e jazz-rap est quelque part le mouvement le plus pur de la culture urbaine. Le hip-hop rejoignant la musique de ses propres origines est en lui-même un cycle culturel et artistique d’une portée signifiante. Certains artistes ont opté pour cette optique du hip hop comme A Tribe Called Quest, les Roots ou encore les Beastie Boys, faisant de ce genre à part l’un des sous-mouvements les plus artistiquement accomplis. En France, gangréné par le modèle américain, le rap français tend à lorgner plus du côté du hardcore et du g-rap. Cependant, parmi les meilleurs lyricistes francophones, des gros calibres comme MC Solaar, ou les plus récents (et excellents soit dit en passant) Hocus Pocus et Oxmo Puccino et ses Jazzbastards, ont donné leurs plus beaux faits d’armes au jazz-rap à la française. Entre ces deux pôles continentaux naissent les Jazz Liberatorz. Trois DJ de Meaux aux beats et aux compositions alléchées, les Jazz Liberatorz sont bien français, bien que cela soit peu reconnaissable dû aux nombreux artistes américains venus poser leurs flows sur leur travail.

          Entièrement anglophone, excepté l’ouverture de l’album présentant le groupe comme dans les émissions vieillotes, ce Clin d’Œil ne peut porter mieux son nom équivoque. Album hommage tout du long, DJ Damage, DJ Dusty et Madhi, par le biais de cette galette, décident de délivrer un sublime et vibrant baise-main au jazz, mère fondatrice de toute musique urbaine et émancipatrice de la culture noire avec le blues. Avec une liste de guests impressionnante (Fat Lip, T-Love, Raashan Ahmad, Buckshot, Stacy Epps, Sadat X etc.) les Jazzlib parviennent à un concentré lounge et palpitant d’un jazz hybride, entre samples et compositions des trois DJ, et un hip-hop old-school dépouillé. En sublimation par leurs idoles, allègrement name-droppés (Quincy Jones, Wes Montgomery, Miles Davis, John Coltrane etc.) ce Clin d’Œil est loin de n’être qu’une belle révérence, elle permet également à cette nouvelle génération de musiciens mélomanes de se poser en alternative. Inspiré, modeste et talentueux, ce premier album des Meldois, fascine par cette intégration délicate du hip hop vertueux et du jazz subjuguant. Dix ans plus tard, le trip hop cérébral et transcendant de DJ Shadow et de Tricky viennent de voir leurs travaux trouver un nouvel approfondissement, plus sensuel, plus lumineux entre les mains de ces fulgurants Jazzlib.

jazzlib_album.jpgJazz Liberatorz – Clin d’Œil
Kif
janvier 2008
http://www.myspace.com/jazzlib

Jazz Liberatorz – When The Clock Ticks (ft. J. Sand) en écoute

out à l’heure vers 15h57, je me suis arrêté dans la rue et je me suis dit que j’avais bien envie de parler des Beastie Boys. Déjà fait me direz-vous. Certes, mais dites vous que j’ai environ sept cent quatre-vingt-deux disques de ce groupe à chroniquer alors va falloir vous y faire. Toutefois, je suis fair play, celui qui nous concerne aujourd’hui n’est pas un album hip-hop. Car en effet, au risque de me répéter, les Beastie Boys font partie de ces êtres subtils et géniaux (oui oui…) qui ont la capacité rare de pouvoir exceller dans des registres différents, voire fort différents. Du rap au punk en passant par le jazz, les trois New-Yorkais (et leurs acolytes) savent tout faire.

          Ainsi, le disque du jour n’est autre que le dernier en date, The Mix Up, sorti, comme à l’accoutumée (on n’est plus que deux en France à utiliser cette expression : la police nationale et moi…) chez Capitol Records en juin 2007. Après trois ans d’attente, le groupe de la côte Est nous sort un album exclusivement instrumental, très jazzy et des plus accrocheurs. Les trois MCs lâchent ainsi les micros pour s’installer derrière leurs instruments. On retrouve donc Adam « MCA » Yauch à la basse et à la contrebasse, Adam « Adrock » Horovitz à la guitare et Michael « Mike D » Diamond à la batterie, sans oublier leurs compères de longue date Mark Nishita au clavier et Alfredo Ortiz aux percussions (qui est tout simplement devenue mon idole absolue le jour où je l’ai vu remplacer Mike D à la batterie en concert pour jouer les morceaux punk du groupe ; pour résumer, imaginez un gros bonhomme en lunettes noires chevelu et barbu, qui à l’air d’avoir mangé deux Guy Carlier avant de venir, s’asseoir derrière une batterie qui paraît du coup minuscule et se fait littéralement brutaliser par l’armée de bras et de pieds que semble posséder ce gus plus rapide que le fruit de l’union de Flash et de Speedy Gonzales, ça vous donnera une idée).

