ndrew Niccol fait son retour à la réalisation cinq ans après le très bon Lord of War. Film d’anticipation, il imagine un futur assez proche, métaphore du capitalisme actuel mais aussi de la course à la jeunesse éternelle. Niccol pose les bases d’un monde découpés en plusieurs zones différenciées par le niveau de richesse de ses occupants. Or la monnaie ici c’est le temps. Les humains ont été modifiés génétiquement pour ne vivre que jusqu’à 25 ans, façon pour le moins radicale de réguler la surpopulation. Pour prolonger son espérance de vie, il faut payer. Les pauvres vivent donc au jour le jour voire à la minute tandis que les riches peuvent aspirer à la vie éternelle au presque. Les corps s’entassent dans les zones dites de « ghetto »  alors que les plus favorisés se reconnaissent par le nombre de garde du corps qui les entourent afin d’éviter le moindre petit accident susceptible de les priver de leur précieuse richesse de temps. Et avec ce système, les écarts de classe s’accentuent, comme dans notre société actuelle finalement.

          Si le pitch démarre sur de bonnes bases, Niccol n’arrive pas à creuser le sujet plus d’une demi heure. La suite du film tourne en effet à la course poursuite à la sauce Bonnie and Clyde avec une touche de Robin des Bois moderne. Justin Timberlake et Amanda Seyfried n’ont pas vraiment le charisme de Faye Dunaway et Warren Beatty. Les scènes d’action frisent le ridicule et on ne s’attardera pas sur les incohérences qui jalonnent le film. Les vilains gangsters sappés en Prada et les policiers en manteau en cuir type Matrix pourtant interdits depuis les années 2000 n’aident pas à la crédibilité. Dommage car on se rêvait à un film du niveau de Bienvenu à Gattaca, plus subtile et moins hollywoodien que n’est Time Out.

Time Out de Andrew Niccol
20th Century Fox
Sortie le 23 novembre 2011
http://www.intimemovie.com/

roisième apparition dans un film cette année pour Ryan Gosling après Blue Valentine et plus récemment Crazy Stupid Love. La nouvelle coqueluche américaine joue cette fois le rôle d’un pilote de voitures de sport participant à des vols mais en se contentant uniquement de la conduite. La règle est simple : pas plus de 5 minutes d’attente pour le crime et il s’occupe de ramener ses passagers à bon port. Durant son temps libre, il endosse la casquette de mécanicien, voire de cascadeur à Hollywood. Solitaire, peu bavard, le héros se rapprocherait du profil d’un cow-boy du XXIème siècle. Il suffit de remplacer le cheval par une Mustang gonflée à bloc et le désert par Los Angeles comme décor pour obtenir ce résultat.

          L’héroïne jouée par Carey Mulligan va aider à faire basculer le destin de notre héros : l’amour peut frapper sur le palier de votre porte. S’en suit une montée de violence pour protéger cette femme et sa famille tout en tentant en vain de maintenir une relation plus que fragilisée par l’accumulation des ennuis et plusieurs truands à éliminer les uns après les autres. En témoigne une scène d’ascenseur commençant par un baiser volé interrompu par un tabassage en règle brute de fonderie, voire de boîte crânienne fracassée. Le personnage principal se rapproche de celui d’History Of Violence par sa capacité à faire preuve d’une violence soudaine alors que calme et sérénité semblaient l’habiter.

          Même si l’histoire peut paraître simpliste, elle est parfaitement mise en scène dans un style qui rappelle immédiatement le Collateral de Michael Mann sorti en 2004, par ses plans de la ville de nuit et les nombreuses illuminations des gratte-ciels. La bande originale s’accommode bien à l’ambiance à la fois mélancolique et pesante. Le réalisateur danois réussit à faire honneur au genre avec ce polar dramatique et touchant.

Drive de Nicolas Winding Refn
Wild Side Films
Sortie le 5 octobre 2011
http://www.drive-movie.com/

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o.gifuf ! ça y est ! Après avoir récemment vu le nullissime Astérix aux jeux olympiques et le « bien mais pas top car vraiment mal joué » Les Femmes de l’ombre, je commençais à me dire que le cinéma français débutait mal l’année 2008 (bon c’est vrai qu’on ne juge pas sur deux films, et puis vous allez me dire « Hey mais y a Dany Boon et ses ch’tis ! »; mais laissez moi faire ma chronique tranquille bordel ! c’est fou ça ! bref…). Heureusement, Samuel Benchetrit, pour son troisième film en tant que réalisateur, vient au secours du septième art hexagonal avec un très bon film sorti le 26 mars, J’ai toujours rêvé d’être un gangster, à la fois hommage aux films de malfrats des années cinquante et soixante et comédie burlesque. Certains parleront de film à sketches, d’autres de courts-métrages liés entre eux par un décor et un objet communs, d’autres enfin y verront une structure Pulpfictionienne (ouais je me la pète j’aime bien), libre à chacun de se faire son idée sur ce film qui mérite qu’on parle de lui. Car en effet, le film se coupe en quatre épisodes d’une durée inégale, se rapportant tous au thème de la malhonnêteté ou du crime et à un lieu récurrent, la cafétéria de la nationale 17 (la classe…).

          Pour faire vite, chaque partie raconte l’histoire d’individus qui s’écartent, par nature ou par contrainte, du droit chemin, avec plus ou moins de succès. Du braqueur raté à l’ancien gang de bandits désormais septuagénaires en passant par les kidnappeurs pas si méchants et les vrais-faux amis, Samuel Benchetrit nous livre là quelques portraits de voyous des plus intimes et sincères, à travers des acteurs tous meilleurs les uns que les autres et au naturel impressionnant.

          Le film, en noir et blanc, joue de plus la carte de l’austérité : paysage désolé de banlieue déshéritée ayant à la fois les inconvénients de la ville et de la campagne sans en avoir les avantages, cafétéria routière qui, sans être miteuse, est d’une laideur spectaculaire, digne de la zone industrielle de Limoges sous la pluie et acteurs peu nombreux (mais en même temps quel casting ! Jean Rochefort, Edouard Baer, Alain Bashung, Arno, Anna Mouglalis et quelques vieux de la vieille du cinéma qu’on a plaisir à retrouver comme Laurent Terzief ou Roger Dumas, dont les répliques ne sont pas sans rappeler celles du grand Michel Audiard). Bref, comme quoi avec peu de moyens, ou plutôt avec les moyens du bord car une telle brochette d’acteurs ne doit pas être donnée, on peut faire du bon cinéma. D’autant qu’à travers les déboires des personnages se cache d’une certaine manière une critique de la société contemporaine, qui évolue sans cesse en effaçant les traces de son passé, qui force d’honnêtes gens à enfreindre la loi pour s’en sortir, qui plonge les hommes dans un ennui mortel, …

          On s’attache ainsi réellement et de bon coeur à tous ces personnages dans la détresse avec ce film où les plus malhonnêtes ne sont pas ceux qui s’écartent le plus des normes sociales pour survivre mais ceux qui le sont par nature et non par besoin. A la fois hommage, satire et comédie disais-je donc, J’ai toujours rêvé d’être un gangster s’impose de ce fait comme une belle réussite et une agréable surprise en tant que film de genre inattendu que l’on savoure avec délice du début à la fin malgré quelques longueurs qu’on pardonne volontiers devant la qualité de l’ensemble.

gangster.jpgJ’ai toujours rêvé d’être un gangster de Samuel Benchetrit
Mars Distribution
26 mars 2008
http://www.www.marsdistribution.com