues aux détails fourmillants, mais à la ligne toujours claire. Sorkin, dont le style d’écriture très littéraire et abondant peut parfois dérouter, aura toujours refusé le compromis du plus petit dénominateur commun, Jed Bartlet en étant la plus flagrante manifestation : féru d’anecdotes et de faits, puits de connaissance, qualifié de nerd par Toby Ziegler, il n’en demeure pas moins empathique et accessible. Puis enfin, il y a l’image et la force de représentation. Martin Sheen, personnification d’une jeunesse perdue et révoltée (Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, La Ballade Sauvage de Terrence Mallick), se mue en allégorie d’une génération sans guerre –avant le 11 septembre- réaliste et ouverte sur le monde.

Le président Matt Santos, prédisant la future élection d’un président issu de minorité, succédera ensuite à Jed Bartlet, qui restera le président de fiction le plus idéalisé et le plus réaliste jamais créé.

The West Wing (A la Maison Blanche) 
Créée par Aaron Sorkin
Diffusée sur NBC (1999 – 2006)


es débuts de Walter White dans Breaking Bad – sur la chaîne AMC qui diffuse également Mad Men – ont tout eu de l’anti-héros tragique shakespearien : professeur de chimie et père de famille honorable, mais sans relief, il est diagnostiqué d’un cancer fatal, et décide alors de s’associer à un de ses anciens élèves, Jesse Pinkman (autre personnage fascinant de la série), minable dealer de drogue, pour se lancer dans le trafic de méthamphétamine, afin d’amasser rapidement assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille une fois qu’il aurait été terrassé par la maladie. Non seulement, Walter White parvient à mettre au point la meilleure dope du marché, mais sous le pseudonyme d’Heinsenberg, transgresse petit à petit tous les interdits et codes moraux, s’attirant les véhémences du cartel local et international, les projecteurs de la police et avec des étaux se refermant inévitablement sur lui.

          Il n’y aura pas encore eu de réels anti-héros aussi sombres à la télévision. On pense bien évidemment à Jim Profit (Profit), Vic Mackey (The Shield), Tony Soprano (The Sopranos) ou encore Dexter (Dexter) ; mais à la différence de ses illustres prédécesseurs, Walter White n’est pas fondamentalement un vilain au début de Breaking Bad, ni même tout au cours de la série. Alors que ces autres anti-héros de séries sont des vilains assumés, dévoilant au fur et à mesure des côtés humains, faisant preuve de compassion et d’empathie, Walter White suit le schéma résolument opposé. Homme décent, subissant la vie, il fera preuve de cruauté froide et dévastatrice, usant d’une intelligence amorale. White, chef de famille aimant et attentionné, incarne pourtant l’Homme dans ses plus lugubres travers : calculateur, menteur, égotiste, féroce et noir.

          Vince Gilligan, créateur de Breaking Bad, a ainsi créé avec Walter White une figure inédite à la télévision, en mettant en scène la création d’un vilain, à la manière de la mode des genèses de héros au cinéma ces dernières années. Plus anti-vilain qu’anti-héros, Walter White connaît une évolution de superhéros/supervilain de comics : homme comme les autres, il se découvre un point de rupture, s’adapte à sa nouvelle condition en gardant sa morale comme seule juge ; jusqu’à assumer son rôle ultime de vilain, non plus par force des choses, mais par adéquation pure avec sa nature propre, courbant sa morale pour convenir à des prédications profondes, exorcisant par là ses propres craintes existentialistes.

          Avec ses scènes fortes, aux libertés visuelles et scénaristiques souvent époustouflantes, Breaking Bad, ses déserts d’Albuquerque et ses petites gens sans histoire, est devenu le terreau idéal à la naissance d’un des plus terrifiants protagonistes de l’histoire de la télévision.

Breaking Bad 
Créée par Vince Gilligan
Diffusée sur AMC (2008 – 2012)

‘aimes pas les basses ? passe ton chemin. Tyler the Creator devait être celui qui me donnerait une gifle niveau « fatesse ». Raté j’étais déçu. Un album pas mauvais avec quelques bons titres, mais un disque un peu chiant au final, et surtout très long. Mais Dope D.O.D. a pointé son nez et là j’ai pris ma claque. On peut pas dire que je sois familier du dubstep mais comme entrée en matière ça se pose bien. Alors ouvre tes oreilles et ferme tes sphincters on a du lourd : Branded.

