vec plus de 13 millions de spectateurs après une semaine d’exploitation, Intouchables truste le titre de succès annuel au box office. En général, ce titre traduit un film populaire et un bilan positif pour l’économie du cinéma français. La question de savoir ce qui a suscité un tel engouement reste légitime : pourquoi un tel succès ?

Le sujet : un aristocrate tétraplégique choisit comme aide à domicile un jeune de banlieue tout juste sorti de prison, aurait pu créer des réticences au niveau du grand public. Sans sortir la phrase clichée genre c’est le type de film « qui fait du bien », il faut reconnaître que le ton donné pour un sujet pas évident est juste. Inspirée d’une histoire réelle, l’idée du film a du être peaufinée pour gagner en sensibilité et rendre la relation entre François Cluzet(Philippe)/Omar Sy (Driss) réussie. Parce que la gêne de l’handicap est brisée dès le début par les vannes que se lancent les protagonistes (il fallait oser sortir la blague du « pas de bras, pas de chocolat »). Parce que l’amitié qui s’installe entre Driss qui sert de grand frère et Philippe qui redonne confiance et met devant ses responsabilités celui qui représente physiquement ses bras et ses jambes est grandissante jusqu’à devenir « intouchable ». Parce que le pragmatisme de Philippe face à sa nouvelle vie et l’humour de Driss renforcent leur sympathie. Parce que le regard sur la banlieue caractérisée par de plusieurs plans silencieux en disent plus que dix journaux télévisés sur TF1…

On n’évitera pas certains clichés ou raccourcis comme la scène d’embauche de Driss, un peu trop « facile » ou la famille africaine avec un nombre d’enfants à n’en plus finir. Ni quelques scènes inutiles comme celles du tableau mais qui ne font pas pour autant baisser le rythme du film. Si Bienvenu chez les Ch’tis précédant exemple de gros carton du cinéma français avait été essentiellement porté par un engouement venu du Nord, Intouchables se sera fait sa place par un bouche à oreille qui se poursuit et qui est mérité.

Intouchables d’Eric Toledano et Olivier Nakache
Gaumont
Sortie le 2 novembre 2011
http://www.gaumont.com/fr/

Nous inaugurons une nouvelle série d’articles consacrés aux séries TV, avec des portraits de personnages inoubliables, iconiques, et fondamentaux. Ces figures emblématiques concrétisent les idées, les concepts, les dialogues qui construisent au fil de chaque épisode l’identité et la singularité des séries qui les englobent. Chaque vendredi, un personnage d’une série fétiche sera décliné dans SurePost.

Le secret de la longévité et du succès de Friends aura été son évident talent comique, situationniste, souvent absurde, mais à la qualité constante. La cohésion du groupe, la balance parfaite entre les protagonistes, le charisme naturel de chaque Friends. Pourtant, ce qui fait l’unicité de cette série générationnelle est la qualité d’écriture des deux créateurs de la série, et amis de longue date, David Crane et Marta Kauffman. Car au centre des thématiques évoquées par Friends demeurent cette constante glorification et fascination du quotidien de six jeunes adultes aux vies très banales, calqué sur Seinfeld, et cet existentialisme sous-jacent quant aux différentes couches sociales concentrées autour de ce cercle immuable : questionnement sempiternel du couple, évolution humaine et sociale, place de l’individu dans la société et dans le monde du travail.

          En cela, Ross Geller est la figure emblématique de cette génération décrite par Crane et Kauffman. Génération non pas perdue, mais en quête de sens, insouciante, tâtonnant et expérimentant, prenant décisions irréversibles et se heurtant au hasard du quotidien ; pour finalement se laisser emporter par le cours naturel d’une vie. Dans Friends, chacun essaie tant bien que mal de se faire sa place dans la société : Rachel souhaite être indépendante, Monica veut être en haut de l’échelle, Joey veut être connu, Chandler souhaite devenir responsable, Phoebe veut vivre libérée. Seul Ross demeure tout du long de la série le Friends le plus largué de toute la bande. Se définissant comme un bon père de famille, il aura pourtant été divorcé trois fois ; cultivé et responsable, il n’en est pas moins le plus vulnérable d’entre tous. Son histoire avec Rachel invoque d’ailleurs l’empathie, de ses sentiments gardés secrets pendant des années, jusqu’au pas en arrière effectué pour laisser place à Joey.

