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l.gifa candeur et l’amertume amènent aux plus belles et plus intègres plaintes. Car il s’agit de la première fois que son cœur se brise, que les sentiments nous submergent et nous hantent. A jamais. Ces premiers moments de solitude intense, de déprime inconsolable, sont effroyables de dépit et d’autodépréciation. Toutefois l’innocence mène à l’effritement de la douleur, à la relativisation de la tristesse. La première histoire d’amour en perdition est toujours la pire, et paradoxalement, alors que l’on tenterait de l’oublier, est celle dont on se souvient le mieux. Celle dont la déchirure est toujours aussi vive, toujours aussi acerbe. Elle nous guide, elle nous dévore et nous gouverne inconsciemment. La première a ce goût, cette empreinte, cette emprise. Les suivantes ne sont là que pour combler le vide laissé par la première.

           Zooey Deschanel chante comme si son cœur et son âme avaient été chamboulés pour la première fois. Profonde et suave, son timbre laisse transparaître cette douce âpreté, cet oxymore sentimental, nécessaire à la relativisation et la continuité de l’existence. Pour continuer à vivre, aimer et souffrir. Volume One est ainsi obsédé par un lui innommable, mais bien présent, dont l’essence luit par son absence. Elle, c’est Zooey Deschanel, belle actrice, le regard cristallin, et à la voix soul et exquise. Lui, c’est M. Ward, musicien à la notoriété désormais accomplie, dont les compositions et les accompagnements d’orfèvre viennent donner ce grain rétro et intemporel à la musique de She & Him. Mélange délicieux de folk et de pop, la musicalité de M. Ward vient ainsi à s’imprégner du lyrisme naturel et du glamour soul de la voix de Deschanel.

           L’album est un constant regard en arrière, un aperçu actuel empli de regrets relatif à un passé hypothétique. Chaque titre est une peinture au pastel, une plainte susurrée et fredonnée, sans violence, sans virulence. Tour porte pourtant à l’empathie, à la crise existentielle de la solitude. A fleur de peau, des chansons comme « Sentimental Heart », « This Is Not A Test » ou la poignante « Take It Back » marquent ce sempiternel mal-être inhérent à toute relation affective forte. Mais finalement, toute la force de She & Him réside, comme toujours, dans les silences et les non-dits, les mystères et l’absence. Lorsque Zooey chante « I’m alone on a bicycle for two » sur « Black Hole », la constatation de la dure réalité s’amalgame à l’acceptation résignée qu’il s’agit de la première fois, et que les prochaines fois feraient toujours aussi mal. Entre dépit et douleur, s’immiscent les premières notes de relativisme et de raison. Entre mélancolie et légèreté, She & Him est une belle et sobre leçon de vie.

sheandhim.jpgShe & Him – Volume One
Merge
mars 2008
http://www.myspace.com/sheandhim/

She & Him – Black Hole en écoute