Si Dope D.O.D. existe depuis quelques années maintenant, c’est surtout avec une vidéo sortie en février dernier que le groupe s’est vraiment fait connaître. Le clip du premier single issu de l’album, alors à venir, « What Happened » a fait parler de lui tant par le morceau lui-même, qui te fait remuer la tête comme un teubé tant il est lourd et entêtant, que par son identité visuelle. Grosse qualité d’image, surtout quand on sait que la vidéo a été filmée avec un Canon 5D (oui un appareil photo, aussi utilisé pour un épisode entier de Dr. House), personnages un peu glauques, atmosphère tendue, décor de zone industrielle désafectée… la joie de vivre en somme, reprise pour tout le visuel du site web du groupe.

L’album, sorti fin septembre après un EP qui annonçait la couleur au mois de juin, laisse transparaître cette ambiance « t’habites là ? t’as pas de bol ». Ça sent la guerre de rue tous les deux morceaux. Derrière les instrus plus lourdes les unes que les autres se posent les voix des trois MC anglais débarqués il y a quelques années à Groningen, Pays-Bas : Skitz Vicious, Dopey Rotten et Jay Reaper. Si ça c’est pas des blazes inspirés (ou pas)…

Après une intro très hip-hop, les choses sérieuses commencent, avec le single susdit, suivi de « The Island », qui n’est pas sans rappeler certains morceaux de Scorn, puis « Real Gods », à nouveau plutôt rap « classique » et « Combust: 4321-34-1234 », qui, comme plus tard « Gatekeepers », fait penser à du Deltron tout gras. Plus loin, on pense à Mr Oizo ou encore à Antipop Consortium avec « Redrum » et « Psychosis ». Puis arrive le rouleau compresseur « Cosmosis Jones » et là t’as mal et tu vas chercher ta megadrive. En tous cas c’est à elle que « Witness the Crispness » te fait songer, alors que survient « Candy Flipping », des plus jazzy (si si !). S’ensuit une fin d’album qui fait office de bilan de tout ce qu’on vient de dire et déjà c’est fini.

Bref on pense à plein d’artistes en écoutant ce disque mais le tout est franchement cohérent et accroche aux oreilles. Parce que Branded c’est pas le genre de disque que t’écoutes une fois ou deux avant de le ranger avec les autres pour le ressortir dans deux ans quand le groupe sortira un nouveau truc. Non Branded tu l’écoutes cinq fois, puis tu le mets dans ton autoradio et tu l’uses, avant de te le repasser moult fois dans ton iPod. Enfin j’aime bien quoi.

fuckbuttons_album.jpgDope D.O.D. – Branded
Dope D.O.D.
septembre 2011
http://www.dopedod.com/

e toute la famille Fischer, Claire était la seule à laquelle je pouvais réellement me transposer, m’identifier, m’imaginer surmonter les mêmes épreuves, vivre les mêmes crises existentialistes. Ruth, Nate et David étaient déjà des adultes, sujets à diverses responsabilités – qu’ils décident de les fuir ou non – piliers d’une famille équilibrée mais aux fondations frêles et chancelantes. Claire est la petite dernière de cette famille de croque-morts, et la seule apparaissant comme sans préjudices : comme si elle naquit devant nos yeux avec Six Feet Under, pour la voir vivre et grandir tout au long de ces six inoubliables saisons. Elle nous fut délivrée comme une apparition, son sourire évocateur et sa chevelure rousse foudroyante, rayonnant sur la morosité chronique de la maison Fischer, sorte de cousine lumineuse d’Angela Chase (My So-Called Life).

          Benjamine de la famille, elle est également la plus isolée. Beaucoup plus jeune que ses deux frères, elle ne se confiera que peu à eux, malgré l’amour qu’elle leur porte, et ne se retrouvera notamment avec Nate qu’au détour de ses propres crises immatures à lui. Les relations avec sa mère, seule autre femme de la maison, sont parfois difficiles, voulant se rapprocher d’elle, tout en refusant de lui ressembler en tout point. Elle se réfugie dans l’art, dans une quête d’expression personnelle, se jettant corps et âme dans cette recherche de sens et d’accomplissement. Contrairement à ses frères, elle refuse de fuir, mais veut tout voir : le monde, la vie, la mort, l’univers et ses recoins. Plus que la crainte de la mort que les Fischer côtoient chaque jour, Claire embrasse à bras le corps, à travers cette fureur et ses expérimentations, cette peur qui les tétanisent, cette peur qui les retiennent par un passé omniprésent (incarné par les apparitions du père), cette peur qui oblitère toutes leurs perspectives : la peur de vivre.

          Il n’est alors pas étonnant de voir qu’Alan Ball (désormais showrunner de True Blood) ait choisi pour l’ultime séquence de Six Feet Under – sans conteste l’un des plus beaux finals de série jamais réalisé – la figure de Claire, altérée et allant et venant dans le temps, tout en voguant vers une nouvelle vie, tandis que l’inéluctable et le prévisible se heurtent aux incertitudes et aléas de ces routes empruntées. Au-delà des tragédies communes de nos vies, inébranlables, ces yeux verts scrutent l’horizon comme si tout était encore pourtant à faire.