          Ross incarne l’esprit de Friends, en étant celui qui subit le plus les aléas de son existence. En constante contradiction, à la fois terre-à-terre et absurde, romantique et vaniteux, érudit et irréaliste, il aura pendant dix ans été le personnage de Friends le plus réaliste de tous. Sans Ross Geller, pas de J.D. Dorian (Scrubs), pas de Ted Mosby (How I Met Your Mother), ni de Jim Alpert (The Office). Ce n’est pas pour rien que l’histoire Ross et Rachel aura été l’un des symboles majeurs d’une génération en quête de sens ; il s’agit de l’apogée d’une vision post-génération X représentée également par Seinfeld ou Dream On (précédente série de Crane et Kauffmann), où les perspectives floues du futur ne sont plus craintes. Ross, icône du common guy, finira finalement avec la fille qu’il a toujours aimé, comme une évidence certaine et inévitable, vision ésotérique et optimiste du cours d’une vie.

Friends 
Créée par David Crane et Marta Kauffman
Diffusée sur NBC (1994 – 2004)

’exercice de la comédie romantique est toujours assez casse-gueule : à la fois pour trouver une accroche originale et ne pas retomber trop vite dans le schéma classique des films du genre. Le topic de départ n’a rien d’extraordinaire : un quarantenaire dont la vie de couple n’a plus rien de très romantique se retrouve à quitter sa femme avec qui il est depuis le lycée. Le choc est d’autant plus rude car cette séparation fait suite à une infidélité de la mariée, jouée par Julianne Moore, pour le côté un peu sérieux du film.

          Steve Carell, le mari et mythique personnage de la série « The Office « ayant déjà placé sa carrière dans le rôle du type un peu paumé mais pas bien méchant « Quarante ans toujours puceau », prend sous ses airs de malheureux toutou, les traits du personnage principal qui décide donc de se relever de cette déception en profitant des avantages de sa nouvelle vie de célibataire en espérant multiplier les conquêtes. Sauf que, coup classique, la reprise de la séduction se fait plus difficile que prévue et la vie de famille n’est pas si simple à oublier. Donc pour l’aider, notre héros fait la connaissance du nouveau bogoss du moment : Ryan Gosling, déjà vu cette année dans « Blue Valentine » et séducteur au succès quasi infaillible. Mélange de Ken blond en version Steve McQueen à la plastique parfaite mais non photoshopé, il amène une vague de chaleur immédiate dans la salle de cinéma dès sa première apparition.

          Les bases sont dès lors posées et le duo fonctionnera à merveille jusqu’au bout pour le meilleur et surtout beaucoup de rire. Autour des situations plus que cocasses : collègues de travail qui entendent Steve Carell pleuré dans les toilettes, scènes de drague foireuses, il faut ajouter des seconds rôles au top : la prof ancienne alcoolique et hystérique, la baby-sitter de 16 ans prête à tout pour séduire Steve Carell dont le fils est lui-même amoureux de…la baby-sitter.

          De nombreuses rebondissements quoiqu’un peu trop prévisibles, dynamitent l’ambiance, et sont accompagnés d’un paquet de répliques quasi-cultes : « tu vaux mieux que GAP » lors d’une séance d’essayage à la Pretty Woman. Crazy Supid Love ne connait pas de période d’essoufflement et mérite sa différentiation avec les nombreuses comédies qui pourront sortir au même moment.

