énélope nous fait miroiter dès ces débuts, un film fantastique, Tim Burton style. Un prologue aux couleurs vives et aux effets spéciaux stylisés, et surtout l’histoire d’une fable charmante, nous laissent cette vive impression. Suite à une malédiction ancestrale, la prochaine fille qui naîtrait dans la famille noble des Wilhern serait pourvu d’un faciès de cochon, et ne serait libérée de ce maléfice que si un homme de son rang l’épousait. Ses parents décident alors de cacher la jeune Pénélope des yeux du monde et de tenter de lui trouver un mari par une agence matrimoniale. Outre cette histoire de malédiction, Pénélope profite ainsi pour verser dans la métaphore bien ancrée dans la vie réelle. Celle notamment de la société starificatrice voyeuriste actuelle, en faisant se faire harceler la malheureuse Pénélope par les paparazzi et la société bien-pensante. On assiste alors à une drôle et pertinente escalade de la notoriété de la bête de foire qu’est devenue Pénélope, traquée puis glorifiée pour sa différence, qu’elle assume à la place de la société.

          Mais Pénélope demeure surtout une (vaine) tentative à l’appel à l’acceptation. De soi, premièrement. Mais aussi du monde dans lequel on vit. Accepter ce que la vie nous a donné comme cartes entre les mains. La subtilité du film demeure également dans les beaux portraits dépeints tout au long de l’histoire, où les personnalités riches en couleurs se mélangent et se diluent dans le paysage de Pénélope. A l’inverse de toute fable, chaque personnage est à la fois le héros et le méchant, le gentil et le vilain, dualité personnifiée à merveille par le rôle de Catherine O’Hara (Maman, j’ai raté l’avion), à la fois mère aimante, couveuse et égoïste. Le couple Christina Ricci (La Famille Adams, Black Snake Moan) – James McAvoy (Le Dernier Roi d’Écosse, Reviens-moi) remplit également son contrat, notamment avec l’intelligence scénaristique de leur laisser trouver leurs chemins chacun de leur côté, se reconstruisant eux-mêmes et non pas grâce à l’acculé cliché de la force d’être ensemble.

          Une mise en condition de conte est donc de rigueur, entre La Belle et la Bête et Elephant Man. La mise en scène semble ainsi se caler dans le créneau fantastique infantile pour adultes, avec un rythme soutenu, une voix off, une fantaisie omniprésente et un nain (?!). Cependant, tout ceci va peu à peu s’estomper pour laisser place à une narration plus classique, dès lors que le film bascule dans une tournure réflexive et tragi-comique. Sorte de film dans le film, il s’agit là de la majeure déception de Pénélope de Mark Palansky, qui est son hésitation entre le récit verdoyant de la fable et la formalité du classicisme. Laissant ainsi ses pistes de réflexion dans des voies de garage, et à la fois ne laissant pas la chance à son récit fantastique de décoller, Mark Palansky s’enlise dans un entre-deux où il peine à prendre pied. Pénélope souffre ainsi d’être un film trop mignon et à la réalisation trop prude et fébrile pour un scénario qui laissait promettre un potentiel certain. Bien qu’inégal, Pénélope véhicule une intégrité touchante, qui en fait un film raté, mais que l’on saluera pour la beauté de l’effort.

penelope_affiche.jpgPénélope de Mark Palansky
ARP Sélection
Sorti le 09 avril 2008
http://www.arpselection.com/

Cloverfield

ela faisait bien longtemps… Je réflechis. Disons depuis Matrix voir le Seigneur des Anneaux. Ah si, il y avait cette scène dans Spiderman 3 qui était pas mal… Je parle des films d’action ou grand spectacle en général qui m’avaient un minimum impressionné. Des films ou je suis sorti dans la salle en balancant un très classe « Putain ça déchire ! ». Et donc ça faisait un moment que cette sensation de spectaculaire ne m’avait pas laissé aussi enthousiaste. Car en considérant Matrix comme le véritable pionner de l’ère numérique, le flot de blockbusters ayant suivis la voie tracée par les frères Wachowski, m’ont soit donné l’impression de regarder la démo d’un jeu vidéo au cinéma, soit franchement ennuyé. Les Stars Wars tournés quasiment entièrement derrière un fond vert fluo pour créer soit disant des paysages super nouveaux, super magnifiques, ça fait pas réaliste désolé. Le résultat donne plutôt des décors aux couleurs bien baveuses et franchement hideuses. D’autant plus que d’un blockbuster à l’autre, c’est plutôt le jeu de la surenchère qui prédomine : encore plus de spectaculaire, plus impressionnant, plus vite… Logique vous me direz. Sauf que trop de numérique tue le numérique. Et les scènes d’action deviennent vite irregardable (suivez mon regard… Transformers). Là où les effets spéciaux de Matrix étaient utilisés avec un minimum de subtilité pour effectivement rendre plus réaliste les scènes d’action sans nuire à la qualité d’ensemble du film.

