out à l’heure vers 15h57, je me suis arrêté dans la rue et je me suis dit que j’avais bien envie de parler des Beastie Boys. Déjà fait me direz-vous. Certes, mais dites vous que j’ai environ sept cent quatre-vingt-deux disques de ce groupe à chroniquer alors va falloir vous y faire. Toutefois, je suis fair play, celui qui nous concerne aujourd’hui n’est pas un album hip-hop. Car en effet, au risque de me répéter, les Beastie Boys font partie de ces êtres subtils et géniaux (oui oui…) qui ont la capacité rare de pouvoir exceller dans des registres différents, voire fort différents. Du rap au punk en passant par le jazz, les trois New-Yorkais (et leurs acolytes) savent tout faire.

          Ainsi, le disque du jour n’est autre que le dernier en date, The Mix Up, sorti, comme à l’accoutumée (on n’est plus que deux en France à utiliser cette expression : la police nationale et moi…) chez Capitol Records en juin 2007. Après trois ans d’attente, le groupe de la côte Est nous sort un album exclusivement instrumental, très jazzy et des plus accrocheurs. Les trois MCs lâchent ainsi les micros pour s’installer derrière leurs instruments. On retrouve donc Adam « MCA » Yauch à la basse et à la contrebasse, Adam « Adrock » Horovitz à la guitare et Michael « Mike D » Diamond à la batterie, sans oublier leurs compères de longue date Mark Nishita au clavier et Alfredo Ortiz aux percussions (qui est tout simplement devenue mon idole absolue le jour où je l’ai vu remplacer Mike D à la batterie en concert pour jouer les morceaux punk du groupe ; pour résumer, imaginez un gros bonhomme en lunettes noires chevelu et barbu, qui à l’air d’avoir mangé deux Guy Carlier avant de venir, s’asseoir derrière une batterie qui paraît du coup minuscule et se fait littéralement brutaliser par l’armée de bras et de pieds que semble posséder ce gus plus rapide que le fruit de l’union de Flash et de Speedy Gonzales, ça vous donnera une idée).

          Si « B For My Name », le premier morceau, nous rappelle dès les premières mesures le précédent disque instrumental du groupe, The In Sound From Way Out (qui n’était pas un album mais une compilations des morceaux jazz présents sur les différents albums sortis jusque là), les suivants marquent quant à eux une rupture avec ce à quoi les Beastie Boys avaient pu nous habituer jusqu’alors, plus psychés comme « 14th ST.Break », « Suco de Tangerina », « The Cousin of Death » ou encore « The Melee », qui rappelle indiscutablement Simply mortified, le très bon album de BS 2000, l’autre groupe d’Adrock. Après deux titres planants que sont « Electric Worm » et « Freaky Hijiki » vient l’un des titres phares de l’album, « Off The Grid », premier morceau disponible sur Internet (il s’agissait en fait du clip) avant la sortie de l’album, qui se distingue par son originalité, son côté rétro et son « refrain » sorti de nulle part, puis « The Rat Cage », tout simplement tombé du ciel, sans oublier « Dramastically Different », aux teintes orientales plus que plaisantes. Enfin, l’album s’achève sur « The Kangaroo Rat », un titre qui, par l’ambiance qu’il crée, semble fait pour conclure en apothéose cette grande oeuvre qu’est The Mix Up.

          Pour finir, je préciserai simplement qu’il y avait longtemps que je n’avais pas écouté ce disque et de ce fait, j’avais oublié à quel point il était génial. Il risque donc de rester un bon moment scotché à ma platine et je ne peux que vous exhorter à écouter avec humilité et recueillement cette nouvelle preuve du génie artistique des Beastie Boys.

Beastie Boys – The Mix Up
Capitol Records
2007
http://www.beastieboys.com

Beastie Boys – Off The Grid en écoute

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a.gifvant de connaître le succès au cinéma avec ces charmantes comédies naturalistes (40 ans, Toujours Puceau, SuperGrave, En Cloque, Mode d’Emploi), la bande à Judd Apatow a traîné sa patte du côté de la télévision. En 1999, sortait la première et malheureusement unique saison de Freaks And Geeks, produite par Apatow et réalisée par Paul Feig. L’histoire se déroule dans les années 80, où de jeunes adolescents font l’expérience de la vie, par divers moyens. Dans le lycée William McKinley, se trouvent dos-à-dos : les « Freaks », jeunes rebelles, usant de tous moyens pour se marginaliser, à l’image cool, mais à l’asociabilité inhérente ; et les « Geeks » (que l’on qualifierait plutôt de nerds aujourd’hui), jeunes intellos, aux facultés scolaires plus élevés que la moyenne, cibles faciles des railleries et des humiliations répétées. Autour d’eux, le reste du monde.