Crazy Stupid Love de John Requa et Glenn Ficarra
Warner Bros
Sorti le 14 septembre 2011
http://crazystupidlove.warnerbros.com/

on je ne suis pas monomaniaque, non je n’ai pas d’actions chez Canal+. Mais ça crée bien et surtout ça recrute bien ces temps-ci sur la chaîne cryptée (bon là c’est en clair). Alors parlons en. Le Grand journal nous a livré quelques bonnes surprises au fil des années niveau chroniques et mini-séries : le Petit journal, le SAV des émissions (oui je sais la première saison c’était pendant 20h10 pétantes…), des miss météos qui donnent pas envie de zapper… Oui mais voilà le SAV on commence à connaître, le Petit Journal – qui bientôt va être plus long que le Grand – c’est devenu chiant et la nouvelle miss météo craint… Heureusement, la nouvelle recrue du père Denisot sauve la mise. Bref…

          On ne nous ment pas, les épisodes de la nouvelle mini-série sont courts, très courts même, moins de deux minutes. Mais c’est ce qui la rend bien. Tout repose sur le rythme et l’enchaînement des descriptions. C’est comme ça que ça fonctionne : Kyan Khojandi décrit un moment de son quotidien en énonçant étape par étape tout ce qui y est survenu. Une image, une phrase, et ça marche. Intonation plate, émotion zéro, développement absent et pourtant on s’identifie à chaque fois au personnage. Bien joué.

          La mode du stand up est passée par là (d’ailleurs le type en vient) et ça se sent : « eh vous vous êtes jamais demandé pourquoi machin… ? il vous arrive jamais de truc… ? vous avez jamais remarqué que bidule ? ». Le format change, l’idée reste, on fait appel au vécu de tout le monde et c’est ce qui fait rire. Les gens adhèrent (plus de 300 000 fans sur Facebook en moins de deux semaines le gars…) moi le premier. Pourvu que ça dure. Bref, ce sera tout.

Bref de Kyan Khojandi
Canal+
Depuis le 29 août 2011
http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3848-c-bref.html

‘aime bien les personnages de connards. Le genre de rôle un peu ingrat mais qui doit être fun à jouer. Et là je crois qu’on en tient un beau. Eric et Ramzy nous avaient habitués aux types un peu idiots et pas très courageux, Eric sans Ramzy fait mieux : moins idiot mais plus fourbe. Le genre de type que t’aimes pas trop avoir en ami. Pas vraiment méchant, juste néfaste. Petit bilan des trois premiers épisodes de la nouvelle « création originale » de Canal : Platane.

Après une campagne d’annonce de taille sur la chaîne cryptée, entre fausses interviews, parodie d’une pub existante de Canal+ et passage au Grand Journal une demi-heure avant la diffusion, on peut dire que Platane était quelque peu attendue par les abonnés amateurs d’humour bébête. D’autant plus que les critiques de la série vues à droite à gauche se sont révélées plutôt bonnes. Méfiance malgré tout. Le duo comique a plus d’un bide à son actif : une fin de H un peu poussive, une étrange capacité à ne faire que des nanards durs à regarder plus de vingt minutes au cinéma, des passages télé souvent un peu lourds… Alors là, même si on parle d’un projet un peu différent, en solo, moins ouvertement comique, apparemment plus fin, autant vous dire que je me calé un peu sceptique devant ma télé.

Et bien j’avais tort. Enfin plus ou moins disons. Car le pitch est bon: en gros Eric et Ramzy préparent une suite à H, mais suite à une soirée arrosée, le premier se plante en voiture contre un platane et tombe dans le coma, ce qui permet au second de lui voler la vedette. Apprenant l’odieux forfait à son réveil, Eric décide de changer de voie et de se lancer dans la réalisation d’un film plus sérieux, idée qui augure un nombre de galères assez colossal. Mais si le premier épisode est réussi, de l’ambiance lèche-bottes du milieu de la télé à la louseurité (mais si ça se dit…) des personnages principaux (devinez qui : Eric et Ramzy), en passant par des vannes incorrectes qui font plaisir, le deuxième volet souffre d’une baisse de régime et les mésaventures du sieur Judor ne sont pas si bien rythmées que précédemment. Mais bon, un peu déçu que j’étais, je me suis quand même laissé tenter par le troisième épisode.