Six Feet Under (Six Pieds Sous Terre) 
Créée par Alan Ball
Diffusée sur HBO (2001 – 2005)

’est au début des années 2000, que l’ainé des frères Gallagher, Noel a commencé à évoquer l’idée d’un album solo. Les faces-B publiées sur les singles de Standing On The Shoulder Of Giants confirmaient ce sentiment de besoin liberté pour la tête pensante d’Oasis suite à la fin de six années de folie et d’excès. Finalement c’est un soir d’aout 2009, en plein festival parisien, que le sort du groupe anglais le plus populaire des années 90 se jouera et prendra fin. La suite logique amenait donc à la parution de cet album solo un temps attendu mais dont la carrière d’Oasis dans les années 2000 allait quelque peu refreiner l’attente. En comparaison de la période de créativité qui a accompagné le groupe à ses débuts et un nouveau millénaire plus ou moins laborieux, les espoirs placés dans les frangins de Manchester avaient été largement revus à la baisse. La sortie d’un nouvel album d’Oasis  tenait plus à avoir quelques bonnes surprises type « The Importance of Being Idle » qu’à la parution d’un chef d’œuvre du calibre de Definitely Maybe. On a fini par comprendre que c’était vain. Liam et les autres musiciens de feu Oasis ont donc dégainé en premier avec l’acceptable Beady Eye qui ne tient debout que par le charisme de son leader et non par des compositions fades ou pompeuses à outrance.

          La tête pensante c’était Noel. Deux années auront donc été nécessaires pour enfin franchir le pas. Le temps de laisser le petit frère s’amuser, de ne pas marcher sur ses plates bandes et de risquer la vexation ultime. Des démos, prises de soundchecks sont tombées au fur et à mesure. Des annonces de chorale et violons ont été faites. Cela suffisait en fait à définir les contours de l’album. Il fallait maintenant éviter de trop s’attacher au cliché « et si Liam avait chanté ça… » C’est l’album de Noel, point. Il n’a certes pas tant changé ses habitudes puisqu’ il a pioché entre des titres déjà amorcés depuis 10 ans (« Stop the Clocks »), ou bien écrits durant la dernière tournée d’Oasis (« If I Had a Gun »), a cherché une touche de nouveauté (« Aka…What a Life ! » premier titre « dansant » dans l’existence de Noel Gallagher) et qu’il a repris le même producteur que sur les derniers albums d’Oasis. Qu’est ce qui le différencie donc de ce qu’aurait pu être le 8ème l’album d’Oasis à part que Noel chante sur toutes les chansons ? A la fois tout et rien. Noel n’allait pas se mettre à faire du jazz comme il aime à le répéter. Ses références musicales comme les Kinks ou Neil Young n’ont pas changé. Quand à l’idée de reprendre tout à zéro et d’aboutir à un album 100% personnel, ca sera pour la prochaine fois ou jamais. Car il n’a plus la même façon de composer qu’à 25/30 ans, plus la même urgence d’aligner les tubes et il aime prendre son temps, exploiter une idée quand l’inspiration le gagne.

          Sorte de collectif ou les musiciens ne sont pas inchangeables,  les High Flying Birds accompagnent Noel Gallagher sur cet album éponyme. Ou comment à la fois tenir les reines et ne pas avoir à rendre de comptes. Les premieres écoutes de l’album confirment une production très riche et des défauts qui piquent aux oreilles : ces chœurs… ces trop nombreux effets de voix… ces nombreux « Wouhous »… et que fatalement aucun nouveau « Don’t Look Back In Anger » ne se dégage… On avait été prévenu donc. Et puis sans jouer la théorie du « nan mais à la 50ème écoute ca devient bien », les compositions  prennent le dessus. Là où  « If I Had a Gun »aurait  été plus touchante jouée en acoustique accompagné d’un unique tambourin,  Noel a choisi un son massif, puissant. Toujours ce côté sale gosse. L’effet marche cependant très bien sur le titre d’ouverture « Everybody’ On The Run », magistral, qui aspire à la liberté,  thème récurrent de ce Noel’s Gallagher High Flying Bird et dont l’orchestration finale retourne à chaque fois. (« (I Wanna Live In a Dream in My Record Machine »), dont une version était déjà connue depuis plusieurs années et prend tout sons sens avec ce nouveau lifting qui en accentue les envolées  pour rendre cette nouvelle version plus réussie.

