l’heure actuelle, le rock ne bénéficie d’aucun réel mouvement comme ont pu l’être le grunge ou la britpop dans les 90’s. Les groupes ne revendiquent plus grand-chose, les contrats avec les maisons de disque restreignent la créativité et la liberté artistique. Les thèmes qui prédominent caractérisent des albums essentiellement  larmoyants ou des albums qui tentent de se montrer un brin excitants.

          Les Blacks Keys se situent bien évidemment dans la deuxième catégorie et un an après Brothers, les deux acolytes (Dan Auerbach à la guitare et Patrick Carney à la batterie) du duo formé en 2002 sortent  un brûlot Rock qui réchaufferait la cheminée de n’importe quelle grand-mère pour les fêtes. Si les premiers efforts étaient caractérisés par un blues assez lourd, El Camino montre des  aspérités plus pop, une rythmique qui prend le dessus, des effets multiples… En témoignent le premier single imparable Lonely Boy et son clip dansant. Little Black Submarines tourne du côté des White Stripes sur la partie des grosses guitares et le côté où une nouvelle idée apparaît toute les 30 secondes et avec une batterie plus efficace (Meg White…). Dead and Gone bénéficie même de clap hand tandis que les synthés sur Gold On The Ceiling accentuent la dimension pop de l’album qui est aussi le plus rapide sorti par le groupe et changement flagrant avec par exemple la production de Danger Mouse sur l’album Attack & Release publié en 2008.

          Seule la fin perd en intensité : Stop Stop est certes un peu dansant mais Nova Baby et Mind Eraser concluent un peu plus mollement l’album. Sans révolutionner quoique ce soit,  cet album fourni un rock dense qui met en forme et permet de finir l’année sur un bon rythme.

elcamino_album.jpgThe Black Keys – El Camino
Nonesuch Variete
décembre 2011
http://www.theblackkeys.com/

a tournée de Noel Gallagher accompagné des High Flying Birds se devait ou presque de passer par Paris après l’incident Rock en Seine datant de 2009. Histoire de ne pas faire les choses à moitié, Noel Gallagher a programmé deux dates : celle-ci au Casino de Paris et une autre au Grand Rex en mars. Neuf mois auparavant c’est son frère Liam et son nouveau groupe Beady Eye qui dégainaient les premiers en investissant la scène du Casino de Paris. Etrangement, Noel y présente également son premier album post-Oasis, le bien nommé Noel Gallagher’s High Flying Birds.

          Comme à son habitude, la setlist ne change pas ou très peu d’un concert à l’autre, on savait donc d’avance que son album y serait joué en quasi-intégralité avec une dizaine de titres d’Oasis. Ce qui n’a rien de particulièrement étonnant vu que Noel chantait déjà régulièrement en période oasissienne que ce  soit au côté de son frère soit en tournée solo acoustique (2006).

          On craignait un peu les précédentes déclarations du mancunien lorsqu’il faisait preuve d’une relative modestie à l’idée d’être au premier plan face au public et surtout de se retrouver à la place de son frère. S’il n’a pas l’image de bête de scène de  son frangin ni son charisme, le plaisir de la scène accompagné d’un enthousiasme certain pour son retour à Paris étaient bien visibles et le groupe est désormais rodé après plusieurs concerts  effectués depuis octobre. Une vanne sur Coldplay, des anglais qui feraient mieux de rester chez eux, une explication sur le fait qu’il est le mieux placé pour choisir la setlist car il sait ce qui est bon pour le public, des blagues avec les autres musiciens, des sourires amusés,  Noel Gallagher reste finalement fidèle à lui-même en conservant son humour teinté d’une légère touche de provocation.