J’ai bien fait. De loin le meilleur des trois. Eric est bien mauvais (dans le bon sens, rappelez vous, un peu connard) et les personnages qu’il rencontre l’accompagnent bien dans sa médiocrité. Le beau-frère parasite, le prof de hip-hop teubé, le producteur africain véreux, bref du con à la pelle qui redonne du rythme à la série et donne envie d’aller plus loin. Il faut dire que le programme a de quoi appâter le chaland : chaque épisode fait visiblement la place à un acteur invité qui joue son propre rôle mais caricaturé. Ainsi le premier épisode accueillait Ramzy Bédia, en faux-ami opportuniste, le second un Pierre Richard has been prêt à tout pour revenir sur le devant de la scène, et le dernier (pour la soirée) Clothilde Courau, qui galère elle aussi quelque peu à trouver des rôles dignes de ce nom. A venir Monica Bellucci, Vincent Cassel, Guillaume Canet, Gilles Lelouche, Mathieu Amalric… tous passent à la moulinette de l’auto-dérision et c’est plutôt bien fait pour l’instant.

Du coup que penser de cette nouvelle série ? Je dirais à poursuivre. Le démarrage est certes irrégulier mais la vanne fait mouche et même si les longueurs du deuxième épisode font un peu d’ombre au tableau, on a envie d’aller plus loin. L’idée marche bien, Eric Judor est franchement bon dans son rôle de raté et les invités apportent une plus-value pas dégueulasse au tout. Avis plus que positif !

Platane de Eric Judor
Canal+
A partir du 5 septembre 2011
http://www.canalplus.fr/platane/

énélope nous fait miroiter dès ces débuts, un film fantastique, Tim Burton style. Un prologue aux couleurs vives et aux effets spéciaux stylisés, et surtout l’histoire d’une fable charmante, nous laissent cette vive impression. Suite à une malédiction ancestrale, la prochaine fille qui naîtrait dans la famille noble des Wilhern serait pourvu d’un faciès de cochon, et ne serait libérée de ce maléfice que si un homme de son rang l’épousait. Ses parents décident alors de cacher la jeune Pénélope des yeux du monde et de tenter de lui trouver un mari par une agence matrimoniale. Outre cette histoire de malédiction, Pénélope profite ainsi pour verser dans la métaphore bien ancrée dans la vie réelle. Celle notamment de la société starificatrice voyeuriste actuelle, en faisant se faire harceler la malheureuse Pénélope par les paparazzi et la société bien-pensante. On assiste alors à une drôle et pertinente escalade de la notoriété de la bête de foire qu’est devenue Pénélope, traquée puis glorifiée pour sa différence, qu’elle assume à la place de la société.

          Mais Pénélope demeure surtout une (vaine) tentative à l’appel à l’acceptation. De soi, premièrement. Mais aussi du monde dans lequel on vit. Accepter ce que la vie nous a donné comme cartes entre les mains. La subtilité du film demeure également dans les beaux portraits dépeints tout au long de l’histoire, où les personnalités riches en couleurs se mélangent et se diluent dans le paysage de Pénélope. A l’inverse de toute fable, chaque personnage est à la fois le héros et le méchant, le gentil et le vilain, dualité personnifiée à merveille par le rôle de Catherine O’Hara (Maman, j’ai raté l’avion), à la fois mère aimante, couveuse et égoïste. Le couple Christina Ricci (La Famille Adams, Black Snake Moan) – James McAvoy (Le Dernier Roi d’Écosse, Reviens-moi) remplit également son contrat, notamment avec l’intelligence scénaristique de leur laisser trouver leurs chemins chacun de leur côté, se reconstruisant eux-mêmes et non pas grâce à l’acculé cliché de la force d’être ensemble.

          Une mise en condition de conte est donc de rigueur, entre La Belle et la Bête et Elephant Man. La mise en scène semble ainsi se caler dans le créneau fantastique infantile pour adultes, avec un rythme soutenu, une voix off, une fantaisie omniprésente et un nain (?!). Cependant, tout ceci va peu à peu s’estomper pour laisser place à une narration plus classique, dès lors que le film bascule dans une tournure réflexive et tragi-comique. Sorte de film dans le film, il s’agit là de la majeure déception de Pénélope de Mark Palansky, qui est son hésitation entre le récit verdoyant de la fable et la formalité du classicisme. Laissant ainsi ses pistes de réflexion dans des voies de garage, et à la fois ne laissant pas la chance à son récit fantastique de décoller, Mark Palansky s’enlise dans un entre-deux où il peine à prendre pied. Pénélope souffre ainsi d’être un film trop mignon et à la réalisation trop prude et fébrile pour un scénario qui laissait promettre un potentiel certain. Bien qu’inégal, Pénélope véhicule une intégrité touchante, qui en fait un film raté, mais que l’on saluera pour la beauté de l’effort.

