ans un monde où les antagonistes suivent les plus stricts codes moraux, et où les protagonistes cherchent à définir les limites du juste, cette morale et cette justice, leurs valeurs et contradictions profondes seront incarnées par le plus charismatique et insaisissable anti-héros de la télévision : Omar. Truand et dissident des grands pontes qui régissent le Baltimore de The Wire (Sur Écoute), gangster homosexuel, terrifiant et intransigeant, Omar Little braque les dealers de drogue, et en fait sa profession de foi. Michael K. Williams attire l’écran, par sa prestance, son physique fascinant et sa balafre en plein milieu du visage, et a fait d’Omar, par quelques caractéristiques d’artifices (un fusil, le sifflement d’« un fermier dans son pré » et un usage captivant de la langue), une icône anarchiste et néo-révolutionnaire.

Avec The Wire, David Simon a créé un univers tangible, aux allures concrètes tant par ses structures (la ville de Baltimore, la scène politico-économique, les ghettos) que par ses personnages, chacun comprenant l’éthique et les codes de leurs milieux respectifs, mais aux aléas moraux plus qu’incertains, et paradoxalement, renforçant le réalisme des situations décrites. Tous respectent le code de la rue, tandis que les policiers transgressent l’autorité (Jimmy McNulty et Lester Freamon, pour ne citer qu’eux) et que les bandits rêvent à une autre vie (Stringer Bell ou le martyr D’Angelo Barksdale). A la différence de la grande tradition des séries d’enquêtes US (CSI (Les Experts), NYPD Blue (New York Police Blues), Law & Order (New York Police Judiciaire)), souvent manichéennes,  The Wire verse dans la profondeur, aussi bien sociétale qu’humaine.

La moralité et la réalité sont ainsi les clefs de The Wire, et seront constamment soumises à contribution, délimitations volatiles d’un milieu symbolique souvent impalpable. Seul Omar en incarne la constante sans réserve ; il maintient une déontologie qui va à l’encontre du monde dans lequel il vit, et refuse tout compromis. Il y a dans le personnage d’Omar cette dimension mystique d’une personnification-même de la vertu, peu importe le terreau. Omar est ainsi à la fois intelligent et féroce, vif d’esprit et psychopathe. Mais sa nature, jamais complètement perceptible, et sa présence fondamentale, en font l’allégorie d’une morale s’immisçant dans l’âme de The Wire.

Omar est une incarnation de la figure folklorique du trickster ; un élément de chaos, un rebelle qui à la fois détruit et régit le système social dans lequel il évolue, symbole ultime de la versalité de la société et de sa continuité. Omar se faufile, s’introduit, surgissant de l’aube et professant ses propres lois, dictant sa propre vision à un monde rigide et sans issue. A l’instar de The Wire, la plus brillante et lucide série de cette décennie, Omar disparaitra comme il nous est apparu : comme une comète en pleine nuit noire.

The Wire (Sur Écoute) 
Créée par David Simon
Diffusée sur HBO (2002-2008)

e me méfie souvent des films plébiscités à Cannes. Ils ont quand même donné la palme d’or à The Tree of Life ces gens là je peux pas décemment leur faire confiance. Mais bon ne soyons pas catégoriques. Les quelques avis que j’avais reçus à propos de Polisse étaient vraiment bons et Maïwenn, si je ne suis pas le plus grand fan, a au moins le mérite de faire des films originaux dont on a tendance à se rappeler. Aussi me suis-je rendu au cinéma pour voir son petit dernier.

          Première surprise au vu du sujet du film : on rit. Car en effet bien que traitant de pédophilie, et je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de vraiment dur à regarder, beaucoup de scènes allègent le film de la noirceur de son thème à travers des moments vraiment comiques et c’est tant mieux. Le but de Polisse n’est pas nécessairement d’accabler mais de décrire. Décrire le quotidien de la brigade de protection des mineurs parisienne, et fort heureusement pour eux, ils ont une vraie vie et parviennent à se détacher des horreurs qu’ils répriment.

          Autre point notable : pas de fil rouge. Effectivement, contrairement à de nombreux films dits « policiers », il n’est pas question ici de suivre le déroulement d’une enquête principale qui occuperait les personnages tout au long du film. A l’inverse, on assiste à la succession d’une multitude d’affaires plus ou moins graves traitées plus ou moins rapidement. Ça rend le scénario original mais ça peut aussi être dommageable. On ne sait par exemple quasiment jamais ce qu’il advient des enfants ou de leurs bourreaux. Maïwenn passe sans transition à l’affaire suivante et c’est parfois frustrant. On aimerait savoir si les coupables sont punis, si les enfants sont soutenus. On s’en doute mais rien n’est sûr. Alors certes c’est le but du récit de ne raconter que le quotidien des policiers et non celui des victimes, mais cette froideur peut gêner.

          Sont également mises en avant les vies personnelles des membres de la brigade, eux même souvent parents, marqués qu’ils sont par leur lutte contre les pédophiles. A commencer par Joey Starr, qu’on ne s’attend pas forcément à voir jouer un flic mais qui s’en sort plutôt bien dans son rôle de gros dur un peu paumé qui prend ce qu’il fait trop à coeur et ne parvient pas à concilier vie professionnelle et vie personnelle.

          Bref malgré quelques longueurs et des scènes peu utiles ou traitées de manière un peu étrange, ou encore la présence discutable de Maïwenn dans le film, dont le rôle ne trouve jamais réellement sa justification dans le récit et n’apporte rien de bien concret, un avis  positif sur un film à voir – bien que primé à Cannes – qui traite sans images choc d’atrocités qu’on n’aurait à peine imaginées. C’est fait intelligemment, sans voyeurisme. Le film est du coup plutôt accessible et les deux heures passent assez rapidement. Du haut de mon avis indiscutable, je conseille.

Polisse de Maïwenn
Mars Distribution
Sortie le 19 octobre 2011
http://www.marsfilms.com/