          Malgré plusieurs défauts (batteur au jeu un peu trop brutal, micro pas toujours assez haut, plus de solo de la part de Noel, morceaux joués trop rapidement), l’ensemble tient largement la route. L’album étant de bonnes qualité, la différence entre anciens et nouveaux morceaux ne choque pas tant que cela : « The Death Of You And Me » et « If I Had a Gun » sont déjà repris en cœur par le public et si on s’ennuie un peu sur « The Good Rebel » ou « What A Life ! », «  Wonderwall » façon Ryan Adams pour une des plus belles versions jamais joué ou « Talk Tonight » version pop remettent vite d’aplomb.  Les renforts vocaux du bassiste sur des aigus finalement pas si facile à gérer pour Noel ou un clavier particulièrement inspiré sur « Supersonic » contribuent au bon déroulement du concert (1h30) qui passera au final assez vite. D’ailleurs mention spéciale à cette sublime version acoustique de « Supersonic », l’un des titres les plus associés à Oasis et donc à la voix de Liam et qui aurait très facilement pu tourner à la soupe. Noel Gallagher maîtrise toujours autant l’art du recyclage et tant mieux.  Rappel de feu avec un enchaînement « Little By Little » (si si !)/ « The Importance Of Being Idle»/«Don’t Look Back In Anger» choisis pour terminer royalement le concert. Il s’agira sûrement d’être plus critique dans quatre mois une fois cette première attente et l’enthousiasme général retombés mais on a quand même bien hâte.

fuckbuttons_album.jpgNoel Gallagher High Flying Birds – Casino de Paris
6 décembre 2011
http://www.noelgallagher.com

’est au début des années 2000, que l’ainé des frères Gallagher, Noel a commencé à évoquer l’idée d’un album solo. Les faces-B publiées sur les singles de Standing On The Shoulder Of Giants confirmaient ce sentiment de besoin liberté pour la tête pensante d’Oasis suite à la fin de six années de folie et d’excès. Finalement c’est un soir d’aout 2009, en plein festival parisien, que le sort du groupe anglais le plus populaire des années 90 se jouera et prendra fin. La suite logique amenait donc à la parution de cet album solo un temps attendu mais dont la carrière d’Oasis dans les années 2000 allait quelque peu refreiner l’attente. En comparaison de la période de créativité qui a accompagné le groupe à ses débuts et un nouveau millénaire plus ou moins laborieux, les espoirs placés dans les frangins de Manchester avaient été largement revus à la baisse. La sortie d’un nouvel album d’Oasis  tenait plus à avoir quelques bonnes surprises type « The Importance of Being Idle » qu’à la parution d’un chef d’œuvre du calibre de Definitely Maybe. On a fini par comprendre que c’était vain. Liam et les autres musiciens de feu Oasis ont donc dégainé en premier avec l’acceptable Beady Eye qui ne tient debout que par le charisme de son leader et non par des compositions fades ou pompeuses à outrance.

          La tête pensante c’était Noel. Deux années auront donc été nécessaires pour enfin franchir le pas. Le temps de laisser le petit frère s’amuser, de ne pas marcher sur ses plates bandes et de risquer la vexation ultime. Des démos, prises de soundchecks sont tombées au fur et à mesure. Des annonces de chorale et violons ont été faites. Cela suffisait en fait à définir les contours de l’album. Il fallait maintenant éviter de trop s’attacher au cliché « et si Liam avait chanté ça… » C’est l’album de Noel, point. Il n’a certes pas tant changé ses habitudes puisqu’ il a pioché entre des titres déjà amorcés depuis 10 ans (« Stop the Clocks »), ou bien écrits durant la dernière tournée d’Oasis (« If I Had a Gun »), a cherché une touche de nouveauté (« Aka…What a Life ! » premier titre « dansant » dans l’existence de Noel Gallagher) et qu’il a repris le même producteur que sur les derniers albums d’Oasis. Qu’est ce qui le différencie donc de ce qu’aurait pu être le 8ème l’album d’Oasis à part que Noel chante sur toutes les chansons ? A la fois tout et rien. Noel n’allait pas se mettre à faire du jazz comme il aime à le répéter. Ses références musicales comme les Kinks ou Neil Young n’ont pas changé. Quand à l’idée de reprendre tout à zéro et d’aboutir à un album 100% personnel, ca sera pour la prochaine fois ou jamais. Car il n’a plus la même façon de composer qu’à 25/30 ans, plus la même urgence d’aligner les tubes et il aime prendre son temps, exploiter une idée quand l’inspiration le gagne.