penelope_affiche.jpgPénélope de Mark Palansky
ARP Sélection
Sorti le 09 avril 2008
http://www.arpselection.com/

epuis quelques années, le cinéma indépendant américain relève la tête et s’emploie à trouver une place parmi le flot de blockbusters habituels, en alignant quelques jolis succès salués à la fois par la critique spécialisée et par un score honorable au box-office. Lost in Translation, Garden State ou l’année dernière Little Miss Sunshine symbolisent cette tendance et montrent que le cinéma de l’Oncle Sam ne se résume pas à du grand spectacle tout numérique. Juno surfe sur la vague et a déjà bien cartonné aux USA avant d’arriver chez nous. Tous les ingrédients y sont réunis : un style de réalisation propre qui met en valeur des acteurs tout simplement remarquables, une bande-son pop qui parfait l’ambiance du film et un scénario original qui permet de se rendre compte que les scénaristes américains en ont dans le ciboulot et sont capables d’écrire une histoire un peu plus étoffée que « Tiens, si on faisait venir des robots extraterrestres sur Terre et qu’on les faisait se taper dessus, les uns voulant défendre les humains, les autres les exterminer… Génial non ? ». Sans commentaire. Ce scénario justement… Tout est partie d’une certaine Diablo Cody, ancienne stripteaseuse au style légèrement goth et blogueuse à ses heures plus habillées. Ses chroniques relataient son quotidien dans un univers de sexe avec un cynisme qui lui a permit de se faire connaître d’un producteur hollywoodien… La machine à rêve était alors lancée. Le style de cette scénariste improbable apporterait une touche d’humour décapante à l’histoire. Les Oscars s’en sont mêlés en la récompensant comme scénariste de l’année. Et c’est là que le bât blesse.

          Reprenons : Juno, 16 ans (la craquante Ellen Page) se sent monter une poussée d’hormones et est fâcheusement attirée par son petit copain geek mais tellement sexy en mini short jaune. Et là le drame arrive… ou pas. Juno tombe enceinte. Tout parent normalement constitué réagirait au mieux en hurlant à tout va… ou au pire irait couper les attributs de l’étalon qui s’est permis d’engrosser leur fille chérie et enverrait cette dernière au fin fond d’un convent chez les nones. Mais pas les parents de Juno. L’annonce fait autant d’effet au père qu’un discours de François Hollande à l’Assemblée Nationale, quant à la belle-mère, elle justifie sa joie en comparant cette naissance à un « cadeau de Jésus ». Sans prendre partie pour ou contre l’avortement, la vision concernant le sujet paraît bien simpliste. Et cela conditionne un peu le reste de l’histoire. Sachant tout d’abord que le droit à l’avortement a été un long combat pour les femmes et qu’il est loin d’être accepté par toutes les mœurs, en faire un don de Dieu pour justifier une naissance, ça fait un peu léger. Juno choisit donc d’offrir son enfant à un couple qui ne peut pas en avoir et qui le mériterait pourtant. Le film joue alors sur le côté grande gueule de l’adolescente qui prend cette décision comme on choisirait un menu BigMac au Macdo, c’est-à-dire avec pas mal de détachement traduit par des blagues gentiment sarcastiques balancées à tout va face aux difficultés rencontrées par la suite. Evidemment, on ne voit pas du tout venir que, mince alors ! le couple d’accueil qui paraissait super parfait ne l’est pas tout à fait, que les camarades de lycées regardent un peu de travers Juno, haute comme 3 pommes avec un ballon de basket à la place ventre et que c’est un peu fatiguant de porter un bébé. Mais heureusement l’accouchement se passe en 2 temps 3 mouvements, comme si de rien n’était. Comme si après 9 mois d’attente, et une séance de plusieurs heures de contractions intensives et réputées douloureuses, une mère ne marquera pas une seule seconde d’attachement à l’être qu’elle vient de mettre au monde et s’en séparera comme on se débarrasse de sa monnaie de centimes en allant acheter le pain. C’est ça le style Juno. Elle retrouve ensuite son amoureux comme si rien ne s’était passé. Merde, j’ai dévoilé le dénouement final totalement imprévisible… Bof. Ce qui était censé faire le charme du film et une comédie réussie, se foire par une trop grande facilité et un ton trop en décalage par rapport à ce qui est narré dans l’histoire. Dommage car tout le reste y était. Le film gagne sûrement à être revu pour ne tenir compte que du charme presque irrésistible de la petite Juno mais en attendant j’en garderai un certain goût de déception.