          « Dream On » nous renvoie à la période Be Here Now et le spectre de Liam se fait sentir mais chut, il ne faut pas s’y attarder. « If I Had a Gun »se montre limpide et  constitue une véritable réussite pour une ballade plus proche d’un « Wonderwall »sans en atteindre le sommet que d’un  « Stop Crying Your Heart » sans subtilité.  « The Death Of You and me » flaire bon la légèreté et poursuit la question de désir d’évasion, d’espoir, structure narrative de l’album. « Aka …What A Life ! » rappelle la jeunesse de Noel et les soirées mancuniennes dans le célèbre club de l’Hacendia. Si l’air dansant est une tentative pas désagréable, la longueur d’une bonne minute de trop gâche l’ensemble et en montre les limites. « Aka Broken Arrow » a une intro qui pourra rappeler quelques tubes de variétés radio mais la suite s’en sort mieux grâce à une rythmique entrainante. « (Standed On) The Wrong Beach » et « Soldier Boys and Jesus Freaks » montrent que Noel a toujours des morceaux corrects sous le coude. Seul « Stop The Clocks », pourtant considérée comme une pépite et grande fierté de Noel restée sagement  cachée depuis des années se montre pénible tout du long et le final quasi copier/coller du  « Lookin’ Glass » des La’s ne rattrape pas l’ensemble.

          Absence quasi totale de solo et de guitare électrique, l’album s’éloigne clairement du rock de stade dont était friand Oasis. Moins tubesque, cet ensemble de ballades intimes prouve aisément que Noel Gallagher a conservé son talent de songwrtitter tout en étant devenu un bien meilleur chanteur qu’il y a quinze ans.  Le véritable reproche à lui faire restera cette impression de facilité et d’être resté en « pilotage automatique » dans son écriture sans pour autant se faire violence alors qu’il attendait lui même depuis fort longtemps de publier cet album.  A côté, les faces-B telles que « A Simple Game Of Genius » ou « Let the Lord Shine A Light On Me » sont les meilleures publiées depuis un certain…Standing On The Shoulder of Giants. Et des faces-B de qualité sont souvent signe d’un très bon album.

fuckbuttons_album.jpgNoel’s Gallagher High Flying Bird
Sour Mash
Octobre 2011
www.noelgallagher.com

Noel’s Gallagher High Flying Bird – The Death of You and Me en écoute

L

ontrairement à Tim Riggins, figure apollonienne et autre personnage phare de Friday Night Lights (qui s’est terminée au printemps), Matt Saracen n’aura connu cette gloire éphémère avec l’équipe des Dillon Panthers que grâce à un coup du sort – la blessure de la star de l’équipe Jason Street – sorte de thème récurrent dans une série qui observe ses personnages réagir et s’adapter aux hasards qui viennent joncher ses cinq admirables saisons.

Il y a tout d’abord ce style réaliste, à l’esthétique simili-documentaire, très à la mode surtout dans les sitcoms (The Office, Parks & Recreation, Modern Family) mais qui ici donne le ton à Friday Night Lights. Cette caméra volatile, qui scrute ses protagonistes, qui les suit, qui les révèlent. Il y a parfois des situations où l’on se croit ainsi voyeur de l’intimité de ces joueurs de football (les sobres et lumineux discours de vestiaire du coach Taylor, impeccable Kyle Chandler), de ces familles solides, décomposées, ou de fortune, de ces adolescents et jeunes adultes, survivant dans la petite bourgade de Dillon, Texas, où la seule échappatoire demeure le football, et où le sport demeure l’une des seules écoles de la vie qu’ils aient à disposition.

De ces contrées arides du Texas se dégagent ainsi quelques lueurs d’âmes, probablement parmi les plus belles que l’ont ait pu voir à la télévision. Matt Saracen (joué par le méconnu Zach Gilford), quaterback de fortune qui deviendra héros de l’équipe, qui sortira avec la fille du coach, mais également fils unique au sein d’une famille dysfonctionnelle, qui l’oblige à mûrir prématurément. Oxymore essentiel et symptomatique de Friday Night Lights. Matt, sa candeur, ses yeux doux et sa diction frêle, subit la plupart des événements qui se déroulent dans sa vie, des pires aux meilleures. Grâce au football, et sous la figure paternelle absente qu’il trouve enfin en la personne du coach Taylor, Matt sera ainsi forcé à devenir adulte, bien qu’il n’en ait ni l’envie, ni le courage apparent.

C’est l’une des grandes constantes et qualités de cette grande série portée de Peter Berg (déjà réalisateur du film du même nom précédant la série). Allégorie classique de grandes valeurs fondamentales, le sport sera magnifié dans Friday Night Lights comme rarement, trouvant en Matt Saracen sa plus belle et sensible incarnation.

Friday Night Lights
Créée par Peter Berg
Diffusée sur NBC (2006 – 2011)