ans les années 90, alors que la dance music battait son plein, fut créé le terme d’IDM, pour l’Intelligence Dance Music. En opposition à la dance music qualifié de stupide (non, Haddaway n’est pas un groupe cérébral) un mouvement d’artistes house, dance, new-wave furent génériquement flanqué de l’appellation « intelligents ». Ainsi des labels, aujourd’hui reconnus et fortement respectés, comme Warp (Aphex Twin, Plastikman, Autechre) ou Astralwerks (The Chemical Brothers, Röyksopp, Les Rythmes Digitales, Basement Jaxx) furent les figures de proue de ce mouvement naturel et transversal. En avance dans le rétro, les pays nordiques ont toujours eu cette culture de l’admiration de l’ancien, tout en le sublimant, alliant la pureté de la pop avec la fulgurance de l’électro, comme le font si bien le norvégien Erlend Oye ou les suédois de The Tough Alliance. Justement, les deux suédois de Pacific ! sortent leur premier album Reveries et sont les dignes successeurs de cette idéologie musicale scandinave.

          Aux fausses allures de groupe californien sur le premier titre « Disappear », cette déjà plaisante facette de Pacific ! s’étoffe avec le magnifique « Sunset Blvd ». New wave et délicieusement pop, ce titre s’inspire aussi bien des Beach Boys que des Pet Shop Boys en créant cette légèreté mélodique sur laquelle l’harmonie du duo vocal de est une merveille de gâterie musicale. Tout en retenue, mais sans se retenir, les digressions aux codes de la pop et de l’electronica semblent désormais se démocratiser et non plus revendiquer, et ainsi généraliser l’influence latente mais bien présente depuis quelques années des Talking Heads. Avec cette IDM retro, les sonorités surannées de Reveries révèlent tout leur charme comme sur la synthétique virée de « Runaway To Elsewhere », ou la discoïde « Hot Lips », s’inspirant directement des ambiances new wave des eighties. D’un autre côté, se trouvent les résurgences d’une culture débridée de la variété américaine, à la préciosité mélodique rappelant Burt Bacharach sur les titres « Hold Me » ou encore « Silent Running ». Bien qu’empli de boîtes à rythmes et de sons vintage, Reveries n’en a pas oublié de peaufiner ses compositions d’une subtilité à tomber et d’une modernité déconcertante. Après Calvin Harris ou encore Neon Neon, Pacific ! est dans la lignée de ces groupes retro-modernes, intégrant son passé à une musique équilibrée, délicate et ondulée. En 2008, jamais les eighties n’auront été aussi sexy.

pacific_album.jpgPacific ! – Reveries
Reset Jr
avril 2008
http://www.musicpacific.com/

Pacific ! – Sunset Blvd en écoute

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l.gifa pop psychédélique est-elle la nouvelle formule magique de la musique ? Alors que des gens comme Animal Collective déroulent depuis quelques années leurs folies et accouchent sur disques de couches fantasques et fantastiques, ou comme Grizzly Bear qui tissent leur toile folk brumeuse, leurs camarades new-yorkais de MGMT (à prononcer Management) viennent de pondre un bijou. Sorti dès le début de cette année, Oracular Spectacular est un de ces albums que l’on sait qui comptera. A coup sûr. Derrière ces quatre consonnes se cache le duo Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, qui comme tant d’autres se sont rencontré par intérêt commun pour la musique. Attirés par l’électronica et le noise-rock, à l’écoute de ce debut album, il en est tout autre.

          L’ouverture mystique et entraînante sur « Time To Pretend » affiche une fraîcheur qui ne fera que confirmer tout le bien pensé du duo. Aux auras électroniques et au rythme enlevé, MGMT nous plonge dans un bain sixties puis seventies, psyché et prenant, rappelant clairement les grandes heures Ziggy de David Bowie et le glamour d’un Marc Bolan. Au détour d’un « Weekend Wars » mélodique, on passe de la mélancolie à l’entrain tragique d’une ritournelle usitée mais que l’on semble découvrir comme pour la première fois. La magie de MGMT est de parvenir à cette parfaite science de la candeur, de nous émerveiller comme la première fois. Les rythmiques lentes, les évolutions et convolutions mélodiques sont si fluides que chaque chanson est une douce pièce où se mêlent vitalité, plénitude et tragédie.

          Ce qui demeure également impressionnant est la maîtrise de toutes les influences présentes. Que ce soit la pop velouté d’un « Electric Feel », le folk de « Pieces Of What » ou le glam d’un « Weekend Wars », tout est savamment pondéré et l’alchimie s’opère, sans efforts. « The Youth » est l’illustration de cette perfection atteinte par le duo new-yorkais, professant son innocence, sa délicatesse et sa mélancolie exacerbée, et parvient, comme sur « Kids », à nous morfondre avec le sourire, à pleurer en dansant. En soulevant doucement le poids de notre misère, MGMT a réussi à nous faire relever la tête.

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MGMT – Oracular Spectacular
Columbia Records
janvier 2008
http://www.myspace.com/mgmt

MGMT – Kids en écoute