juno2.jpgJuno de Jason Reitman
Twentieth Century Fox France
06 Février 2008
http://www.foxfrance.com

jaitoujoursreve.jpg

o.gifuf ! ça y est ! Après avoir récemment vu le nullissime Astérix aux jeux olympiques et le « bien mais pas top car vraiment mal joué » Les Femmes de l’ombre, je commençais à me dire que le cinéma français débutait mal l’année 2008 (bon c’est vrai qu’on ne juge pas sur deux films, et puis vous allez me dire « Hey mais y a Dany Boon et ses ch’tis ! »; mais laissez moi faire ma chronique tranquille bordel ! c’est fou ça ! bref…). Heureusement, Samuel Benchetrit, pour son troisième film en tant que réalisateur, vient au secours du septième art hexagonal avec un très bon film sorti le 26 mars, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, à la fois hommage aux films de malfrats des années cinquante et soixante et comédie burlesque. Certains parleront de film à sketches, d’autres de courts-métrages liés entre eux par un décor et un objet communs, d’autres enfin y verront une structure Pulpfictionienne (ouais je me la pète j’aime bien), libre à chacun de se faire son idée sur ce film qui mérite qu’on parle de lui. Car en effet, le film se coupe en quatre épisodes d’une durée inégale, se rapportant tous au thème de la malhonnêteté ou du crime et à un lieu récurrent, la cafétéria de la nationale 17 (la classe…).

          Pour faire vite, chaque partie raconte l’histoire d’individus qui s’écartent, par nature ou par contrainte, du droit chemin, avec plus ou moins de succès. Du braqueur raté à l’ancien gang de bandits désormais septuagénaires en passant par les kidnappeurs pas si méchants et les vrais-faux amis, Samuel Benchetrit nous livre là quelques portraits de voyous des plus intimes et sincères, à travers des acteurs tous meilleurs les uns que les autres et au naturel impressionnant.

          Le film, en noir et blanc, joue de plus la carte de l’austérité : paysage désolé de banlieue déshéritée ayant à la fois les inconvénients de la ville et de la campagne sans en avoir les avantages, cafétéria routière qui, sans être miteuse, est d’une laideur spectaculaire, digne de la zone industrielle de Limoges sous la pluie et acteurs peu nombreux (mais en même temps quel casting ! Jean Rochefort, Edouard Baer, Alain Bashung, Arno, Anna Mouglalis et quelques vieux de la vieille du cinéma qu’on a plaisir à retrouver comme Laurent Terzief ou Roger Dumas, dont les répliques ne sont pas sans rappeler celles du grand Michel Audiard). Bref, comme quoi avec peu de moyens, ou plutôt avec les moyens du bord car une telle brochette d’acteurs ne doit pas être donnée, on peut faire du bon cinéma. D’autant qu’à travers les déboires des personnages se cache d’une certaine manière une critique de la société contemporaine, qui évolue sans cesse en effaçant les traces de son passé, qui force d’honnêtes gens à enfreindre la loi pour s’en sortir, qui plonge les hommes dans un ennui mortel, …

          On s’attache ainsi réellement et de bon coeur à tous ces personnages dans la détresse avec ce film où les plus malhonnêtes ne sont pas ceux qui s’écartent le plus des normes sociales pour survivre mais ceux qui le sont par nature et non par besoin. A la fois hommage, satire et comédie disais-je donc, J’ai toujours rêvé d’être un gangster s’impose de ce fait comme une belle réussite et une agréable surprise en tant que film de genre inattendu que l’on savoure avec délice du début à la fin malgré quelques longueurs qu’on pardonne volontiers devant la qualité de l’ensemble.