          Sorte de collectif ou les musiciens ne sont pas inchangeables,  les High Flying Birds accompagnent Noel Gallagher sur cet album éponyme. Ou comment à la fois tenir les reines et ne pas avoir à rendre de comptes. Les premieres écoutes de l’album confirment une production très riche et des défauts qui piquent aux oreilles : ces chœurs… ces trop nombreux effets de voix… ces nombreux « Wouhous »… et que fatalement aucun nouveau « Don’t Look Back In Anger » ne se dégage… On avait été prévenu donc. Et puis sans jouer la théorie du « nan mais à la 50ème écoute ca devient bien », les compositions  prennent le dessus. Là où  « If I Had a Gun »aurait  été plus touchante jouée en acoustique accompagné d’un unique tambourin,  Noel a choisi un son massif, puissant. Toujours ce côté sale gosse. L’effet marche cependant très bien sur le titre d’ouverture « Everybody’ On The Run », magistral, qui aspire à la liberté,  thème récurrent de ce Noel’s Gallagher High Flying Bird et dont l’orchestration finale retourne à chaque fois. (« (I Wanna Live In a Dream in My Record Machine »), dont une version était déjà connue depuis plusieurs années et prend tout sons sens avec ce nouveau lifting qui en accentue les envolées  pour rendre cette nouvelle version plus réussie.

          « Dream On » nous renvoie à la période Be Here Now et le spectre de Liam se fait sentir mais chut, il ne faut pas s’y attarder. « If I Had a Gun »se montre limpide et  constitue une véritable réussite pour une ballade plus proche d’un « Wonderwall »sans en atteindre le sommet que d’un  « Stop Crying Your Heart » sans subtilité.  « The Death Of You and me » flaire bon la légèreté et poursuit la question de désir d’évasion, d’espoir, structure narrative de l’album. « Aka …What A Life ! » rappelle la jeunesse de Noel et les soirées mancuniennes dans le célèbre club de l’Hacendia. Si l’air dansant est une tentative pas désagréable, la longueur d’une bonne minute de trop gâche l’ensemble et en montre les limites. « Aka Broken Arrow » a une intro qui pourra rappeler quelques tubes de variétés radio mais la suite s’en sort mieux grâce à une rythmique entrainante. « (Standed On) The Wrong Beach » et « Soldier Boys and Jesus Freaks » montrent que Noel a toujours des morceaux corrects sous le coude. Seul « Stop The Clocks », pourtant considérée comme une pépite et grande fierté de Noel restée sagement  cachée depuis des années se montre pénible tout du long et le final quasi copier/coller du  « Lookin’ Glass » des La’s ne rattrape pas l’ensemble.

          Absence quasi totale de solo et de guitare électrique, l’album s’éloigne clairement du rock de stade dont était friand Oasis. Moins tubesque, cet ensemble de ballades intimes prouve aisément que Noel Gallagher a conservé son talent de songwrtitter tout en étant devenu un bien meilleur chanteur qu’il y a quinze ans.  Le véritable reproche à lui faire restera cette impression de facilité et d’être resté en « pilotage automatique » dans son écriture sans pour autant se faire violence alors qu’il attendait lui même depuis fort longtemps de publier cet album.  A côté, les faces-B telles que « A Simple Game Of Genius » ou « Let the Lord Shine A Light On Me » sont les meilleures publiées depuis un certain…Standing On The Shoulder of Giants. Et des faces-B de qualité sont souvent signe d’un très bon album.

fuckbuttons_album.jpgNoel’s Gallagher High Flying Bird
Sour Mash
Octobre 2011
www.noelgallagher.com

Noel’s Gallagher High Flying Bird – The Death of You and Me en écoute

asabian fait parti des groupes leaders du rock anglais des années 2000. En progression régulière à la fois en terme de popularité que de qualité d’album depuis leur premier paru en 2004 jusqu’à West Ryder Pauper Lunatic Asylum arrivé lui  en 2009. Le meilleur exemple aura été Fire arme tubesque quasi imparable qui aura touché un public plus large que les fans de base. Malgré un potentiel de groupe à stade avec leur panel de titres efficaces accumulés au fil des ans (Club Foot, Shoot the Runner, Vlad The Impaler…), on attendra pas de la part du groupe originaire de Leicester la publication d’un chef d’œuvre. Kasabian c’est une affaire de singles.

          Les pochètes d’album ont rarement été un point fort dans la carrière du groupe mais l’artwork noir et blanc avec un Sergio Pizzorno (guitariste/principal compositeur) dessiné tel un lion rugissant est cette fois-ci particulièrement moche. Passé ce détail, on apprend que Dan The Automator est à la production de ce nouvel opus.

           Ceci explique alors son penchant vers del’ électro caractérisée par des retrouvailles avec les synthétiseurs autrefois présents. Le début de l’album avec Days are forgotten relance la machine avec du Kasabian classique mais en moins bien.