           Cloverfield débarque sur nos écrans précédé de rumeurs sur le contenu de l’histoire : New-York dévastée par une attaque d’abord inconnue (même s’il se pourrait bien que l’origine en soit une grosse vilaine bébête). Le tout filmé par les acteurs du drame (c’est-à-dire les victimes elles-mêmes dans le film) à l’aide une caméra numérique basique. Du Godzilla à la sauce Blair Witch en quelque sorte. Ces deux références font extrêmement peur. On en arrive même à se demander si le responsable de la catastrophe n’est pas Puff Daddy, enfin non P.Diddy, enfin Sean machin, se baladant en plein Manatthan et « chantant » son nouveau single en live. Heureusement non. Le concept de départ dont J.J. Abrams, producteur de Lost et réalisateur de M:I:3 a participé à l’élaboration, consiste à faire vivre de l’intérieur la catastrophe annoncée au spectateur. Et effectivement ça marche. Une fois installé confortablement dans son fauteuil, si possible pas trop près de l’écran afin de s’habituer à la caméra qui bouge pas mal (filmé comme un reportage je vous le rappelle) et éviter de chopper la nausée au bout de 15 minutes, il faut avouer qu’on s’y croirait. L’utilisation des effets spéciaux évite le coté trop à l’arrache de Blair Witch et offre des décors plus élaborés que la forêt de nuit, le tout étant mille fois plus crédible que Godzilla. Tour de force car sans parler de révolution, plusieurs scènes de guérilla et de chaos urbain resteront dans les annales du cinéma. Et malgré un scénario un peu limité (les causes et conséquences de cette destruction massive de NYC ne sont pas vraiment abordés) et des rebondissements histoire d’avoir des rebondissements du type : « Si j’allais chercher mon ex-copine à l’autre bout de la ville dont l’immeuble vient de s’effondrer et dont je n’ai aucune nouvelle alors que la bête s’y trouve encore », le film s’attache à respecter son idée de base. Le résultat est surréaliste car on reste subjugué par les images d’apocalypse que l’on est en train de voir et la panique engendrée. Cela fait penser au 11 septembre. En bien pire. Mais au cinéma heureusement.

cloverfield_couv.jpgCloverfield de Matt Reeves
Paramount Pictures France
06 février 2008
http://www.paramountpictures.fr

themist_bandeau.jpg

t.gifroisième film de Franck Darabont adapté de Stephen King après le moyen La Ligne Verte et le bon Les Evadés, The Mist parvient à tirer son épingle du jeu avec ce scénario étoffé aux portées bien exploitées. Après qu’une tempête se soit abattue sur une petite ville américaine, David Drayton, son fils et de nombreux habitants étant venus acheter des provisions, se trouvent dans un supermarché tandis qu’un lourd brouillard se lève. Très vite, ils se retrouvent coincés à l’intérieur, le brouillard recélant des créatures inquiétantes et dangereuses… Au synopsis se rapprochant du Fog de John Carpenter, The Mist tend plus vers le fantastique que vers l’horreur, Darabont ne possédant de toute manière pas les qualités de Carpenter. La distribution des personnages semble également (trop) convenue avec les rôles conventionnelles du père de famille et son enfant, du noir éloquent mais un peu trop téméraire, de(s) vieux fou(s) se révélant être sage(s), du soumis insignifiant se découvrant une vocation de héros (avant d’être sacrifié, parce que faut pas déconner quand même), de la vieille folle qui panique et crie à tue-tête que cela ne sert à rien car de toute façon « on va tous mourir » etc. Malgré quelques effets série B, donnant ainsi à The Mist parfois des allures de téléfilms, cette adaptation est une belle réussite. Des acteurs peu connus, pas exceptionnels, mais suffisamment convaincants, une équipe technique de télévision (The Shield), des effets spéciaux usés avec parcimonie, et l’on obtient un brillant divertissement fantastique. Voire même un peu plus…

          La force de The Mist réside dans les rapports humains que nouent les divers protagonistes enfermés dans le supermarché. Ne se connaissant pas ou peu, se basant uniquement sur les réputations de village, tout ce petit monde créé un modèle de micro-société. Et ce qui rend le film d’autant plus vertueux et que cet échantillon sociétal est soumis à la plus grande des pressions : la peur. La peur de l’inconnu, la peur du monde extérieur qu’ils ne connaissent pas. The Mist prend alors une tournure critique remarquable, portée par des scènes intenses de condamnation de l’Amérique puritaine, et surtout de la lâcheté humaine. Se développent ainsi de grandes descriptions macroscopiques d’un endoctrinement basé sur la peur au travers de Marcia Gay Harden, l’éternelle femme fatale du Miller’s Crossing des frères Coen, qui nous sort le grand jeu en allumée religieuse prosélytique, haranguant son discours de Jugement Dernier. Au recours de cette peur, on assiste à des scissions, des disputes de prises de pouvoir successives par les leaders naturels du groupe, usant de propagandes, et fait ainsi résonner les propos de Goering aux procès de Nuremberg : « Tout ce qu’il faut dire à ces gens c’est qu’ils sont attaqués, en qualifiant les pacifistes de manque de patriotisme, en les accusant d’exposer la patrie à un danger ». L’humanisme prend également un sacré coup dans le nez, avec des constantes démonstrations de la lâcheté et de la versalité d’esprit de l’être humain, cachant à peine une misanthropie sous-jacente, incarnée symboliquement par le nihilisme d’une scène finale grinçante, prévisible et peut-être de trop. Il n’en demeure pas moins que The Mist sous ses allures de prime abord un peu cheap, et quelques longeurs, est une pertinente réflexion sur la société et ses rouages, et qui sans prétentions, parvient à nous convaincre.

themist_affiche.jpgThe Mist de Franck Darabont
Dimensions Films
Sorti le 27 février 2008
http://www.themist-movie.com/