gangster.jpgJ’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit
Mars Distribution
26 mars 2008
http://www.www.marsdistribution.com

freaksandgeeks.jpg

a.gifvant de connaître le succès au cinéma avec ces charmantes comédies naturalistes (40 ans, Toujours Puceau, SuperGrave, En Cloque, Mode d’Emploi), la bande à Judd Apatow a traîné sa patte du côté de la télévision. En 1999, sortait la première et malheureusement unique saison de Freaks And Geeks, produite par Apatow et réalisée par Paul Feig. L’histoire se déroule dans les années 80, où de jeunes adolescents font l’expérience de la vie, par divers moyens. Dans le lycée William McKinley, se trouvent dos-à-dos : les « Freaks », jeunes rebelles, usant de tous moyens pour se marginaliser, à l’image cool, mais à l’asociabilité inhérente ; et les « Geeks » (que l’on qualifierait plutôt de nerds aujourd’hui), jeunes intellos, aux facultés scolaires plus élevés que la moyenne, cibles faciles des railleries et des humiliations répétées. Autour d’eux, le reste du monde.

          L’histoire tourne autour de Lindsay Weir (la brillante et méconnue Linda Cardellini), élève studieuse et naturellement douée, mais à la personnalité bien trempée. Lasse de se cantonner à ses acquis, elle souhaite voir comment évolue le monde autour d’elle, et notamment la bande de freaks de l’école. De ce postulat s’enchaîne alors une vision de la vie adolescente pertinente et remarquable. Derrière l’avatar féministe (femme forte, intelligente, indépendante) de Lindsay se développe une galerie de personnages hauts en couleurs. On trouve ainsi le couple rebelle, instable et survolté de Daniel, joué par James Franco, remarquable, et Kim, interprété par Busy Philipps ; les deux potes opposés mais complémentaires, l’un gnostique et passionné par la musique, l’autre un poil nihiliste, caustique et sarcastique, joués respectivement par Seth Rogen (SuperGrave, En Cloque, Mode d’Emploi) et Jason Segel (How I Met Your Mother), talentueux acteurs qui avaient à l’époque 17 et 19 ans ; le jeune frère de Lindsay, Sam (John Francis Daley) et ses deux amis Neil (Samm Levine) et Bill (Martin Starr), trio infernal de la geekitude, en quête de coolitude absolue.

          Tout ce petit monde vit, interagit, s’embarquent dans des histoires communes, burlesques, mais réalistes. Freaks And Geeks n’est pas une comédie à proprement parler, mais plus une dramédie. Chronique pragmatique des péripéties adolescentes, cette série parvient à capter les aléas infimes de leurs vies, qui prennent toujours des conséquences irrationnelles. Empathique par son réalisme, éloquente par son intégrité et sa pondération, Freaks And Geeks, sans sensationnalisme, parvient à cet équilibre fragile si difficile à trouver sur le thème de l’adolescence. Dans la lignée d’Angela, 15 ans, qui révélait Claire Danes, la série de Judd Apatow doit surtout également beaucoup à sa troupe d’acteurs qui, pour la plupart le suivront encore jusqu’à aujourd’hui. Loin des stéréotypes dans lesquels ils semblent pourtant bien encastrés, chaque personnage dévoile au fur et à mesure sa richesse, son étendue, mais aussi ses limites. On sent ainsi dans Freaks And Geeks les premiers essors naturalistes de ce qui fera le grand succès des comédies de Judd Apatow.