          On s ennuie ferme. Velociraptor! est moins punchy que les précédents. Il repose énormément sur la voix de Tom Meighan qui n’hésite pas non plus à en faire des tonnes. Sergio s’incruste sur  « La fee verte » un des morceaux les plus pop de Kasabian, guitare acoustiques sorties et écrite pour le film London Boulevard. Purement électro, le titre éponyme Velociraptor, permet au groupe de retrouver son coté « direct » mais si le changement est louable, dans l’ensemble, le morceau est foireux. Les “ miaulements” qui démarrent  « Acide turkish Bath (Shelter from the storm) » maintiennent  l’ennui général en corrélation directe avec la longueur de la chanson. « I Hear Voices » est dans le même registre et laisse une impression pénible. Seul Re-wired se montre enthousiasment mais il est déjà trop tard. Les différentes ambiances présentes dans l’album et une tendance assez électro ne suffisent pas à sauver l’ensemble.Pas de raison de trop paniquer pour autant, vu la productivité du groupe, un nouvel album arrivera rapidement et fera passer Velociraptor! pour une simple erreur de parcours.

fuckbuttons_album.jpgKasabian Velociraptor!
Columbia
septembre 2011
http://www.kasabian.co.uk/fr/

e festival fêtait ses 10 ans, apparition d’une nouvelle scène, nouvelle affiche, et c’est parti pour un compte rendu de Rock En Seine 2011:

Jour1 : The Kills+Foo Fighters+Yuksek+Death In Vegas

On commence avec The Kills pour démarrer le festival. Malgré un set correct et une complicité touchante entre les deux membres, la scène parait un peu grande pour capter l’attention du public en continue.

A peine le temps de changer le matériel, que les Foo Fighters débarquent sur scène en avance et ne la quitteront que le plus tard possible afin d’offrir aux fans les nombreuses « fucking good songs » que Dave Grohl et sa bande ont dans leur répertoire. Oscillant parfois vers du punk rock californien, la prestation du groupe aura sûrement comblée les fans mais pas forcément conquis de nouveaux. Au moins ils auront été à fond tout au long de ces 2 heures de grand spectacle.

Deuxième album à peine sorti pour les frenchis de Yuksek, sorte de membre de la nouvelle génération électro française, affublé d’une rythmique solide, leur morceaux rallongés pour la plupart fonctionnent à merveille et provoquent quelques mouvements de danse dans l’assemblée. Bonne surprise et réchauffement quasi assuré avant de filer voir les revenants de Death In Vegas. Malgré un début attrayant avec  leur célèbre « Girls » pour commencer, les anglais n’ont pas tenu compte du fait que la 4ème scène apparue cette année, était la plus petite du festival. D’où un besoin pas vraiment nécessaire de jouer toutes guitares saturées, gâchant d’emblée l’intérêt du concert. Dommage car ce retour faisait plaisir à passer par RES.

Jour2: BB brunes+The Streets+Interpol+Arctic monkeys

Ce deuxième jour démarre par une arrivée sur le site accompagnée par saucée tandis que les BB Brunes entonnent leur plus célèbre tube « Lola Love You »…faut il y voir un signe de cause à effet ?

La pluie se calme en arrivant vers The Streets. Mike Skinner et sa bande se sont raccrochés à la programmation suite à un désistement de dernière minute.  Tant mieux car il s’agissait du dernier concert  français du groupe avant séparation. Le set se déroule donc sous forme de best of des 10 ans d’existence du groupe. Tout en espérant que la gouaille de Mike Skinner quoiqu’un peu trop tchatcheur par moment, se pointera à nouveau rapidement dans le paysage du rap anglais.

Dans un style bien différent, Interpol prend ensuite possession de la scène pour un set impeccable. Bonne surprise puisque le groupe semblait sur la pente descendante suite à deux derniers albums assez inégaux et des changements de personnel au sein du groupe (bassiste, clavier). Beaucoup plus sobre et moins bavard que son prédécesseur au chant, Paul Banks capte l’attention des spectateurs par des titres fort en intensité.

