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ontrairement à Tim Riggins, figure apollonienne et autre personnage phare de Friday Night Lights (qui s’est terminée au printemps), Matt Saracen n’aura connu cette gloire éphémère avec l’équipe des Dillon Panthers que grâce à un coup du sort – la blessure de la star de l’équipe Jason Street – sorte de thème récurrent dans une série qui observe ses personnages réagir et s’adapter aux hasards qui viennent joncher ses cinq admirables saisons.

Il y a tout d’abord ce style réaliste, à l’esthétique simili-documentaire, très à la mode surtout dans les sitcoms (The Office, Parks & Recreation, Modern Family) mais qui ici donne le ton à Friday Night Lights. Cette caméra volatile, qui scrute ses protagonistes, qui les suit, qui les révèlent. Il y a parfois des situations où l’on se croit ainsi voyeur de l’intimité de ces joueurs de football (les sobres et lumineux discours de vestiaire du coach Taylor, impeccable Kyle Chandler), de ces familles solides, décomposées, ou de fortune, de ces adolescents et jeunes adultes, survivant dans la petite bourgade de Dillon, Texas, où la seule échappatoire demeure le football, et où le sport demeure l’une des seules écoles de la vie qu’ils aient à disposition.

De ces contrées arides du Texas se dégagent ainsi quelques lueurs d’âmes, probablement parmi les plus belles que l’ont ait pu voir à la télévision. Matt Saracen (joué par le méconnu Zach Gilford), quaterback de fortune qui deviendra héros de l’équipe, qui sortira avec la fille du coach, mais également fils unique au sein d’une famille dysfonctionnelle, qui l’oblige à mûrir prématurément. Oxymore essentiel et symptomatique de Friday Night Lights. Matt, sa candeur, ses yeux doux et sa diction frêle, subit la plupart des événements qui se déroulent dans sa vie, des pires aux meilleures. Grâce au football, et sous la figure paternelle absente qu’il trouve enfin en la personne du coach Taylor, Matt sera ainsi forcé à devenir adulte, bien qu’il n’en ait ni l’envie, ni le courage apparent.

C’est l’une des grandes constantes et qualités de cette grande série portée de Peter Berg (déjà réalisateur du film du même nom précédant la série). Allégorie classique de grandes valeurs fondamentales, le sport sera magnifié dans Friday Night Lights comme rarement, trouvant en Matt Saracen sa plus belle et sensible incarnation.

Friday Night Lights
Créée par Peter Berg
Diffusée sur NBC (2006 – 2011)