          L’histoire tourne autour de Lindsay Weir (la brillante et méconnue Linda Cardellini), élève studieuse et naturellement douée, mais à la personnalité bien trempée. Lasse de se cantonner à ses acquis, elle souhaite voir comment évolue le monde autour d’elle, et notamment la bande de freaks de l’école. De ce postulat s’enchaîne alors une vision de la vie adolescente pertinente et remarquable. Derrière l’avatar féministe (femme forte, intelligente, indépendante) de Lindsay se développe une galerie de personnages hauts en couleurs. On trouve ainsi le couple rebelle, instable et survolté de Daniel, joué par James Franco, remarquable, et Kim, interprété par Busy Philipps ; les deux potes opposés mais complémentaires, l’un gnostique et passionné par la musique, l’autre un poil nihiliste, caustique et sarcastique, joués respectivement par Seth Rogen (SuperGrave, En Cloque, Mode d’Emploi) et Jason Segel (How I Met Your Mother), talentueux acteurs qui avaient à l’époque 17 et 19 ans ; le jeune frère de Lindsay, Sam (John Francis Daley) et ses deux amis Neil (Samm Levine) et Bill (Martin Starr), trio infernal de la geekitude, en quête de coolitude absolue.

          Tout ce petit monde vit, interagit, s’embarquent dans des histoires communes, burlesques, mais réalistes. Freaks And Geeks n’est pas une comédie à proprement parler, mais plus une dramédie. Chronique pragmatique des péripéties adolescentes, cette série parvient à capter les aléas infimes de leurs vies, qui prennent toujours des conséquences irrationnelles. Empathique par son réalisme, éloquente par son intégrité et sa pondération, Freaks And Geeks, sans sensationnalisme, parvient à cet équilibre fragile si difficile à trouver sur le thème de l’adolescence. Dans la lignée d’Angela, 15 ans, qui révélait Claire Danes, la série de Judd Apatow doit surtout également beaucoup à sa troupe d’acteurs qui, pour la plupart le suivront encore jusqu’à aujourd’hui. Loin des stéréotypes dans lesquels ils semblent pourtant bien encastrés, chaque personnage dévoile au fur et à mesure sa richesse, son étendue, mais aussi ses limites. On sent ainsi dans Freaks And Geeks les premiers essors naturalistes de ce qui fera le grand succès des comédies de Judd Apatow.

          L’une des particularités de Freaks And Geeks, et qui rendra cette série culte, est qu’en plus de jouer avec les codes difficiles de l’adolescence, elle fait évoluer son histoire dans les années 80, période marquée par la crise identitaire forte de l’Amérique. Tout juste sortie de la guerre du Vietnam, l’Amérique blessée se réfugie au sein de sa propre culture, et se remet en question. Les adultes dans Freaks And Geeks sont presque tous ringards, has-been, en totale rupture avec leur temps et leurs progénitures, tandis que les jeunes sont en constante quête de renouveau, en pleine crise identitaire. Cependant, toute la série est bercée par des ambiances bien antérieures, avec une bande sonore gratinée où figurent les Who, les Grateful Dead, Cream ou encore Bob Seger, et on se rend compte que tout évolue finalement en cercle fermé, les jeunes usant de la musique d’une génération précédente pour se rebeller contre la génération supérieure (le conseiller d’éducation étant un ancien hippie !). Analogie d’un retour aux sources, ces portraits, au-delà même de l’histoire de ce lycée, sont finalement ceux d’une Amérique entre-deux, elle-même génitrice et solution de tous ses problèmes.

freaksandgeeks_mini.jpgFreaks And Geeks
NBC, 1 saison
1999

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l.gifa pop psychédélique est-elle la nouvelle formule magique de la musique ? Alors que des gens comme Animal Collective déroulent depuis quelques années leurs folies et accouchent sur disques de couches fantasques et fantastiques, ou comme Grizzly Bear qui tissent leur toile folk brumeuse, leurs camarades new-yorkais de MGMT (à prononcer Management) viennent de pondre un bijou. Sorti dès le début de cette année, Oracular Spectacular est un de ces albums que l’on sait qui comptera. A coup sûr. Derrière ces quatre consonnes se cache le duo Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser, qui comme tant d’autres se sont rencontré par intérêt commun pour la musique. Attirés par l’électronica et le noise-rock, à l’écoute de ce debut album, il en est tout autre.

          L’ouverture mystique et entraînante sur « Time To Pretend » affiche une fraîcheur qui ne fera que confirmer tout le bien pensé du duo. Aux auras électroniques et au rythme enlevé, MGMT nous plonge dans un bain sixties puis seventies, psyché et prenant, rappelant clairement les grandes heures Ziggy de David Bowie et le glamour d’un Marc Bolan. Au détour d’un « Weekend Wars » mélodique, on passe de la mélancolie à l’entrain tragique d’une ritournelle usitée mais que l’on semble découvrir comme pour la première fois. La magie de MGMT est de parvenir à cette parfaite science de la candeur, de nous émerveiller comme la première fois. Les rythmiques lentes, les évolutions et convolutions mélodiques sont si fluides que chaque chanson est une douce pièce où se mêlent vitalité, plénitude et tragédie.

          Ce qui demeure également impressionnant est la maîtrise de toutes les influences présentes. Que ce soit la pop velouté d’un « Electric Feel », le folk de « Pieces Of What » ou le glam d’un « Weekend Wars », tout est savamment pondéré et l’alchimie s’opère, sans efforts. « The Youth » est l’illustration de cette perfection atteinte par le duo new-yorkais, professant son innocence, sa délicatesse et sa mélancolie exacerbée, et parvient, comme sur « Kids », à nous morfondre avec le sourire, à pleurer en dansant. En soulevant doucement le poids de notre misère, MGMT a réussi à nous faire relever la tête.

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MGMT – Oracular Spectacular
Columbia Records
janvier 2008
http://www.myspace.com/mgmt

MGMT – Kids en écoute