          Si « B For My Name », le premier morceau, nous rappelle dès les premières mesures le précédent disque instrumental du groupe, The In Sound From Way Out (qui n’était pas un album mais une compilations des morceaux jazz présents sur les différents albums sortis jusque là), les suivants marquent quant à eux une rupture avec ce à quoi les Beastie Boys avaient pu nous habituer jusqu’alors, plus psychés comme « 14th ST.Break », « Suco de Tangerina », « The Cousin of Death » ou encore « The Melee », qui rappelle indiscutablement Simply mortified, le très bon album de BS 2000, l’autre groupe d’Adrock. Après deux titres planants que sont « Electric Worm » et « Freaky Hijiki » vient l’un des titres phares de l’album, « Off The Grid », premier morceau disponible sur Internet (il s’agissait en fait du clip) avant la sortie de l’album, qui se distingue par son originalité, son côté rétro et son « refrain » sorti de nulle part, puis « The Rat Cage », tout simplement tombé du ciel, sans oublier « Dramastically Different », aux teintes orientales plus que plaisantes. Enfin, l’album s’achève sur « The Kangaroo Rat », un titre qui, par l’ambiance qu’il crée, semble fait pour conclure en apothéose cette grande oeuvre qu’est The Mix Up.

          Pour finir, je préciserai simplement qu’il y avait longtemps que je n’avais pas écouté ce disque et de ce fait, j’avais oublié à quel point il était génial. Il risque donc de rester un bon moment scotché à ma platine et je ne peux que vous exhorter à écouter avec humilité et recueillement cette nouvelle preuve du génie artistique des Beastie Boys.

Beastie Boys – The Mix Up
Capitol Records
2007
http://www.beastieboys.com

Beastie Boys – Off The Grid en écoute

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e.gifn ces temps difficiles où le hip-hop se fait de plus en plus commercial et répétitif (il suffit pour s’en convaincre de se poser quelques minutes devant « MTV Base » pour assister au spectacle désolant de nids de poufs en strings agitant leur arrière train devant un guignol surchargé de quincaillerie assis dans son transat’ au bord de la piscine d’une villa californienne…), où de plus en plus de gens sont amenés à assimiler rappeur et racaille, rap et provocation, et ce notamment en raison d’une diffusion du hip-hop qui se limite bien souvent à ces clichés, en ces temps difficile disais-je donc, parviennent tout de même à se faire entendre des groupes subtils et talentueux, capables de mêler des performances de MC’s de qualité à d’excellentes instrus, et à sortir ainsi du lot en nous pondant des albums réellement bons.

          Parmi ceux-ci, Ugly Duckling, les vilains petits canards de Los Angeles (désolé c’était facile), nommés ainsi en raison du sentiment de faire un rap différent de ce qui se fait habituellement sur la côte Ouest des Etats-Unis. En effet, amateurs de gangsta rap, de son «West Coast», passez votre chemin, Ugly Duckling n’est pas pour vous. Ces Californiens sont en effet bien plus influencés par des groupes de la côte Est, tournés vers un rap plus instrumental. De fait, avec Bang For The Buck, leur unique album à proprement parler, sorti en 2006, Ugly Ducling nous ramène avec bonheur au rap old school incarné par ses modèles, au jazz rap cher à A Tribe Called Quest mais sur des instrus et un ton bien plus enjoués, à l’image de De La Soul à leurs débuts.

          L’album commence ainsi par un « Bang For The Buck » (oui oui c’est aussi le nom de l’album je sais) très jazzy grâce à une ligne de contrebasse accrocheuse, puis se poursuit avec deux titres excellents que sont « Yudee ! » et « The Breakdown », eux aussi soutenus par une instru des plus efficaces. Puis vient « Left Behind », tout droit sorti de That 70’s Show, suivi d’une succession de morceaux plus entraînants les uns que les autres, pour en arriver à celui par lequel j’ai pour ma part découvert le groupe et qui m’a donné envie de me procurer l’album, « Slow The Flow », que l’on écoute très volontiers grâce à une trompette (pardonnez-moi s’il s’agit d’un autre cuivre je suis tout pourri pour ça) très bien mêlée à une production rythmique envoutante et un flow toujours très bien posé. Enfin arrive, après un « Shoot Your Shot » très réussi, le titre final, « End Of Time », qui constitue l’apogée de cet album et le conclue à merveille.