Mais l’assemblée relativement jeune et présente au plus proche de la scène, attend surtout avec une grande impatience les Arctic Monkeys qui semblent bien être considérés comme les leaders de la scène rock actuel pour les moins de 20 ans. Soit, Alex Turner chanteur et tête pensante  du groupe a troqué son look d’ado pour  ressembler un à clone d’Elvis. Certes le son assourdissant à l’image d’une batterie lourde et matraquée autant que possible. Certes le groupe ne rechignera pas à jouer ses meilleures chansons et comblera un public sautillant à chaque élévation sonique caractérisée par des riffs de guitare balancés à tout va. Mais des paroles insignifiances : «Kung-fu fighting / On your roller skates / Do the Macarena in the devil’s land » (tirées de « Don’t sit down cause I’ve moved your chair) et un sentiment de formule usée en boucle entraînent un rapprochement inévitable vers le fond de la scène voir vers les stands de « nourriture du monde ». L’énergie dégagée par le groupe n’atteindra donc pas 100% du public. Peut-être est-ce une question de génération ?

Jour3: Lilly Wood & the Prick+The La’s+Miles Kane+Anna Calvi+Deftones

Journée enfin  ensoleillée pour finir le festival . Lilly Wood & The Prick semblent tout contents d’être de retour à RES 2 ans après et il faut avouer que ces retrouvailles ne sont pas désagréables, bien au contraire. Mais l’attente voir la curiosité du jour vient du nord de l’Angleterre avec le retour inattendu sur scène des La’s, 20 ans après la sortie de leur unique album et seulement une poignée de concerts effectués durant cette même période.  Seulement, on aurait du se méfier du retour d’un groupe réputé pour n’en faire qu’à sa tête et incapable de publier un second album malgré le succès et la reconnaissance du premier. C’est donc, deux anglais semblant encore subir les effets de leur murge de la veille qui apparaissent sur scène. Les absences d’une seconde guitare et d’un batteur surprennent dans un premier temps mais l’attention se focalise vite sur un réglage sonore calamiteux où le soundcheck sera effectué durant le premier quart d’heure avant de globalement garder un son crade jusqu’à la fin du set. Dommage, on s’en tiendra à avoir assister à une bonne grosse blague plutôt que de s’arrêter sur l’aspect pathétique de cette « reformation ». Du coup, Miles Kane et son enthousiasme débordant arrivent à point nommé. Si son album n’a pas cassé la baraque, sa prestation scénique tourne à son avantage après le passage des La’s. Mais c’est surtout Anna Calvi et ses yeux bleus hypnotiques qui embelliront cette 3ème journée à  RES. Groupe classe, chanteuse de charme à la voix puissante mais mélodieuse,  compositions lorgnant du côté de PJ Harvey en moins déprimant, le tout avec une petite touche de timidité au moment des remerciements adressés au public. Aucun soucis la dessus : l’assemblée est conquise et ce fut un réel plaisir !

Changement radical avec les ricains de Deftones. Groupe bien en place, chanteur en forme…les fans apprécient mais on ne dépassera pas les 15 min faute de fatigue et une motivation amoindrie malgré ce flux d’énergie.

A l’image d’une affiche moins attrayante que l’édition précédente, ce RES 2011 ne restera pas comme l’un des  meilleurs mais on y retournera sans aucun doute l’année prochaine, l’ambiance étant loin d’être désagréable.

res2.jpgRock En Seine
26/27/28 août 2011
http:// www.rockenseine.com /

Cat Power

i.gif

l faut savoir que Chan Marshall alias Cat Power était du genre à débouler seule sur scène avec sa guitare, imbibée de whisky, le regard et la figure cachés derrière une frange épaisse et des longs cheveux, à sortir au public qu’elle ne savait pas si elle arriverait à finir le concert et même à continuer à vivre tout court. Cela donnait donc des concerts poignants et fortement imprégnés par la mélancolie dégagée par la chanteuse mais aussi très aléatoires quant à leur déroulement (restera sur scène ? s’écroulera au prochain cul-sec ?). Il aurait été dommage que la belle soit auréolée du statut d’artiste déchue, vaincue par une peine trop douloureuse à supporter pour vivre. Ce genre de mystification malheureusement souvent arrivés dans l’histoire de la musique n’en aurait été que plus regrettable.

