ason Schwartzman commence à être un acteur « tendance ». A la fois parce qu’il est le cousin de Sofia Coppola (ce qui est toujours « tendance » de côtoyer la réalisatrice de Lost In Translation) mais aussi en ayant pris les traits de Louis XVI dans Marie-Antoinette de… Sofia Coppola et tout récemment dans The Darjeeling Limited de Wes Anderson, jouant l’un des trois frères (celui avec la splendide moustache) partis retrouver leur mère en Inde. Il a donc ajouté une corde à son arc en tant que musicien d’abord comme batteur chez Phantom Planet et là, en publiant son premier album sous le partonyme de Coconut Records, pas moins le nom de groupe le plus original de l’année. Pourtant quand vient à l’esprit les références connus d’acteurs/actrices ayant tentés leur chance dans la chanson, on pense hmmmm à Sandrine Kiberlain ? mouaif, Agnès Jaoui ? Bof, pas terrible du coté français. Et en franchissant l’Atlantique, on a qui ? Will Smith ? Ah oui c’était rigolo Men In Black mais … quand j’étais au collège. Bilan peu flatteur.

          Le quasiment déjà mythe dira que Jason Schwartzman a composé son album tout seul, en un temps record (15 jours ?), sans label et comme s’il s’agissait d’un loisir comme un autre. On se dit que tous les autres acteurs cités précédemment devraient en prendre de la graine et surtout qu’il est extrêmement rare de concilier les talents de chanteur et d’acteur (faut il encore en avoir au moins l’un des deux et pour de vrai). L’album est d’abord teinté de références au rock californien toute époque confondue que ce soit avec Randy Newman sur la ballade « West Coast » ou Weezer sur le plus électrique « Back to You ». On a aussi droit à une petite touche de funk à la sauce Phoenix sur « Nighttimming » ou à de la pop minimaliste sur « It’s not you it’s me ». Les plus que mignonnes Kristen Dunst, rencontrée sur le tournage de… Marie-Antoinette ! et Zooey Deschanel actrice et également… chanteuse du groupe en vogue She & Him, viennent chantonner sur plusieurs titres et apportent ainsi encore un peu plus de classe à un CD déjà bien réussi. C’est simple, chaque morceau a son petit quelque chose qui fait qu’on se laisse entraîner, séduire par la voix détachée de l’acteur/auteur/compositeur/interprète américain. Passé inaperçu l’année dernière, Nighttiming peut profiter du buzz engendré par le Schwartzman version acteur. Et autant dire qu’on aimerait en voir beaucoup plus souvent des garçons aux talents multiples aussi remarquables. Remarquez, la sensuelle Scarlett Johansson s’apprête à sortir un album de reprise de Tom Waits et la rumeur court comme quoi le résultat serait très réussi… Vous dites Sandrine Kiberlain pour la France ?

coconut2.jpgCoconut Records – Nighttiming
Young Baby
Mars 2007
http://www.youngbabyrecords.com

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l.gifa candeur et l’amertume amènent aux plus belles et plus intègres plaintes. Car il s’agit de la première fois que son cœur se brise, que les sentiments nous submergent et nous hantent. A jamais. Ces premiers moments de solitude intense, de déprime inconsolable, sont effroyables de dépit et d’autodépréciation. Toutefois l’innocence mène à l’effritement de la douleur, à la relativisation de la tristesse. La première histoire d’amour en perdition est toujours la pire, et paradoxalement, alors que l’on tenterait de l’oublier, est celle dont on se souvient le mieux. Celle dont la déchirure est toujours aussi vive, toujours aussi acerbe. Elle nous guide, elle nous dévore et nous gouverne inconsciemment. La première a ce goût, cette empreinte, cette emprise. Les suivantes ne sont là que pour combler le vide laissé par la première.