          L’une des particularités de Freaks And Geeks, et qui rendra cette série culte, est qu’en plus de jouer avec les codes difficiles de l’adolescence, elle fait évoluer son histoire dans les années 80, période marquée par la crise identitaire forte de l’Amérique. Tout juste sortie de la guerre du Vietnam, l’Amérique blessée se réfugie au sein de sa propre culture, et se remet en question. Les adultes dans Freaks And Geeks sont presque tous ringards, has-been, en totale rupture avec leur temps et leurs progénitures, tandis que les jeunes sont en constante quête de renouveau, en pleine crise identitaire. Cependant, toute la série est bercée par des ambiances bien antérieures, avec une bande sonore gratinée où figurent les Who, les Grateful Dead, Cream ou encore Bob Seger, et on se rend compte que tout évolue finalement en cercle fermé, les jeunes usant de la musique d’une génération précédente pour se rebeller contre la génération supérieure (le conseiller d’éducation étant un ancien hippie !). Analogie d’un retour aux sources, ces portraits, au-delà même de l’histoire de ce lycée, sont finalement ceux d’une Amérique entre-deux, elle-même génitrice et solution de tous ses problèmes.

freaksandgeeks_mini.jpgFreaks And Geeks
NBC, 1 saison
1999

darjeeling-600.jpg

l.gif‘envie me prend de parler d’un film que j’ai vu récemment et qui m’a bien plu je dois dire. Je parle ici du dernier film de Wes Anderson, le seul que j’aie eu l’occasion de voir à vrai dire…, The Darjeeling Limited (gardons le titre original). D’abord attiré par un casting plutôt aguichant, à savoir Adrien Brody, oscarisé et césarisé pour sa performance dans Le Pianiste de Roman Polansky, Owen Wilson, pilier de la « Mafia Comedy » avec ses compères Ben Stiller et Vince Vaughn; et enfin Jason Schwartzman, qu’on a pu voir en Louis XVI timide dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola (dont il est le cousin) et en affreux ado prêt à tout pour coucher avec celle qu’il aime en secret dans Slackers, de Dewey Nicks, sorti en 2002. Et ceci pour ne parler que de la carrière d’acteur de ce dernier, puisqu’il s’est récemment lancé dans la musique à travers son groupe Coconut Records, dont le premier album Nighttiming, qui fera sans doute l’objet d’une chronique très bientôt, laisse présager un brillant avenir sur la scène musicale à ce très polyvalent petit artiste.

          Mais revenons à nos moutons. Attiré donc, par cette belle brochette d’acteurs et de bonnes critiques, je me suis rendu dans mon cinéma habituel, où j’ai passé deux heures de pur plaisir à regarder ce film, où plutôt « ces » films, puisque le spectacle commence par un court-métrage introductif, intitulé Hôtel Chevalier, indissociable du long métrage principal, qui nous emmène dans la chambre d’hôtel de Jason Schwartzman, à Paris s’il vous plait, où sa petite amie, incarnée, excusez moi du peu, par Nathalie Portman, le rejoint pour un cinq à sept des plus savoureux. Puis démarre le film à proprement parler.

          L’histoire est simple, trois frères, Francis, Peter et Jack ne se sont pas parlés depuis la mort de leur père un an plus tôt, pas plus que leur mère, partie sans laisser d’adresse. Francis, l’aîné, décide alors de réunir ses deux jeunes frères pour se retrouver à travers un voyage spirituel en Inde à bord d’un train, le Darjeeling limited.

          Sur ce fond de voyage « initiatique » se fonde un film sur le deuil, vécu de manière différente par chaque personnage, mais également sur les relations fraternelles. Comment renouer les liens avec ses proches après un an de séparation ? Comment accepter la perte d’un être cher ? Comment se comporter en terre étrangère, face à une autre culture, avec des individus familiers ? Comment démarrer une nouvelle vie sans pour autant abandonner son passé et ses obligations ? Autant de thèmes abordés avec beaucoup d’humour et de légèreté par Wes Anderson, qui nous livre ici un film plein de charme, bourré de répliques qui font mouche («Je vous aime mais je vais quand même vous gazer !», celle-ci m’a marqué…) et parvient à nous faire sentir bien, serein, au sortir d’un film qui traite de sujets a priori plutôt durs.

          Mention spéciale donc, pour ce film intimiste très réussi, que je vous encourage vraiment à aller voir si ce n’est déjà fait, ne serait-ce que pour la moustache de Jason Schwartzman.

affiche-darjeeling.jpgThe Darjeeling Limited de Wes Anderson
Twentieth Century Fox
Sorti le 19 mars 2008
http://www.darjeelinglimited-lefilm.com