          Heureusement, pour son 8ème album, elle se fait plaisir en reprenant des standards qui lui tiennent à cœur. Un hommage à ses artistes préférés qu’elle avait déjà opéré avec The Cover Records publié en 2000. Cela ne l’avait toutefois pas empêché de retomber ensuite dans ses souffrances passées. Nouveau désespoir qui s’est fait ressentir dans ses deux derniers albums You Are Free, peut-être bien son meilleur, et The Greatest, le plus connu à ce jour du grand public par la présence d’un magnifique single du même nom. Beaucoup moins dépressif et triste, Jukebox a permis à Chan de se refaire une santé. On sent qu’elle a pris beaucoup de plaisir à retravailler ses titres adorés. Teintées de blues, et portées par une voix chaude à l’accent sudiste américain, Cat Power s’approprie donc ses reprises de Joni Mitchell ou Hank Williams. Elle va même jusqu’à écrire une chanson pour son idole absolue, le sacro-saint Bob Dylan, qu’elle considère comme l’homme de sa vie, pas moins. Accompagnée du Dirty Delta Blues, elle se montre épanouie sur scène, chantant ses nouveaux morceaux comme s’ils lui avaient toujours appartenus. Certains préfèrent la Chan Marshall version folk, hésitante et fragile car oui, de la voir ainsi va droit au cœur et met l’audience en émoi. Mais bon, de la voir en vie c’est encore mieux. Et entendre sa voix aussi chancelante constituera toujours un réel bonheur et la marque d’une très grande artiste.

jukebox2.jpgCat Power – Jukebox
Matador
Février 2008
http://www.catpowerjukebox.com

bashung_bandeau.jpg

a.giflors qu’il nous avait laissé il y a 6 ans avec L’Imprudence, chaotique descente introspective, Alain Bashung revient avec son désarmant Bleu Pétrole. Plus pop, moins sombre, ce n’est pas pour autant que l’Alsacien a laissé ses démons derrière lui. Néanmoins, ce retour au classicisme d’un pop-rock et à une certaine idée de la variété est probablement ce qui pouvait arriver de mieux à la scène musicale française. Après Etienne Daho l’année passée, une autre icône vient démembrer sa propre continuité pour composer un album, semble-t-il, apaisé et où Bashung se remet à chanter. Cependant, sa patte se reconnaît immédiatement, dès le titre d’ouverture « Je T’ai Manqué« , avec sa voix profonde, son trompeur décalage rythmique, sa capacité à plaquer ses mots, les imprimer sur la mélodie comme un contre-poids à un air frivole et léger. La voix de Bashung, marquée, semblant chanceler à tout instant mais restant toujours dans la justesse intensive, est toujours aussi expressive, et n’a rien perdu de sa puissance d’incarnation.

          L’univers blues de Bashung se caractérise par son énigmatique mécanique, ses ritournelles lyriques et ses fixations. Il chante avec insistance, avec une foi gnostique, avec des textes splendides, à l’abstraction et au situationnisme saisissant. Ecouter Bleu Pétrole est une épopée de la vie quotidienne, une plongée dans la mansuétude d’un homme envers qui la vie n’aura pourtant pas toujours été tendre. Faussement nonchalant, Bashung installe pour mieux renverser, comme sur « Résidents de la République » ou « Le Secret Des Banquises », il dénonce sans l’air de rien, avec son ton résigné, mais avec ses textes et ses sous-entendus passifs-aggressifs. Néanmoins, cet album est l’occasion pour l’artiste de se réconcilier avec la simplicité des mélodies, l’harmonie de la musicalité et de son univers maniaque et inextricable. Cela donne ainsi naissance à de magnifiques chansons pop, sobres et loin d’être putassières, mais toujours avec cette retenue et cette sensation d’inatteignable comme sur « Tant De Nuits » ou la superbe « Sur Un Trapèze ».

          Bleu Pétrole est un superbe album en ce qu’il parvient à concentrer ce qui a toujours caractérisé Alain Bashung, avec virtuosité et sans concessions. On ne peut rester qu’admiratifs face aux épiques valses blues « Comme Un Lego » ou « Je Tuerai La Pianiste », chansons fiévreuses, séminales et obsessionnelles. Au contraire de Fantaisie Militaire et L’Imprudence, diamants bruts d’une noirceur éprouvante que l’on a du mal à rappeler à nos souvenirs, ce Bleu Pétrole est un disque aux facettes improbables, à la limpidité désarçonnante et à l’unité harmonieuse. Bleu Pétrole nous réclame, Alain Bashung nous attise.

bashung_album.jpgAlain Bashung – Bleu Pétrole
Barclay
mars 2008
http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/

Alain Bashung – Sur Un Trapèze en écoute