           Zooey Deschanel chante comme si son cœur et son âme avaient été chamboulés pour la première fois. Profonde et suave, son timbre laisse transparaître cette douce âpreté, cet oxymore sentimental, nécessaire à la relativisation et la continuité de l’existence. Pour continuer à vivre, aimer et souffrir. Volume One est ainsi obsédé par un lui innommable, mais bien présent, dont l’essence luit par son absence. Elle, c’est Zooey Deschanel, belle actrice, le regard cristallin, et à la voix soul et exquise. Lui, c’est M. Ward, musicien à la notoriété désormais accomplie, dont les compositions et les accompagnements d’orfèvre viennent donner ce grain rétro et intemporel à la musique de She & Him. Mélange délicieux de folk et de pop, la musicalité de M. Ward vient ainsi à s’imprégner du lyrisme naturel et du glamour soul de la voix de Deschanel.

           L’album est un constant regard en arrière, un aperçu actuel empli de regrets relatif à un passé hypothétique. Chaque titre est une peinture au pastel, une plainte susurrée et fredonnée, sans violence, sans virulence. Tour porte pourtant à l’empathie, à la crise existentielle de la solitude. A fleur de peau, des chansons comme « Sentimental Heart », « This Is Not A Test » ou la poignante « Take It Back » marquent ce sempiternel mal-être inhérent à toute relation affective forte. Mais finalement, toute la force de She & Him réside, comme toujours, dans les silences et les non-dits, les mystères et l’absence. Lorsque Zooey chante « I’m alone on a bicycle for two » sur « Black Hole », la constatation de la dure réalité s’amalgame à l’acceptation résignée qu’il s’agit de la première fois, et que les prochaines fois feraient toujours aussi mal. Entre dépit et douleur, s’immiscent les premières notes de relativisme et de raison. Entre mélancolie et légèreté, She & Him est une belle et sobre leçon de vie.

sheandhim.jpgShe & Him – Volume One
Merge
mars 2008
http://www.myspace.com/sheandhim/

She & Him – Black Hole en écoute

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l.gifa pop psychédélique est-elle la nouvelle formule magique de la musique ? Alors que des gens comme Animal Collective déroulent depuis quelques années leurs folies et accouchent sur disques de couches fantasques et fantastiques, ou comme Grizzly Bear qui tissent leur toile folk brumeuse, leurs camarades new-yorkais de MGMT (à prononcer Management) viennent de pondre un bijou. Sorti dès le début de cette année, Oracular Spectacular est un de ces albums que l’on sait qui comptera. A coup sûr. Derrière ces quatre consonnes se cache le duo Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, qui comme tant d’autres se sont rencontré par intérêt commun pour la musique. Attirés par l’électronica et le noise-rock, à l’écoute de ce debut album, il en est tout autre.

          L’ouverture mystique et entraînante sur « Time To Pretend » affiche une fraîcheur qui ne fera que confirmer tout le bien pensé du duo. Aux auras électroniques et au rythme enlevé, MGMT nous plonge dans un bain sixties puis seventies, psyché et prenant, rappelant clairement les grandes heures Ziggy de David Bowie et le glamour d’un Marc Bolan. Au détour d’un « Weekend Wars » mélodique, on passe de la mélancolie à l’entrain tragique d’une ritournelle usitée mais que l’on semble découvrir comme pour la première fois. La magie de MGMT est de parvenir à cette parfaite science de la candeur, de nous émerveiller comme la première fois. Les rythmiques lentes, les évolutions et convolutions mélodiques sont si fluides que chaque chanson est une douce pièce où se mêlent vitalité, plénitude et tragédie.

          Ce qui demeure également impressionnant est la maîtrise de toutes les influences présentes. Que ce soit la pop velouté d’un « Electric Feel », le folk de « Pieces Of What » ou le glam d’un « Weekend Wars », tout est savamment pondéré et l’alchimie s’opère, sans efforts. « The Youth » est l’illustration de cette perfection atteinte par le duo new-yorkais, professant son innocence, sa délicatesse et sa mélancolie exacerbée, et parvient, comme sur « Kids », à nous morfondre avec le sourire, à pleurer en dansant. En soulevant doucement le poids de notre misère, MGMT a réussi à nous faire relever la tête.

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MGMT – Oracular Spectacular
Columbia Records
janvier 2008
http://www.myspace.com/mgmt

MGMT – Kids en écoute