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a.giflors que la new-rave s’empêtrait inaltérablement dans le cliché mort-né faisant suite à une apparition quasi-immaculée, voici qu’une perspective d’avenir débarque haut et fort, s’imposant dans cet univers bariolé et dégénéré. Les Canadiens de Crystal Castles sortent d’un peu nulle part pour s’imposer un peu partout, par leur marginalité, non pas stylistique, mais bien fondamentale. Engoncés d’éléments kitsch et expérimentaux, les compositions synthétiques d’Ethan Kath s’associent à la férocité sensuelle de la chanteuse Alice Glass. Délivrant formellement des chansons électro-rock, la musique des Canadiens pourrait se réduire à des divagations électroniques variant entre ambient, house et punk, parvenant à un juste milieu. Bien que suffisant pour la plupart des artistes, ce serait sous-estimer et passer à côté de la force de Crystal Castles.

          Extrêmement riche en variations, les chansons de ce premier album fourmillent d’idées en batailles. La dualité entre l’univers de Kath et la rage de Glass reste la plus grande réussite de l’album. En constante opposition, chaque pôle recèle ses propres atouts et ses idéaux. Oppressante, voltigeuse et souple, les ambiances délivrées par Ethan Kath permettent les présences les plus mélodiques de l’album comme sur « Vanished » ou « Knights », déliant ainsi momentanément les tensions crées par la présence de la perturbante Alice Glass. Dans ce monde électronique et baroque, s’immisce cette instabilité maladive, cet électron libre. Toutes les fondations posées explosent alors pour libérer cette frénésie punk, cette férocité acharnée.

          De là se montre alors toute l’impressionnante signification de la musique de Crystal Castles. Sous ces mélodies pop où tout semble acquis, se développe un monde caché, oppressé. Sous ces couches d’électro propres se profilent l’ombre d’un conflit larvé, d’une voix qui se lève. Ainsi, comme sur « Through The Hosiery » ou « Black Panther », en filigrane d’une composition sage se fait entendre en écho le chant étouffé d’Alice Glass, tel une voix intérieure, une réflexion insidieuse, un cri en perdition. Puis elle éclate. Elle explose. Elle ne peut rester tue. Eclatant les normes, défonçant les conventions, ce cri éperdu provoque la fission des idées reçues, des règles et du système. Sur « Alice Practice », ce cri réprouvé met en branle, empoigne, choque. Alice Glass nous émeut, nous remue. Elle est à la fois martyr et bourreau, avatar déchirant d’une génération en berne, perdue, dépassée. Par ce cri rebelle au milieu des machines hurlantes, elle choque et fait prendre conscience. Par cette déstructuration de l’ordre établi tout en ingérant ses codes intrinsèques, Crystal Castles vient peut-être de composer le premier hymne d’anticipation de la (Wh)Y Generation.

crystalcastles_album.jpgCrystal Castles – Crystal Castles
Last Gangs Records
mars 2008
http://www.myspace.com/crystalcastles

Crystal Castles – Alice Practice en écoute

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p.gifour ma première chronique, rien de plus normal, me suis-je dit, que de commencer par mon groupe favori, et, logiquement, par ce qui est selon moi le meilleur cru de cette formation incontournable que sont les Beastie Boys, à savoir Ill Communication, sorti en 1994 chez Capitol Records.

          A peine la galette est-elle installée dans la platine que débute l’un des titres les plus connus du groupe New-Yorkais, « Sure Shot » (comment ? le blog s’appelle presque pareil ? simple coïncidence j’imagine), dont le refrain scandé dès le début du morceau annonce la couleur de ce qui va suivre : «You can’t, you won’t and you don’t stop». De fait, comment se détourner de ce florilège de tubes une fois la machine lancée. Se suivent en effet pendant près d’une heure « Sure Shot », « Root Down », « Sabotage » (présente à chaque fin de concert depuis 2000 en opposition à la politique de George W. Bush, dans laquelle Ad Rock, tel un roquet hargneux, nous en met plein la vue, ou devrais-je plutôt dire, plein les oreilles…) ou encore « Flute Loop », pour ne parler que des morceaux rap.

          Car là réside la force des Beastie Boys : dans leur capacité à faire de très bons morceaux dans de nombreux styles musicaux. Ill Communication propose ainsi, en plus des titres hip-hop, des chansons punk (« Tough Guy » et « Hearth Attack Man ») mais aussi des morceaux de jazz époustouflants, à commencer par « Sabrosa » qui nous plonge dans une ambiance digne de Shaft, sans oublier « Bobo On The Corner », « Ricky’s Theme », « Shambala » – écrite en hommage au Tibet(tout comme « Alright Hear This » et « Bodhisattva Vow ») dont le groupe soutient la cause depuis un certain nombre d’années maintenant (il me semble d’actualité de le préciser) -, « Futterman’s Rule », « Eugene’s Lament » et j’en passe. Ajoutez à cela des morceaux inclassables dont seuls les Beastie Boys en ont le secret et qui vous transportent littéralement dans un album qui, bien que non réduit à un seul et unique style musical, parvient à se forger un univers propre et à garder toute sa cohérence, notamment grâce à une production irréprochable qui fait le pari d’aligner sans ruptures des titres de styles très différents.

           En somme, vous l’aurez compris, ce disque est selon moi (mais pas seulement) la pièce maîtresse de la discographie des Beastie Boys, dans la mesure où au moins trois des morceaux qui le constituent sont des tubes (« Sure Shot », « Root Down » » et « Sabotage »), où aucun morceau n’est à jeter, et où il représente l’apogée de ce qu’ont pu faire les Beastie Boys (attention ne me faites pas dire que les albums suivants du groupe ne sont pas excellents, je veux simplement dire qu’Ill Communication est celui qui rassemble le plus de perles à mon goût). Je classerai donc ce disque au panthéon des albums que j’ai le plus écoutés dans ma vie et lui mettrai, si je devais le noter (mais ici n’est pas le but de ce blog) la note maximum pour tout le plaisir qu’il m’a apporté et m’apporte encore, because «I won’t stop».

illcomm21.jpgBeastie Boys – Ill Communication
Capitol Records
1994
http://www.beastieboys.com

Beastie Boys – Sure Shot en écoute