          En guise de conclusion, si vous êtes amateur de groupes comme les Beastie Boys, De la Soul, A Tribe Called Quest, les Jungle Brothers ou encore, bien que plus éloigné, MF Doom (qui n’est pas un groupe mais un MC c’est vrai…), je vous encourage à vous jeter sur ce petit bijou que constitue Bang For The Buck et à suivre avec attention ce que nous réserve ce groupe très prometteur (bon c’est pas le mot vu qu’ils existent depuis dix ans en fait, mais bon vous voyez ce que je veux dire…) qu’est Ugly Duckling.

bang-for-the-buck1.jpgUgly Duckling – Bang For the Buck
Fat Beats Records
2006
http://www.uglyduckling.us

Ugly Duckling – The End Of Time en écoute

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p.gifour ma première chronique, rien de plus normal, me suis-je dit, que de commencer par mon groupe favori, et, logiquement, par ce qui est selon moi le meilleur cru de cette formation incontournable que sont les Beastie Boys, à savoir Ill Communication, sorti en 1994 chez Capitol Records.

          A peine la galette est-elle installée dans la platine que débute l’un des titres les plus connus du groupe New-Yorkais, « Sure Shot » (comment ? le blog s’appelle presque pareil ? simple coïncidence j’imagine), dont le refrain scandé dès le début du morceau annonce la couleur de ce qui va suivre : «You can’t, you won’t and you don’t stop». De fait, comment se détourner de ce florilège de tubes une fois la machine lancée. Se suivent en effet pendant près d’une heure « Sure Shot », « Root Down », « Sabotage » (présente à chaque fin de concert depuis 2000 en opposition à la politique de George W. Bush, dans laquelle Ad Rock, tel un roquet hargneux, nous en met plein la vue, ou devrais-je plutôt dire, plein les oreilles…) ou encore « Flute Loop », pour ne parler que des morceaux rap.

          Car là réside la force des Beastie Boys : dans leur capacité à faire de très bons morceaux dans de nombreux styles musicaux. Ill Communication propose ainsi, en plus des titres hip-hop, des chansons punk (« Tough Guy » et « Hearth Attack Man ») mais aussi des morceaux de jazz époustouflants, à commencer par « Sabrosa » qui nous plonge dans une ambiance digne de Shaft, sans oublier « Bobo On The Corner », « Ricky’s Theme », « Shambala » – écrite en hommage au Tibet(tout comme « Alright Hear This » et « Bodhisattva Vow ») dont le groupe soutient la cause depuis un certain nombre d’années maintenant (il me semble d’actualité de le préciser) -, « Futterman’s Rule », « Eugene’s Lament » et j’en passe. Ajoutez à cela des morceaux inclassables dont seuls les Beastie Boys en ont le secret et qui vous transportent littéralement dans un album qui, bien que non réduit à un seul et unique style musical, parvient à se forger un univers propre et à garder toute sa cohérence, notamment grâce à une production irréprochable qui fait le pari d’aligner sans ruptures des titres de styles très différents.

           En somme, vous l’aurez compris, ce disque est selon moi (mais pas seulement) la pièce maîtresse de la discographie des Beastie Boys, dans la mesure où au moins trois des morceaux qui le constituent sont des tubes (« Sure Shot », « Root Down » » et « Sabotage »), où aucun morceau n’est à jeter, et où il représente l’apogée de ce qu’ont pu faire les Beastie Boys (attention ne me faites pas dire que les albums suivants du groupe ne sont pas excellents, je veux simplement dire qu’Ill Communication est celui qui rassemble le plus de perles à mon goût). Je classerai donc ce disque au panthéon des albums que j’ai le plus écoutés dans ma vie et lui mettrai, si je devais le noter (mais ici n’est pas le but de ce blog) la note maximum pour tout le plaisir qu’il m’a apporté et m’apporte encore, because «I won’t stop».

illcomm21.jpgBeastie Boys – Ill Communication
Capitol Records
1994
http://www.beastieboys.com

Beastie Boys – Sure Shot en écoute